Lundi 1 novembre 2010 1 01 /11 /Nov /2010 18:16


Adaptation d'un roman fleuve portugais de Camilo Castelo Branco, Mystère de Lisbonne de Raul Ruiz possède apparemment tout de l'œuvre somme, monumentale, implacable. Mais c'est avant tout une merveille de spectacle, un ravissement pour les sens, un pur bonheur pour le spectateur. Ce film est un chef-d'œuvre, certes, mais un chef-d'œuvre joueur, charmeur, romanesque, source d'un plaisir sans cesse renouvelé. De par sa durée, c'est aussi une hallucinante et atypique expérience de cinéma. Quatre heures trente de projection et pas un moment d'ennui tant le plaisir de conter une histoire et celui de se l'entendre conter ne cessent de se nourrir l'un l'autre. C'est d'ailleurs comme cela que se structure la dramaturgie du film : en séries de récits successifs, voire de récits dans le récit dans le récit, qui déclenchent de vertigineux flash back et flash forward.

Mystères de Lisbonne déploie une intrigue digne des plus grands feuilletons, avec ses rebondissements incessants, ses révélations inattendues, ses faux semblants, ses amours contrariées, ses personnages aux doubles ou triples identités... Pour autant que l'on aime les sagas familiales et les grandes intrigues romanesques, on ne peut que succomber à ces entrelacs narratifs incroyables, toujours à la frontière du rêve et de la réalité (et si le film tout entier n'était que la rêverie du héros, l'orphelin Pedro Da Silva ?). Mise à part quelques scènes durant les campagnes napoléoniennes, tout se déroule en intérieur, dans les salons, dans les chambres, dans les couloirs des palais où se tissent et se détissent les liens des personnages. Le film est aussi un voyage perpétuel, dans le temps comme dans l'espace (Portugal, France et Italie sont visités).

Clotilde Hesme. Alfama Films (ex-Alma Films)

Ce voyage est accompagné par la caméra virevoltante de Raul Ruiz, qui ne s'autorise quasiment aucun plan fixe et œuvre dans une sorte de refus du champ-contrechamp : le film s'organise en très longs plans séquences où la caméra circule dans les décors, entre les personnages, avec de fascinants travellings. Une folie de mise en scène qui contribue à maintenir la fascination du spectateur. Cette maestria formelle et narrative ne doit pas dissimuler le fait que Mystères de Lisbonne est avant tout un grand film astucieux, ludique, presque interactif, bourré de moments drôles et cocasses et de rebondissements excitants. Pas un film figé et sérieux, mais un film bizarre qui invite son spectateur dans son univers et lui offre une liberté immense.

Le seul élément – un détail, certes - qui m'a légèrement perturbée est le doublage français du prêtre dans la seconde partie, petite entrave à la musicalité incroyable de la langue, des langues, qui traverse le film. Ce personnage dingue du père Dinis est d'ailleurs à l'image du film : un être à plusieurs vies, plusieurs identités, plein de mystères, polyglotte et cosmopolite. À la fois incarné dans une époque et d'une beauté intemporelle, doux et flamboyant, Mystères de Lisbonne est une œuvre de cinéma rare et bouleversante dont on oublie vite l'aspect « marathon » pour en savourer la richesse inépuisable - on attend la version longue (!) de 6 X 52 minutes qui sera diffusée sur Arte en 2011.


Publié dans : Nouveautés
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