Mercredi 25 mai 2011 3 25 /05 /Mai /2011 00:35
FESTIVAL DE CANNES 2011 - En compétition

Michael est un employé de bureau exemplaire, un célibataire endurci qui vit seul chez lui une vie bien rangée et routinière. Le soir en rentrant chez lui, il mange, regarde un peu la télé, puis descend à la cave, dans laquelle il séquestre depuis des semaines un petit garçon... Vaguement inspiré de plusieurs histoires de pédophilie qui ont secoué l'Autriche ces dernières années, le film de Markus Schleinzer se veut dérangeant, et il l'est en partie.

Pour son premier long-métrage, le cinéaste impressionne certes par sa maîtrise formelle. Markus Schleinzer a été longtemps collaborateur de Michael Haneke, et cela se voit. De ce dernier, on retrouve dans Michael une volonté de toujours mettre la violence hors champ ; on voit mal d'ailleurs comment il aurait pu en être autrement, compte tenu du caractère irreprésentable du crime pédophile. Le film déploie donc une esthétique « de la porte fermée », qui finit par le rendre répétitif et lourd à force de s'expliciter (« regardez comme j'ai bien utilisé mon hors champ ! »). Michael fait dans l'épure, et le refus de toute psychologie : le cinéaste observe les comportements sans empathie aucune pour les personnages.

Le cinéaste fait de constants efforts pour rester « moralement correct », pour qu'on ne puisse jamais lui reprocher la moindre complaisance ou abjection. Et en effet, le film est irréprochable à ce niveau là. Il souhaite choquer, évidemment, mais pas à n'importe quel prix. Cependant, cette absolue rigueur vire rapidement à la rigidité ; le film se trouve corseté dans ses partis pris et finit par ennuyer. Devant tant de soin, on finit tout simplement par se demander quel est l'intérêt véritable du film. Sa thèse majeure est que le pédophile est un homme « banal », que personne ne pourra jamais soupçonner, que donc la monstruosité est d'autant plus dangereuse qu'elle se cache à l'intérieur même de la normalité. Certes...

Si le film est bien un objet maîtrisé et intéressant, il reste fermé sur lui même, froid, stérile, univoque et impropre à susciter la réflexion.



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