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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 15:15
CYCLE MAI 68

Date de sortie : 21 Mai 2008
Réalisé par Olivier Ducastel, Jacques Martineau
Avec Laetitia Casta, Yannick Renier, Yann Tregouët
Film français.
Genre : Comédie dramatique
Durée : 2h 53min.



1968. Catherine, Yves et Hervé ont vingt ans, sont étudiants à Paris et s'aiment. La révolte du mois de mai bouleverse leur existence. Gagnés par l'utopie communautaire, ils partent avec quelques amis s'installer dans une ferme abandonnée du Lot. L'exigence de liberté et la recherche de l'accomplissement individuel les conduisent à faire des choix qui finissent par les séparer. 1989. Les enfants de Catherine et Yves entrent dans l'âge adulte et affrontent un monde qui a profondément changé : entre la fin du Communisme et l'explosion de l'épidémie de sida, l'héritage militant de la génération précédente doit être revisité.

Le genre : fresque idéaliste

Nés en 68 était prévu à l’origine pour être un feuilleton télé, une saga générationnelle sur l’engagement libertaire de gens de gauche entre 1968 et 2007. Le film commence dans l’effervescence, politique autant que sexuelle, du joli moi de mai et s’achève dans la détresse avec l’accession au pouvoir de celui qui veut en « liquider l’héritage ». C’est dire si le constat est pessimiste. Pourtant, Ducastel et Martineau, formidables cinéastes de la liberté joyeuse traversée de mélancolie (Jeanne et le garçon formidable, Coquillages et crustacés) offre au final un film plutôt coloré et parfois porteur d’espoir. L’ampleur du projet a de quoi inquiéter : embrasser tous les engagements de deux générations, la révolution, le rêve libertaire, la vie en communauté, la reconnaissance de l’homosexualité, la lutte contre le sida, pour l'avortement, l’opposition au fascisme et au capitalisme… Les deux réalisateurs s’attèlent à la tâche avec une modestie, mais aussi une naïveté, désarmantes. Mais même en 2h53, il faut résumer, et beaucoup. Ainsi, ils jalonnent le récit de symboles plus ou moins faciles, plus ou moins grotesques mais qui font partie de l’imaginaire collectif. C’est la fonction d’une fresque. Ce sont, moins que des clichés (par exemple, les hippies chantant « Here’s to you, Nicolas and Bart… »), des images fondatrices. Du coup, le fait que le film soit quelque peu simpliste sur le plan politique ne lui porte pas préjudice parce que le point de vue est totalement subjectif, et il n’en est que plus émouvant : il s’agit de regarder avec tendresse et sincérité la façon dont deux générations (les soixante-huitards et leurs enfants) engagées à gauche ont vécu ces quarante ans d’histoire de France, remplies plus de déception et de désarroi que d’espérance. Malgré la nature même du film (grande fresque de presque trois heures), de vrais personnages émergent qui possèdent une réelle ampleur dramatique, en particulier le jeune couple homosexuel. L’interprétation n’offre rien d’exceptionnel mais a au moins le mérite de l’homogénéité. Nés en 68 développe du même coup un certain souffle romanesque même si la mise en scène, c’est le moins que l’on puisse dire, manque de personnalité. Le minimalisme dans la reconstitution est total (voire les maquillages de vieillissement, si ils existent…). On peut regretter également que le film délaisse trop souvent le politique au profit du sociétal, l’intrigue (si l'on peut dire) étant centrée sur des questions de mœurs (libertinage, homosexualité, avortement, valeur du mariage) et la politique n’intervenant que parce qu’elle scande le récit et permet de s’y retrouver. Le lien entre les deux aurait pu être explicité de manière plus subtile. Au final, la sincérité qui se dégage de l’ensemble du film l’emporte tout de même sur ses nombreux défauts et, pour peu qu’on se reconnaisse un peu, et sa famille avec, dans le rêve profondément idéaliste de ces deux générations de gauchistes, on éprouvera pour Nés en 68 une tendresse salutaire. En ces temps de désarroi pour les gens qui gardent un peu espoir en la gauche, Ducastel et Martineau sont des cinéastes qui font du bien.

Laetitia Casta et Yann Tregouët. Pyramide Distribution

Yannick Renier. Pyramide Distribution

À voir aussi sur le blog
Films de Ducastel et Martineau : Crustacés et coquillages

À suivre dans la spéciale mai 68 : Grands soirs et petits matins, de Wiliam Klein


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

Gérard Rocher 15/10/2008 11:21

Je trouve que le sujet de ce film est fort bien analysé. Nous sommes passés de l'euphorie voir de l'espoir à la dure réalité de la période présente. Le chômage, l'aggravation de la misère et des inégalités le sida, la pollution et bien d'autres choses sont passés par là ont interrompu la fête. Nostalgie quand tu nous tiens... Gérard

La Nymphette 09/06/2008 14:26

Commentaire très complet et très juste. Même si pour moi l'émotion l'a emporté sur les défauts ;-)

Mélissa 30/05/2008 21:43

Si je ne connais pas Jacques Martineau en tant que réalisateur, je le connais par contre en tant que prof, puisqu'il enseigne dans ma fac et que la plupart de mes amis l'on en scénario. En tout cas, tu donnes envie d'aller voir le film, à la différence de l'affiche. Alors pourquoi pas...

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