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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 16:44


CYCLE ARTHURIEN 4/10

C'est un peu le problème avec les films vraiment très très très drôles : au moment d'en faire la critique, on est tenté en guise d'argument de compiler simplement tous les gags du film. Il faut dire que Sacré Graal avec ses mille et une trouvailles comiques et son sens du détail hilarant ne manquent pas de candidats au titre de meilleur gag du monde. Essayons tout de même d'en parler sérieusement. L'intrigue, donc : le roi Arthur cherche de valeureux chevaliers pour se joindre à lui à la cour de Camelot, mais il a beau se clamer « roi de tous les Bretons » partout où il passe, personne ne semble le reconnaître. Il parvient finalement à réunir quelques disciples : les chevaliers de la Table Ronde que sont Sir Lancelot le brave, Sir Galaad le pur, Sir Robin le-pas-aussi-brave-que-Sir-Lancelot et le tristement coupé au montage Sir qui-n'apparaît-pas-dans-ce-film. Finalement, ils décident que Camelot est un endroit stupide et partent en quête du Graal ; ceci après une apparition kitschissime de Dieu le père en personne (bon à savoir : il ne supporte plus tous ces gens qui lui demandent sans cesse pardon !).

Le film a bénéficié d'un budget très limité, c'est pourquoi la quasi-totalité des rôles est jouée par les six membres de la troupe. C'est pourquoi aussi les chevaliers sont si peu nombreux dans les scènes de bataille (faute de figurants), et c'est pourquoi les Monty Python n'ont pas pu se payer des chevaux : d'où le célébrissime gag des noix de coco, que je ne déflorerai pas ici, pour les tristes sires qui n'auraient point encore vu ce chef-d'œuvre. Dans le plus pur nonsense british qui soit, les Monty Python s'attachent à démonter joyeusement ce grand mythe fondateur de la Grande-Bretagne qu'est la quête du Graal. Tout est parodié, tourné en dérision : le prétendu courage des chevaliers, la prestance du roi Arthur, la pureté de Galaad... Les anachronismes sont foison, et l'absurdité fait office de loi. Ainsi, cette sublime rencontre avec une communauté d'anarco-syndicalistes qui expliquent à Arthur qu'il ne peut pas fonder un gouvernement légitime sur une cérémonie aquatique dans laquelle une folle lui a confié une épée sacrée.

Du désopilant générique de début (qui commence suédois puis vire latino-américain) aux toutes dernières images, Sacré Graal est une déferlante comique inarrêtable et insolente. Le langage est poussé jusque dans les derniers retranchements de l'absurde et révèle parfois une forme de subversion jubilatoire, comme dans cette parodie, pas aussi exagérée que cela, des logiques perverties de la pensée obscurantiste (« Pourquoi brûle-t-on les sorcières ? Mais parce qu'elles sont en bois, pardi ! »). La mise en scène est également très astucieuse et multiplie les possibilités comiques. Par exemple, les jeux sur le cadre et le hors champ, ou encore des plans étirés au maximum, créent des véritables bombes à retardement comiques. Parmi les morceaux de bravoure du film, n'oublions pas de citer un duel à l'épée totalement absurde (où le découpage de ses quatre membres ne décourage pas l'un des deux combattants de pouvoir l'emporter) ou encore la rencontre avec un Français à l'accent exécrable, menant à une ré-invention cocasse de l'épisode du cheval de Troie.


Sacré Graal est entrecoupé d'ingénieuses scènes d'animation réalisées par Terry Gilliam et de quelques irrésistibles bouts de chansons composés par Neil Innes. Quelques éléments de méta-récit (le livre du film dont les pages sont tournées à mesure que le récit avance, une voix-off qui apparaît ici et là, l'intervention inattendue d'un historien) ajoutent encore une autre dimension comique à un film qui n'en manquait déjà pas. Sacré Graal s'achève avec les flics débarquant pour arrêter Arthur et mettre fin au combat : toujours là pour gâcher la fête, ceux-là ! Si l'orgie comique se trouve interrompue par d'agaçantes figures de l'autorité, elle n'en reste pas moins dévastatrice et le film est sûrement le plus désopilant de tous les films désopilants tournés par les Monty Python.

PS : Sacrilège ! J'ai oublié d'évoquer les chevalier qui disent « Ni ! ». C'est maintenant chose faite. Ni !    



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Published by lucyinthesky4 - dans Classiques
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commentaires

Ben 10/01/2011 22:42

Culte ! Extra, tout à déjà était dit !

Chippily 08/01/2011 00:32

Et le fameux lapin ! Tu as oublié le fameux lapin ! ^^ Bon, c'est vrai qu'il y a tellement de gags hilarants que ce serait presque impossible de tous les citer de tête...

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