Dimanche 6 juin 2010 7 06 /06 /Juin /2010 23:40
FESTIVAL DE CANNES 2010 - COMPÉTITION - Prix d'interprétation masculine
Sortie le 22 décembre 2010

La nostra vita est le deuxième film de Daniele Luchetti à avoir été présenté en compétition à Cannes, après Le porteur de serviette (1991). Son prologue nous présente une vie de famille idyllique, charmante, mignonne - Claudio, sa femme enceinte Elena et leurs deux enfants mènent une vie de petits bonheurs simples. C'est agréable à regarder (quoiqu'un peu cliché), mais l'on sent déjà que la tragédie guette, en particulier quand Claudio annonce à sa femme qu'il a découvert un cadavre sur le chantier où il travaille. Ce n'est pourtant pas de là que partira le drame, mais du décès soudain d'Elena alors qu'elle donne naissance à leur troisième enfant. Elio Germano interprète ce veuf qui tente tant bien que mal de joindre les deux bouts, et bien qu'il soit relativement émouvant, son prix d'interprétation à Cannes ne paraît pas franchement indispensable : à l'image du film, il se conforme un peu trop souvent à des archétypes psychologiques faciles.

Luchetti prend également soin d'inscrire son intrigue aux contours intimes dans un contexte social fort. Pour pouvoir entretenir sa famille après la mort de sa femme, Claudio tente de gagner de l'argent de façon plus ou moins malhonnête. Le personnage devient donc une sorte de petit patron salaud un peu méprisable (il sous-paye ses employés sans papier, dissimule le décès d'un ouvrier). L'étude du monde du travail évoque le film de Ken Loach It's a free world, sauf que Luchetti ne va aussi loin ni dans la violence du propos ni dans l'ambiguïté et l'étrangeté - se pose alors la question du regard que pose le réalisateur sur son personnage. Est-il complaisant, compassionnel, critique, méprisant ? Difficile à savoir, et ce non en raison d'une subtilité particulière de la mise en scène mais au contraire, je pense, de sa totale impersonnalité. Parfois caméra à l'épaule, Luchetti adopte un style sobre qui privilégie les plans rapprochés et l'intime. Un choix cohérent mais qui tourne quelque peu en rond.

Cattleya

On sent que le projet plus ou moins avoué de La nostra vita est de dessiner un portrait en demi-teinte de l'Italie d'aujourd'hui, celle de la crise et de Berlusconi. Il n'y réussit qu'à moitié, faute de parvenir à insérer ses personnages dans un environnement autre que familial. Comme attendu, le film dessine une trajectoire de rédemption pour son protagoniste. On trouvera cependant son bonheur ailleurs : dans le personnage du frère de Claudio par exemple, beau célibataire timide ; ou encore dans le beau segment d'intrigue (pas assez exploité) qui voit Claudio héberger chez lui le fils de l'ouvrier roumain dont il a caché la mort. La nostra vita reste un film touchant mais du point de vue cannois, on était en droit d'attendre des œuvres plus fortes, plus personnelles et plus originales.



Publié dans : Nouveautés
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