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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 00:21

Je propose que nous arrêtions désormais de nous étonner à chaque nouveau film du niveau d'insignifiance et d'inintérêt atteint par le cinéma de Klapisch, car cela fait désormais trois fois de suite (Les poupées russes, Paris et aujourd'hui Ma part du gâteau) que le cinéaste confirme qu'il a perdu sa verve satirique et son talent pour brosser des portraits, qu'ils soient réalistes ou cocasses. Ceci dit, il faut bien avouer que Ma part du gâteau atteint dans le domaine des clichés et des facilités de scénario un niveau assez hallucinant.

Steve est un trader sans état d'âme dont la seule aspiration dans la vie est de faire le plus d'argent possible, et que cela soit aux dépens des autres ne le dérange en rien. De son côté, France (prénom très lourdement symbolique) est une ouvrière et mère courage du Nord subitement mise au chômage et qui, après un épisode dépressif, se reprend en main et devient femme de ménage à Paris. Elle est évidemment embauchée par Steve, sans savoir qu'il est le responsable de la fermeture de son usine. Les portraits contrastés des deux protagonistes, mis en évidence dès le début par un montage alterné de leurs deux vies ô combien différentes, sont d'emblée très caricaturaux. Chaleur de France contre froideur de Steve, petite maison accueillante contre grand appartement vide et terne, vie de famille aimante contre célibat agressif, combativité et joie de vivre contre cynisme et ennui. France est une gentille ouvrière courageuse, Steve est une ordure immorale et odieuse (voir la séquence assez dérangeante à Venise où il emmène une jeune mannequin).

Le tableau est dressé, et il n'est pas subtil. La rencontre entre les deux aurait pu cependant être efficace et amusante (après tout, la comédie repose souvent sur la caricature) mais Klapisch ne parvient jamais à lui donner la moindre saveur. Les dialogues sont d'une lourdeur rare et le comique souvent très appuyé. Le cinéaste rate le greffage du commentaire social sur la comédie (ou de la comédie sur le commentaire social), si bien que le film ne trouve jamais son identité propre. On ne doute pas de la sincérité de Klapisch mais sa maladresse est terrifiante. Phénomène qui déteint également sur les interprètes : Gilles Lellouche est égal à lui-même, totalement fade. Karin Viard quant à elle est toujours talentueuse mais elle est en roue libre tout du long (exemple avec une embarrassante scène où elle braille avec un ridicule accent russe afin de se faire passer pour une immigrée dans sa formation de femme de ménage).

Gilles Lellouche & Karin Viard. StudioCanal

Malgré la consternation que suscite le film, deux choses incitent à l'indulgence : d'une part la mise en scène plutôt nerveuse et légère de Klapisch, sans génie aucun mais qui évite d'en rajouter à la pesanteur incroyable de son scénario ; d'autre part, un final très surprenant, une bifurcation soudaine de l'intrigue, du ton et du propos qui éveille enfin l'attention. Alors qu'on craignait la réconciliation bébête sur le mode de la comédie romantique facile, Ma part du gâteau bascule totalement dans autre chose, et l'on se croirait presque, soudain, chez Ken Loach. C'est quasiment un autre film qui commence, comme si Klapisch préférait terminer sur un hors-sujet plutôt que sur un happy end ou un statu quo exaspérants d'angélisme. Ces vingt dernières minutes intéressent à défaut de convaincre et on les apprécie surtout par contraste avec la nullité totale de ce qui les précède. C'est dire...

15étoile

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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

whiplash solicitors 08/08/2011 08:01

I think you’ve made some truly interesting points. Not too many people would actually think about this the way you just did. I am really impressed that there is so much information about this subject that have been uncovered and you did it so well, with so much class.Thanks.

Chris 24/03/2011 20:41

J'ai vu le film et partage ta critique avec un résultat radicalement différent : le début est vraiment nul, mais la fin, la fin est absolument géniale, c'est le meilleur portrait de méchant depuis très très longtemps... I'm bad, I'm very bad.... Excellent !

pierreAfeu 23/03/2011 21:55

Je suis un poil moins dur que toi, même si je partage ton sentiment. Cette fin est en effet la seule chose intéressante du film, à la fois risquée et intelligente. Sinon, malgré l'outrance (ou grâce à elle plutôt), j'ai beaucoup ri à l'accent des pays de l'est de Karin Viard... Et puis j'aime beaucoup l'appartement de Lellouche (qui n'existe pas en réalité : il n'y a pas d'appartements si haut à La Défense, que des bureaux...).

Molines 21/03/2011 13:39

Je vous trouve un poil trop dure sur cette critique car c'est un film français qui innove pour une fois, c'est moins gnan-gnan que la prod cinématographique actuelle.

Nostalgic du cool 21/03/2011 11:17

Et bien il en prend pour son grade le Klapisch (ce qui n'est pas pour me déplaire vu ces dernières œuvres cela dit) puis comme il est dit dans un certain film que tu apprécies "I like how mean you are" (vas tu reconnaitre?) En tout cas tout ça me donne moyennement envie de le voir.

catherine brachet 21/03/2011 08:46

jugement sévère ..mais juste!

ffred 21/03/2011 01:06

Moi c'est l'indulgence...malgré les défauts j'ai bien aimé...je suis bon public ;-)

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