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29 mai 2007 2 29 /05 /mai /2007 10:50

Le Palmarès 2007

Palme d'or 4 mois, 3 semaines et 2 jours, de Cristian Mungiu

Grand Prix La forêt de Mogari, de Naomi Kawase

Prix du soixantième anniversaire Gus Van Sant (Paranoid Park)

Prix d'interprétation féminine Jeon Do-Yeon pour Secret Sunshine, de Lee Chang-Dong

Prix du scénario Fatih Akin, pour De l'autre côté

Prix de la mise en scène Julian Schnabel, pour Le Scaphandre et le papillon

Prix d'interprétation masculine Konstantin Lavronenko pour Le Bannissement, d'Andrei Zviaguintsev

Prix du Jury (ex-aequo) Persepolis, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud et Lumière silencieuse, de Carlos Reygadas

Caméra d'or Les Méduses, de Etgar Keret et Shira Geffen et une mention spéciale : Control, d'Anton Corbijn

BILAN SUBJECTIF

Une sélection ouverte et de qualité

La principale qualité de la sélection cannoise de cette année fut d'offrir une sélection de films d'une grande variété : des vieux de la vieille et des jeunots, des films traitant de sujets extrêmement divers, des genres très variés. Du film série B au thriller, de la comédie musicale au drame famillial, de l'animation au film en costume, le festival a cette année mis un point d'honneur a célébré tous les cinémas. L'Asie, l'Europe de l'Est, ont ainsi pris une place considérable et relativement nouvelle dans la sélection officielle - et dans le Palmarès, nous le verrons. Une sélection courageuse : 13 des 22 films ont été ceux de réalisateurs jamais présents à Cannes auparavant. La qualité fut également au rendez-vous. Je n'ai personnellement vu que deux (très bons) films cannois, mais les échos des bloggeurs comme des journalistes sont extrêmement favorable, pour les films de réalisateurs reconnus comme ceux des jeunes cinéastes. Partant de ce constat, le jury composé de personnalités de qualité a dû faire face à un choix, qui ne fut semble-t-il - et on peut le comprendre - pas simplement artistique.

Les américains et les "cannois" boudés

La plupart des américains présents sur la Croisette, pourtant sélectionnés de façon importante (Gray, Fincher, Tarantino, les Coen brothers...) sont repartis bredouille de leur excursion, et ceci malgré les qualités indéniables de leurs films, dont les critiques ont souvent été extrêmement positives. Je trouve cependant assez pitoyable le chantage auquel se sont adonné certains producteurs américains, mauvais perdants, du genre "si c'est ça, on ne reviendra pas l'an prochain". Le cinéma américain n'a pas le monopole du festival. Julien Schnabel,du réalisateur du film français Le Scaphandre et le papillon, repart tout de même avec le prix de la mise en scène et le prix du 60e anniversaire est remis à Gus Van Sant pour Paranoïd Park et/ou l'ensemble de son oeuvre. Mais on le voit bien, le jury a fait un autre choix que celui de récompenser les habitués de Cannes : les invités systématiques (Wong Kar Waï par exemple), voire les déjà palmés (Tarantino, Kusturica etc.). On assiste à un passage de témoin à une nouvelle génération de cinéaste, en rupture totale avec un Palmarès 2006 qui avait fait la part belle à des anciens comme Loach et Almodovar.

No country for old men (Joel & Ethan Coen)

Un Palmarès cosmopolite et engagé

Le Palmarès de ce 60e festival de Cannes a donc été l'occasion pour Frears, cinéaste ô combien engagé, et ses acolytes de donner un coup de pouce à des cinémas en pleine éclosion et qui ont certainement plus besoin de soutien que les Coen ou David Fincher... En ce sens j'approuve ce Palmarès par ailleurs certainement pas exempt de considérations esthétique et cinématographique. La Palme d'Or 4 mois, 3 semaines et 2 jours, le film roumain de Cristian Mungiu est un film en partie politique, qui fait le portrait d'une société déshumanisée, tout comme De l'autre côté du germano-turc Fatih Akin constate l'état actuel du monde et pointe du doigt les frontières meurtrières entre Orient et Occident, et tout comme Persépolis offre un regard original sur l'Iran islamiste. Ce sont donc des films qui présentent un constat désabusé et regard puissant sur notre monde, dans une visée d'engagement que je veux saluer, qui ont bien souvent été récompensés, et l'on peut comprendre le choix de ses films face à des Américains dont le cinéma est bien souvent un commentaire de lui-même et non un interface vers le reste du monde - ce qui n'enlève rien, bien évidemment, à ses qualités. N'oublions pas non plus le cinéma asiatique qui avec le japonais La forêt de Mogari et le sud-coréen Secret Sunshine s'est fait une place de choix. Certes le jury a plutôt oublié les films euphorisants (Les Chansons d'amour, par exemple, ou le Tarantino) et a récompensé un cinéma plus intellectuel et grave. C'est ainsi. En tout cas, il me semble qu'il a respecté un certain esprit du festival. Il ne faut pas oublier que sans des manifestations comme Cannes, les cinémas des petits pays seraient bien souvent délaissés.

Cinéma de divertissement contre films "prise de tête" ?

Il est clair que cette année cannoise a bien souvent offert des films obscurs voire abscons, qualifiés par certains critiques d'ennuyeux à mourir, de désespérément lent, de "prise d'otage" (puisque c'est beau, il faut aimer) tandis que d'autres s'extasiaient sur la beauté des plans et la profondeur du message. En m'en tenant à ceux récompsés par le jury, je pense notamment à Lumière silencieuse, de Carlos Reygadas, à La forêt de Mogari, de Naomi Kawase ou encore au Banissement d'Andrei Zviaguintsev. Les films "de divertissement", déjà épurés de la sélection - officielle ou non - sont absents du Palmarès. Il semble loin le temps où l'on osait récompenser des films qui pouvaient provoquer une plaisir immense au spectateur lambda tout en respectant des exigences "auteuristes" et artistiques remarquables (je pense à Pulp Fiction, Palme en 94). Il y a fort à parier que les films de ce Palmarès 2007 ne rencontreront pour la plupart pas un grand succès en salle. C'est dommage, mais il est intéressant que Cannes continue à soutenir des auteurs en devenir, des artistes exigents, un cinéma exempt de considérations commerciales. C'est pourquoi je reste sur ma position et tire de ce Palmarès un bilan plutôt positif, qui offre à la Roumanie une Palme méritée pour son cinéma en pleine expansion et au monde entier une ouverture vers de nouvelles perspectives et de nouvelles exigences en matière de 7e art.

4 mois, 3 semaines et 2 jours, de Cristian Mungiu



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Published by lucyinthesky4 - dans Evénements
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pL 31/05/2007 23:44

Je trouve ton analyse du palmarès très complète et je suis dans l'ensemble d'accord avec toi.
Je trouve bien d'avoir fait une place importante aux jeunes réalisateurs et aux "cinémas émergents" (comme le cinéma roumain). Maintenant, je pense que ces films primés (de l'autre côté, 4 mois 3 semaines et 2 jours, Secret sunshine, le banissement, lumière silencieuse et la forêt de Magori) auront du mal à trouver leur public quand ils sortiront en salles. Depuis un moment le festival n'arrive plus à primer des films qui mettent d'accord spectateurs et critiques (peut-être parce qu'il n'y en a aucun de ce type en sélection officielle...) et le temps où des films comme Pulp fiction (pour n'en citer qu'un) marquaient la naissance d'un cinéaste majeur semble révolu (jusqu'à quand??).
Déçu également que le cinéma américain ait été exclu du palmarès (Zodiac méritait un prix, et le film des frères Coen avait fait l'unanimité chez les critiques presse). Enfin, ce palmarès montre que le cinéma français perd de son influence dans le monde. La faute peut-être aux films sélectionnés cette année (pas vraiment convaincants). Je pense quil va encore falloir attendre longtemps avant que la Palme d'or soit française, et c'est bien dommage.

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