Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 22:42


Figure désormais établie comme légendaire, la papesse Jeanne est une femme qui, au IXème de notre ère, aurait berné le Vatican et toute la hiérarchie chrétienne en se faisant passer pour un homme et en accédant ainsi à la papauté pendant deux ou trois ans. Le film (anglophone) de l'Allemand Sönke Wortmann retrace son histoire dans une fresque médiévale appliquée et intéressante, sans grande personnalité cependant. Portrait d'une femme révoltée et érudite en butte à l'obscurantisme religieux, La papesse Jeanne rappelle le film d'Alejandro Amenabar Agora, tout en étant démuni de sa frénésie épique.

Les films consacrés au Moyen-Âge sont relativement rares pour qu'on prenne plaisir à être ici dépaysé. En plus d'une reconstitution impeccable mais attendue (décors et costumes font tout pour « faire vrai »), La papesse Jeanne s'intéresse de près au contexte culturel et aux mentalités de l'époque : le christianisme se solidifie mais est encore menacé par les rites païens, l'érudition s'installe comme nouvelle valeur. Mais c'est surtout à un commentaire sur la place de la femme dans le monde médiéval que se livre le film : considérées comme indignes de recevoir une éducation, les femmes sont confinées dans la domesticité et traitées avec la plus grande violence. Rien de bien neuf, certes, mais le déchaînement d'agressivité masculine et patriarcale (pas seulement, d'ailleurs) exercée sur une héroïne qui ne cherche d'abord qu'à savoir et à aimer est illustrée de façon efficace et parfois terrifiante.



En contrepoint, le film brosse un portrait sans nuances de son héroïne : exemplaire dans la foi, érudite, intelligente, rebelle, généreuse, charitable etc. On aurait pu attendre un personnage plus torturé et ambigu, ne serait-ce que sur le plan sexuel. Le dithyrambe exaspère quelque peu, et quand l'intrigue verse inutilement dans le drame amoureux un peu plat, on finit par s'ennuyer. Retraçant l'itinéraire de son héroïne avec tous les passages obligés - enfance malheureuse, adolescence rebelle, installation réussie dans les institutions chrétiennes puis déchéance et mort brutale et tragique - La papesse Jeanne crée une certaine monotonie et ne justifie pas toujours sa durée de deux heures et vingt minutes. On l'aura compris, ce film historique ne se démarque en rien en ce qui concerne la mise en scène, mais ne démérite pas dans le traitement de ses thématiques et le regard sur un personnage somme toute fascinant.

Notes sur le DVD
Effort minimum au niveau des bonus, mais effort tout de même : un making-of, ni plus ni moins passionnant qu'un autre.

[DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDTrafic, mise en place par l'excellent site CinéTrafic]

Film disponible en DVD depuis le 2 novembre 2010 aux éditions M6 Vidéo.
Fiche CinéTrafic de La papesse Jeanne.


Partager cet article

Repost 0
Published by lucyinthesky4 - dans Tests DVD
commenter cet article

commentaires

  • : Goin' to the movies
  • Goin' to the movies
  • : Blog de critiques cinéma d'Anna M. «Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)
  • Contact

GOIN' TO THE MOVIES

Blog de critiques cinéma d'Anna M.

«Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)

Recherche