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10 juillet 2010 6 10 /07 /juillet /2010 05:40


De prime abord, Nannerl, la sœur de Mozart donnera certainement à tout un chacun l’impression qu’il n’est qu’un film en costume académique voire scolaire. Cependant, en grattant quelque peu sous la surface, on peut y trouver son bonheur de spectateur : personnages, intrigues et mise en scène possèdent un véritable charme, discret mais entêtant, fougueux, et sensoriel.

Le titre du film est on ne peut plus explicite : il s’agit de mettre en lumière un personnage ignorée par l’histoire, celui de la sœur ainée de Wolfgang Amadeus Mozart, musicienne douée entraînée par son père Léopold dès le plus jeune âge, et qui s‘effaça par la suite au profite de son génie de frère. L’existence de Nannerl, son talent de musicienne et de chanteuse, et le fait qu’elle ait joué avec son jeune frère dans toutes les cours d’Europe est un fait historique réel. En revanche, les velléités de composition que lui prête René Féret et qui sont le ressort dramatique du film sont une invention. À la fois fort documenté et porté par la volonté du cinéaste d’imprimer son souffle personnel, Nannerl, la sœur de Mozart trouve un bel espace de liberté pour développer son sujet majeur : la condition féminine, évidemment. Car Nannerl se voit refuser le droit de composer, parce qu’elle est une femme. Son désir est sans cesse contrecarré par la société dans laquelle elle évolue, et elle ne pourra créer qu’en cachette. Le film s’avère aussi une méditation sur la nature de l’inspiration et de la création.

Le (non) jeu des comédiens, souhaité ainsi par le cinéaste, évoque parfois Rohmer. Il est anti-psychologique, met sans cesse le texte à distance ; cet aspect impersonnel peut éventuellement déranger, surtout au début, mais il est aussi possible de finir par se laisser emporter par le très beau dialogue. Beau symbole, Nannerl est interprétée par la fille de René Féret, Marie, et Louise de France par son autre fille plus jeune, Lisa. Elles sont toutes deux étonnantes, particulièrement dans les scènes où justement elles jouent l’une avec l’autre : la relation privilégiée qui se noue entre les deux personnages est particulièrement touchante. Le destin tragique du personnage de Louise, enfant pleine de vie qu’on enferme au couvent, est l’objet de plusieurs scènes assez bouleversantes qui rappellent là encore l’impasse que pouvait constituer la vie d’une femme à cette époque.



Un autre pan d’intrigue m’a paru tout à fait surprenant et passionnant : le semblant d’idylle qui naît entre Nannerl et le dauphin de France et qui éclot à la faveur d’un subterfuge. Pour pouvoir le rencontrer, Nannerl se déguise en homme. Toutes les scènes en question sont troublantes et sensuelles, d’une délicieuse ambigüité (le dauphin a-t-il tout de suite compris que Nannerl est une fille?) et témoigne d’un plaisir narratif palpable. Les premiers émois adolescents sont traités avec une douceur, mais aussi une cruauté, remarquables. Nannerl, la sœur de Mozart est également un portrait de famille très attachant : le clan que forment Léopold et son épouse, Wolfgang et Nannerl est soudé, presque moderne dans les rapports que les membres de la famille établissent entre eux (la mère est une figure forte). Le film suit les pérégrinations du clan Mozart à travers l’Europe et les met donc en scène dans des séquences de vie quotidienne particulièrement bien senties et vivantes.

Il y a évidemment un aspect didactique chez René Féret dans ce film qui consiste à exposer avec un peu trop d’insistance le contexte historique et à tenter de faire œuvre de pédagogie. À ce titre, la reconstitution semble parfois un peu figée, et le minimalisme de l‘ensemble empêche de temps en temps le souffle romanesque de l'histoire, pourtant bien présent, de s'épanouir totalement. Cependant, pour mettre en scène l’intimité de Nannerl et ses émotions de jeune fille qui découvre la dureté de la vie et du monde, Féret fait preuve d’une parfaite maîtrise et d’une grande subtilité. Nannerl, la sœur de Mozart est un film riche, intelligent et humble qui, comme son très beau personnage éponyme, se révèle fiévreux sous des apparences corsetées, vibrant sans toujours le montrer, sensuel malgré sa raideur - et bouleversant, à chaque fois.




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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

whiplash claim 18/08/2011 04:14

The film's title could not be more explicit to highlight a character ignored by history. Another piece of intrigue seemed quite surprising and exciting: the semblance of romance that develops between Nannerl and the Dauphin of France and the hatches for a subterfuge. Very nice movie indeed, the director and the characters are great. Great post.

whiplash solicitors 10/08/2011 05:23

Thanks for taking this opportunity to discuss this, I feel strongly about it and I take pleasure in learning about this topic.

Anna 12/08/2010 10:30

"replica", vous portez bien votre nom...

replica watches 12/08/2010 10:13

et le minimalisme de l‘ensemble empêche de temps en temps le souffle romanesque de l'histoire, pourtant bien présent, de s'épanouir totalement. Cependant, pour mettre en scène l’intimité de Nannerl et ses émotions de jeune fille qui découvre la dureté de la vie et du monde, Féret fait preuve d’une parfaite maîtrise et d’une grande subtilité. Nannerl, la sœur de Mozart est un film riche, intelligent et humble qui,

Renée 15/07/2010 16:38

Je n'en ai lu que du bien, je m'aprète donc à aller le voir :-)

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