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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 22:30

FESTIVAL DES TROIS CONTINENTS - Rétrospective Nikkatsu

Il se passe un truc étrange avec ce film : chaque fois que je veux mentionner son titre Marché sexuel des filles, un lapsus venu d'ailleurs me fait dire « Misère sexuelle des femmes »... Allez comprendre ! Marché sexuel des filles fait partie de ces films érotiques que la société de production japonaise Nikkatsu produisit à la chaîne dans les années 70 et 80 et qu'elle désignait sous le terme de « roman porno ». Je n'avais jamais vu un roman porno auparavant, alors disons que j'avais une vision plus romanesque et plus grisante de la chose. Or, ce film de Noboru Tanaka est d'une violence, d'une cruauté, d'un inconfort absolument insoutenables.

Dans les bas-fons miséreux d'Osaka dont il ne nous épargne rien, Marché sexuel des filles nous attache au destin de Tome, une jeune prostituée qui vit avec sa mère également prostituée et son frère attardé mental mais néanmoins libidineux... Absolument rien ne nous est épargné du sordide de la vie mené par les personnages ; le film est une chronique ultraréaliste « trash » mais aussi étude de caractère assez subtile. La splendide Meika Seri incarne la jeune héroïne, tout à la fois victime de sa situation et porteuse d'une force interne qui éclate à l'écran. Les multiples séquence de rapports sexuels où le corps des femmes est tripoté, malmené, trituré sans ménagement (sans que l'on nous en montre les détails, le roman porno n'est en fait pas - eh non ! - pornographique) sont d'autant plus insupportables que Noboru Tanaka tente d'être à chaque instant du côté de son héroïne, et du côté de ces femmes de manière générale (la mère, l'amie de Tome). Il n'y parvient cependant pas toujours : on s'interroge vraiment sur ces ces scènes de quasi viol où un type force une fille, celle-ci finissant quand même par prendre son pied... Bref, il y a à peu près vingt-cinq scènes de cul dans le film, et aucune qui m'ait procuré l'ombre d'un soupçon de jouissance ou d'excitation.

 

http://www.hallucinations-collectives.com/wp-content/uploads/2011/02/marche_sexuel_des_filles-02-1024x416.jpg

Le plaisir ? Je ne l'ai trouvé qu'à un seul endroit (mais quel endroit !) : c'est la beauté formelle absolument saisissante du film. La photographie est sublime, chaque séquence est comme un nouveau tableau plus terrible et plus beau que le précédent. Par la force de son regard, le cinéaste crée un réseau de sensations puissantes, contradictoires et passionnantes qui donne au film une puissance de subversion assez folle. On se demande comment un type à qui on a dû commander un film érotique standard et filer un budget minuscule a pu pondre une œuvre d'une telle audace formelle, si bizarre et sauvage. Marché sexuel des filles ne suit pas tellement de trame narrative mais parvient tout de même à ménager des séquences de climax véritables, qui fonctionnent sur la pure mise en scène. Le film est rempli idées formelles absolument stupéfiantes : ainsi d'une scène de filature amoureuse s'achevant dans une grande explosion, et de l'apothéose du film, à savoir la fuite du jeune frère, durant laquelle le temps d'une bobine le noir et blanc laisse la place à des couleurs d'une beauté rare et d'autant plus bouleversantes que le film nous avait fait oublié qu'elles existaient.

Cependant, il faut bien avouer que le plaisir de la mise en scène est très largement cérébral, et que pendant ce temps-là mon corps tout entier, prostré, écrasé, torturé, me criait de fuir la salle à toutes jambes. Ce fut une des séances les plus pénibles, éprouvantes, traumatisantes de mon existence. Ce film, je ne le reverrai pour rien au monde, mais ce n'est pas grave : je ne l'oublierai jamais.

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