Vendredi 13 mai 2011 5 13 /05 /Mai /2011 01:47


/!\ Ne lisez pas ceci si vous ne voulez pas connaître le secret du film, car cette découverte fait partie des grands plaisirs qu'il procure.

La bande-annonce et les premiers échos carlabruniens sur le film laissaient présager le pire, et pourtant, Midnight in Paris est une réussite, un film charmant et intelligent, bien loin (ou plutôt au delà) des clichés, dans lequel on se love confortablement au contact de l'univers de Woody Allen, à la fois si familier et si étrange.

Le film s'ouvre plusieurs minutes de plans fixes sur la ville, des sortes de cartes postales qui seront le seul aperçu « réaliste » que nous aurons de Paris. Et encore, réaliste n'est pas vraiment le mot car cet aperçu « cliché » permet de saisir d'emblée le point de vue du film : celui d'un touriste américain, qui est tout à la fois le personnage et le cinéaste. Avec ces quelques plans, Allen épuise tous les clichés de Paris que nous craignions, pour laisser ensuite le film s'épanouir dans l'onirisme, hors du temps, puis dans un autre temps. Paris n'est pas vraiment le sujet du film mais un terrain fertile pour l'imagination, celle du personnage comme du cinéaste, là encore.

Avec Midnight in Paris, Allen retrouve la veine fantastique et magique qu'il a beaucoup fréquenté, celle d'Alice par exemple, ou du chef-d’œuvre absolu qu'est La rose pourpre du Caire. Ce parti pris déroutant et délicieux nous fait rapidement basculer dans un film de paradoxe temporel, où le protagoniste Gil, scénariste de Hollywood qui se rêve écrivain, est transporté ailleurs aux douze coups de minuit : dans le Paris des années 20, époque qu'il fantasme comme âge d'or et à laquelle il aurait voulu vivre. Il y rencontre ses idoles artistiques, Scott Fitzgerald, Hemingway, Dali, Picasso, Cole Porter, Buñuel et d'autres. Dorénavant, Gil passera toute ses nuits dans des Années Folles joliment reconstituées, en compagnie surtout d'une jeune femme, Adriana, muse charmante et mélancolique (Marion Cotillard).

Michael Sheen, Nina Arianda, Owen Wilson et Rachel McAdams. Mars Distribution

Ses journées, il les passe avec sa fiancée (Rachel McAdams), ses futurs beaux-parents et un couple d'amis, plus méprisants et superficiels les uns que les autres. Tout ce qui relève du réel est alors décrit comme terne, emmerdant et déprimant, Allen se déchaînant au passage dans une satyre acerbe de cette bourgeoisie ultra-friquée réac et imbue d'elle même (le portrait de l'ami du couple qui étale sa culture à chaque instant est irrésistible). Midnight in Paris appelle les grands artistes au secours, les invoque et les fait revivre, les fantasme en antidote à la petitesse et la tristesse du monde réel. Le film est truffé de gags très référencés, mais qui sont un délice pour tout amateur d'art et de cinéma – par exemple, cette scène où Gil suggère à Buñuel une idée de scénario : à la fin d'un repas, les convives d'un notable se trouvent dans l'impossibilité de quitter la pièce, et révèlent leur nature animale profonde à force d'enfermement, de faim et de soif. « Mais pourquoi est-ce qu'il ne peuvent pas sortir de la pièce ? » répond, perplexe, le futur réalisateur de L'ange exterminateur, dont Gil vient de lui donner le synopsis.

Owen Wilson est parfait pour incarner l'habituel alter ego du cinéaste, romantique et névrosé, paumé puis soudain comblé. Il n'a pas son pareil pour la douceur et la mélancolie et le prouve encore une fois. L'amusante galerie d'acteurs qui l'accompagne est parfaite également. Joyeux et drôle, Midnight in Paris est aussi d'une grande profondeur, suggérant que chacun pense à tort que l'âge d'or est ailleurs, dans un passé. Allen se demande en quelque sorte : faut-il vivre avec son temps ? La nostalgie romantique du protagoniste est ainsi à la fois louée comme résistance à la morne réalité, et dénoncée comme illusion : chaque époque est potentiellement l'âge d'or fantasmé de quelqu'un, et les paradoxes temporels sont alors infinis. En fin de compte, le film trouve une sorte de compromis où réalité et imagination finissent par coexister de façon harmonieuse. Midnight in Paris propose une fragile mais belle réconciliation avec le monde, réconciliation qui passe avant tout par l'imagination, l'art, la magie - et le cinéma.

Marion Cotillard & Owen Wilson. Mars Distribution

Actus du blog :
- Ceci était ma première contribution au Festival de Printemps des blogueurs : je réserve d'ores et déjà un prix d’interprétation à Owen Wilson, et le prix du scénario me semble envisageable !
- Midnight in Paris est aussi , comme vous le savez sûrement, le film d'ouverture du Festival de Cannes - auquel je me rends à partir de dans quelques heures. À bientôt donc, avec plein d’anecdotes et plein de critiques !


Publié dans : Nouveautés
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