Dimanche 8 mars 2009 7 08 /03 /Mars /2009 15:48
Twentieth Century Fox France


L'avantage de la comédie américaine sur la française en ce moment, c'est que si elle n'est pas toujours de qualité, au moins lui arrive-t-il de nous surprendre. David Frankel m'avait fait le coup avec son film précédent, Le diable s'habille en Prada, qui m'avait paru plus déprimant que drôle, avec son regard sévère sur les aliénations liées au travail, au delà de tout ce qu'il avait de convenu. Idem ici, même si je ne prétend pas que Marley & moi soit d'une originalité folle.

Bon nombre de comédies ont tendance à m'agacer parce que, derrière leurs apparences pseudo-subversives, elles finissent par faire l'apologie du monde et du mode de vie qu'elles prétendaient railler. Dans Marley & moi, c'est un peu le contraire. On craint d'entrée de jeu une ode mièvre à la famille américaine (ce qu'il est parfois), et pourtant j'ai senti une certaine distance entre le film et son sujet, distance moins ironique que mélancolique. Présenté comme une comédie canine débilisante, Marley & moi m'a (un peu) surprise par la tournure dramatique qu'il prend parfois (quelques péripéties cruelles) et son regard lucide sur les désillusions de la vie adulte.

L'histoire du chien surexcité qui fait conneries sur conneries est le principal ressort de la partie comédie, mais ne constitue pas l'intégralité des enjeux. Au bout de trois gags, on a compris. En fait, Frankel raconte surtout l'histoire d'un couple de bourgeois vaguement intellos (ils sont journalistes) qui avance lentement sur un chemin tout tracé : mariage, maison, carrière, enfants... et qui expérimente tous les sacrifices qui vont avec. Le film est sous-tendu par une vive inquiétude existentielle, celle de passer à côté de son existence. À certains moments, on parvient à voir au delà des clichés ce qu'il y a de triste et d'éphémère derrière la façade clinquante de l'american way of life.

Owen Wilson et Jennifer Aniston. Twentieth Century Fox France

Le personnage d'Owen Wilson, en particulier, est porteur de cette thématique : il est une sorte d'éternel insatisfait, incertain de ses choix, et qui semble regretter l'Eden perdu de sa jeunesse qui a fui. Cet Eden, ce temps où tout était possible, on ne l'a pas vu à l'écran, on se demande même s'il a réellement existé. Ce sentiment est d'autant plus émouvant qu'il est porté par le merveilleux Owen. Ce type est la tendresse et la mélancolie incarnées, l'un des acteurs les plus formidablement profonds et touchants qui soient. Jennifer Aniston est plutôt bien également (ainsi que le chien).

Certes, on trouve dans Marley & moi peu d'idées de mise en scène (les décors restent intéressants), et le final ultra larmoyant (mais efficace dans le genre) s'étire plus que de raison. Certes, il y a un côté un peu réac à l'issue de ce scénario : maman reste à la maison s'occuper des gosses et toute la famille vit dans le conformisme bourgeois d'une maison de banlieue confortable et hors de tout monde (papa renonce à être reporter et se consacre à des chroniques sur sa peu exaltante vie quotidienne...). Mais en même temps, on peut voir un certain réalisme dans ce final aux allures de résignation, cette acceptation de ce que l'on est devenu, ce bonheur d'être là où l'on est malgré les espoirs déçus et le temps qui a passé.

Owen Wilson. Twentieth Century Fox France

À voir aussi sur le blog
Films de David Frankel : Le diable s'habille en Prada


Publié dans : A contrario
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