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Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /Fév /2010 23:48


[Gros spoilers inside, je le signale d’avance comme ça on ne viendra pas se plaindre…]
Une horreur absolue. Que ce soit dit d'emblée.

Lovely bones de Peter Jackson montre le travail de deuil d’une famille américaine des années 70 dont la fille ainée a été sauvagement assassinée… du point de vue de cette dernière qui les regarde depuis l’au-delà. Un tel sujet faisait craindre un traitement mystico-fumeux et larmoyant au possible. Ce qui ne manque pas ici d‘être le cas. Et au centuple. Susie, donc, est coincée dans un paradis de pacotille et parviens par instants à communiquer avec ses proches qui se remettent peu à peu du drame. Or ce qui frappe d’emblée c’est la laideur et le kitsch déments avec lesquels Jackson a choisi de dépeindre l’au-delà. Il déploie une imagerie de synthèse ringarde et déjà vue, aux tons pastels, le tout sans la moindre once d’imagination alors même que l‘on sent les prétentieux poétiques qui ont dû sous-tendre le projet.

Pendant ce temps, la famille Salmon tente de survivre à cette tragédie. On a donc droit aux passages obligés, bien connus de tout adepte de psychologie de bazar qui se respecte : le choc, le déni, la colère, la dépression etc. Le point final du scénario, on l’aura compris, étant l’acceptation. Jackson chausse ses gros sabots pour aborder ce difficile sujet et filme de manière alambiquée des scènes répétitives et bêtes, sans jamais une once de second degré : Papa casse tous les bateaux miniatures qu’il avait fabriqué avec sa fille parce qu’il est triste, la voisine vaguement mystérieuse ramasse le joli poème que l’amoureux benêt de Susie a écrit, la jeune sœur échange un pendentif en forme de cœur avec son chéri… Tout est d’une niaiserie suffocante ; ce qui cherche à émouvoir devient immanquablement ridicule. Les acteurs sont obligés de se démener au milieu de ce marasme pour exister quelque peu, mais force est de constater qu‘ils n‘y parviennent pas.

Paramount Pictures

Quant à l’intrigue policière que l‘on pouvait attendre, il n’y en pas : non seulement le coupable est connu dès les premières séquences (ceci dit, ça fonctionne dans Columbo alors pourquoi pas) mais Jackson s’intéresse à peine à la manière dont la famille de Susie en vient à saisir son identité. Lovely bones ne fonctionne ni comme mélo, ni comme film fantastique, ni comme polar, donc. Tout d’un coup, alors qu’il contemple des clichés pris par sa fille (qu’il n’a pas fait développer dès le lendemain du meurtre mais des mois et des mois après, évidemment, c’est plus pratique pour tirer le film en longueur !) Mark Wahlberg fronce les sourcils en une grimace concentrée et… hop, il a compris ! Ah ben oui, c’est vrai qu’avec son invraisemblable tête de pervers immonde, ça ne pouvait être que lui… Stanley Tucci est une caricature jamais crédible de méchant libidineux et manipulateur. Il faut le voir pour le croire.

Le sommet de l'abjection et de la complaisance est atteint vers la fin du film avec la scène du décès de l'assassin pervers. Déjà complètement crétine et inutile sur le papier, elle est en plus filmée avec une putasserie affreuse, se repaissant de l'image de cette mort et flattant sans vergogne les plus bas instincts des spectateurs. Hein que ça vous plait, de voir cette grosse merde s’écraser en bas d’une falaise? À ce niveau là on ne patauge plus seulement dans le tartignolle : on se noie dans les marécages de la dégueulasserie la plus totale. De manière générale, le personnage de cet assassin/pédophile/monstre/étron est filmé de façon atroce, comme une bête. C’est terriblement embarrassant. Et quel mauvais goût dans cette séquence où toutes les anciennes victimes du type se mettent à gambader dans les champs au son d'une version new wave de Song to the siren !



Lovely bones est adapté d’un roman d’Alice Sebold (La nostalgie de l’ange) dont, c’est le moins qu’on puisse dire, le réalisateur rate la mise en image. En voyant ce grand n‘importe quoi interminable et consternant de A à Z, on n’est pas loin de penser que, si ça se trouve, Peter Jackson n’a jamais eu aucun talent ni aucune imagination. J’allais écrire : laissons lui le bénéfice du doute, mais j’aurai moi-même du mal à obéir à une telle injonction quand je repense à laideur et à la bêtise dans lesquelles se baigne allègrement ce Lovely bones racoleur et prétentieux.


Publié dans : Nouveautés
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