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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 20:16


Un des films cultes du cinéma fantastique. Il s’agit d’un remake d’une série B des années 50 (La mouche noire de Kurt Neumann) à laquelle Cronenberg apporte sa personnalité de cinéaste pour créer une œuvre en tout point admirable. L'histoire ? Seth Brundle, un scientifique, a inventé une technologie révolutionnaire qui permet la téléportation. Il partage sa découverte avec Veronica, une journaliste qui deviendra bientôt sa maîtresse. Au bout de quelques tentatives, Seth parvient à se téléporter lui-même mais découvrira bientôt d'étrange mutation dans son organisme.

J'ai d'abord été très impressionnée par le scénario de La mouche, qui est véritablement un modèle d'efficacité. Le film dure une heure trente (leçon d'économie à retenir pour tant d'autres cinéastes!) et il est parfaitement rythmé. Rien n'est de trop, tout s'enchaîne à la perfection. Le cadre idéal pour développer sans lourdeur une pensée pertinente et une maestria de mise en scène assez bluffante. La métamorphose progressive du personnage central est l'élément autour duquel s'organise l'ensemble du récit. Après sa téléportation, Seth devient un véritable surhomme à la force décuplée (chose que son amie Veronica découvre dans une scène magnifique de gymnastique nocturne et silencieuse) et ultra performant sexuellement avant de vieillir prématurément et de se changer peu à peu en un insecte géant et hideux. C'est qu'une anomalie, un « bug » s'est glissé dans la machine à téléportation, qui a déclenché un processus irréversible de mutation génétique.

Geena Davis et Jeff Goldblum. Collection Christophe L.

Je ne m'aventurerai pas dans le commentaire « tarte à la crème » de la question de la chair chez Cronenberg mais il est évident ici que ce thème est central. À un moment donné, le protagoniste fait remarquer que « la chair rend fou » et entreprend de faire comprendre cela à sa machine. C'est à son propre cinéma que Cronenberg applique cette séminale réflexion, en traduisant à l'écran les dérèglements corporels du protagonistes, la dégénérescence écœurante de son corps d’humain évoquant une maladie grave. La réflexion de Cronenberg n’est jamais assénée comme un discours - mais il est évident que l’on songe aux problèmes contemporains de la bioéthique, à l’eugénisme, aux relations entre l’homme et sa technique... Imbriquées au déroulement d’un film de genre parfaitement mené et brillant, ces notations philosophiques s’avèrent passionnantes.

En parlant de chair, un mot des acteurs. Jeff Goldblum est ici particulièrement séduisant (au début !) et charismatique, son corps d'acteur étant magnifiquement appréhendé par la caméra de Cronenberg. La mouche est aussi l'histoire de la relation amoureuse entre Seth et Veronica (la charmante Geena Davis). C'est à ce personnage de femme que le spectateur s‘identifie, une fois que Seth commence à changer, mentalement puis physiquement et qu’elle découvre effarée son impuissance à lui venir en aide. Leur histoire d'amour tragique est émouvante et ne semble pas « plaquée » comme c'est parfois le cas dans certains films de genre. Là encore, Cronenberg se révèle un excellent storyteller.



La mouche est susceptible de ravir autant les amateurs de films de genre avides de sensations fortes que les thuriféraires du cinéma d'auteur (car Cronenberg en est un, et un grand !). Le cinéaste apporte autant de soin au divertissement et aux passages obligés de l'horrifique et du gore (certains passages sont particulièrement rebutants) qu'à sa réflexion brillante sur la chair, la mutation, la dégénérescence, la technologie, le surhomme etc. Indispensable.


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Published by lucyinthesky4 - dans Classiques
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pinksataniste 07/05/2010 14:22

Fan absolu de Cronenberg, je n'ai vu qu'une fois ce film (comme pour Lynch, je n'abuse pas, je crois qu'il vaut mieux ménager chaque vision, dans l'idée d'explorer ou de ''s'abandonner'' plutôt que de consommer sans restriction), dont je garde un souvenir impérissable, bien que moins puissant que de moyenne. Comme tu le dis le film est sans fioriture, entier, riche de chacune de ses minutes ; c'est une belle histoire d'amour ténébreuse, une fois n'est pas coutume (Crash demeure à ce titre le sommet du réal, Videodrome sous un autre angle).

dasola 11/04/2010 15:31

Bonjour, quand j'ai vu ce film à l'époque (sur grand écran), j'avais été terrifiée par la mutation de cette mouche. Un grand film tout court. Déjà 24 ans et pas une ride. Bonne journée.

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