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14 juin 2008 6 14 /06 /juin /2008 10:00
Date de sortie : 11 Juin 2008
Réalisé par M. Night Shyamalan
Avec Mark Wahlberg, Zooey Deschanel, John Leguizamo
Film américain, indien.
Genre : Science Fiction, Drame
Durée : 1h 30min.

Twentieth Century Fox France

Surgi de nulle part, le phénomène frappe sans discernement. Il n'y a aucun signe avant-coureur. En quelques minutes, des dizaines, des centaines de gens meurent dans des circonstances étranges, terrifiantes, totalement incompréhensibles. Qu'est-ce qui provoque ce bouleversement radical et soudain du comportement humain ? Pour Elliot Moore, professeur de sciences dans un lycée de Philadelphie, ce qui compte est d'abord d'échapper à ce phénomène aussi mystérieux que mortel. Avec sa femme, Alma, ils fuient en compagnie d'un ami, professeur de mathématiques, et de sa fille de huit ans.

Le genre : herbes folles

Bon, je n’ai jamais vu un film de Shyamalan (à part Sixième sens, mais je m’en souviens à peine) donc, contrairement à toutes les critiques que j’ai lues jusque là, je n’ai aucun repère pour savoir si Phénomènes confirme l’esbroufe ou au contraire la maestria du réalisateur. Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant dans ce film singulier, c’est son ton quelque peu élégiaque et suggestif alors même que la violence du propos aurait pu donner quelque chose de gore assez fatigant. L’épidémie de suicides est une tragédie contre-nature qui s’oppose violemment à un prétendu instinct de survie (ce en quoi on peu interroger la vision religieuse du monde déployée par Shyamalan, mais c’est une autre histoire), mais qui est déclenchée comme une vengeance par la nature elle-même. Notre responsabilité d’hommes en tant que créations de la nature qui s’évertuent pourtant à dénaturer le monde est donc lourdement engagée. Le cinéaste adopte ici un déroulement et une mise en scène plus classique, plus modeste me semble-t-il, dépouillés par exemple de l’habituel twist final : l’ennemi est connu très tôt, la résolution du mystère n’est absolument pas le sujet du film. Foutage de gueule, peut être, mais habileté aussi, car chaque plan sur un élément naturel, aussi inoffensif soit-il a priori (l’herbe balayée par le vent, les branches des arbres), devient une saisissante source d’angoisse. Ce n’est certes pas Les oiseaux (la référence à Hitchcock est assez écrasante) mais le potentiel d’effroi de la nature qu’on pensait bienveillante est assez bien exploité. Du coup, et je sais être assez difficile dans ce domaine, Phénomènes, sans être terrifiant, est le film qui m’a le plus fait peur de l’année. On assiste à ce titre à quelques morceaux de bravoure assez captivants : les foules soudain immobilisées, dont chaque individu s’empresse de s’autodétruire de manières de plus en plus ingénieuses. Scène assez marquante également, sur le perron d'une maison, où l'autre quel qu'il soit devient une menace. Ou l'égoïsme cruel de l'humain face au danger. Sur le plan narratif, Phénomènes pèche un peu par sa prévisibilité (qui va survivre ? quel suspense !), ses thématiques souvent lourdement amenées (l’écologie bien sûr, mais aussi la famille et la procréation) et quelques invraisemblances somme toute plutôt marrantes (qu’est-ce que j’aimerais pouvoir courir plus vite que le vent !). Mais Shyamalan reste un sympathique roublard, et ses comédiens sont assez convaincants pour qu'on ne s’ennuie pas. Le film est donc plutôt efficace, ce qui est déjà une qualité remarquable. Sur le fond, il est cependant légitime de se demander si Shyamalan ne produit pas, derrière le propos écolo qu'on ne peut pas vraiment condamner, un discours bien-pensant : il ne faut pas aller contre la nature (le suicide comme l’absence de procréation sont inenvisageables dans un monde apaisé). Discours philosophique qui a ses limites, la grandeur de l’homme s’étant justement construite dans un rapport de force avec la nature et non dans sa vénération. Shyamalan a au moins le mérite de la sincérité dans son propos. En même temps, dans un sous-texte plus modeste, que la catastrophe et la survie à celle-ci soit ce qui permet de souder ou de re-souder des êtres que la banalité du quotidien avait eu tendance à rendre indifférents l’un à l’autre est une jolie conclusion. Un drôle de truc, entre la rêverie apocalyptique et le foutage de gueule, entre l’angoisse existentielle et le délire mystico-réac. Séduisant malgré tout, ou peut-être grâce à cela.



Mark Wahlberg et Zooey Deschanel. 20th Century Fox


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Published by lucyinthesky4 - dans A contrario
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commentaires

Clara. 17/06/2008 13:26

J'ai juste regardé ce film dans un centimetre carré entre mes doigts posés sur mes yeux...
Mais peut etre que la moral est telle que l'amour vaint a tout...
Film tres bien mené malgré les moments un peu gores, du genre la nana qui s'enffonce la pince a cheveux dans le cou (beurrrrk)

Anna 16/06/2008 15:17

Oui, la mauvais conscience c'est une bonne interprétation.
Et sinon ouais bon je ne me suis pas exprimée avec une grande subtilité je le concède, mais quand je dis "rapport de force", je dis pas "destruction", c'est évident que l'homme fait tout sauf sa grandeur quand il détruit la nature, je suis la première à le dire !
Simplement, et c'est ma façon de penser alors vas-y démonte-la si ça te fait plaisir, mais j'ai toujours considéré que ce qui faisait la singularité de l'homme c'est qu'il allait à l'encontre de la nature sur bien des points, et que donc il était un animal à part (ce qui ne veut absolument pas dire supérieur, je dirais même le contraire parfois...) : la possibilité du suicide va à l'encontre de l'instinct de survie, le désir diffère du besoin, la sexualité va au delà de la procréation etc. etc.
Que ces considérations, que je pense justes, aient pu conduire à ce que l'homme veuille sans aucun discernement "se rendre maître et possesseur de la nature", là est le drame...
L'homme est plus qu'un animal et moins qu'un dieu comme dirait l'autre (ce qu'il a tendance à oublier) ; il est le seul animal qui n'est pas parfait mais perfectible (donc susceptible de progrès comme de régression), comme dirait un autre autre, en ce qu'il s'élève au dessus de la simple naturalité. Mais nous en avons besoin, s'élever au dessus exige que la nature existe encore et que l'on sache, comme tu le dis si bien, qu'elle est la chose la plus insondable qui soit.

Carcharoth 16/06/2008 14:40

"Discours philosophique qui a ses limites, la grandeur de l’homme s’étant justement construite dans un rapport de force avec la nature et non dans sa vénération". Occidentalo-centrisme ma chère Anna, je ne vois pas l'homme grandit quand il déforeste ou détruit des espèces entières. Philosophie simpliste ok, mais rappeler aussi que la nature n'est pas l'ami des homme, c'est pas mal, même si personnifier et humanisé la "nature" c'est encore trop, c'est trop panthéiste, c'est trop Spinoza, c'est trop chrétien. La nature ce n'est pas une chose. La nature c'est la chose la plus ardue à saisir en philosophie, et pour cause elle ne peut etre conceptualiser malgré les efforts de tous les profs du monde.
La conclusion que tu décris (pas vu le film, je me fie donc à toi) ressemble un peu à ce que dis Tsukamoto dans tous ses films, mais je me trompe peut être.
L'épidémie de suicide c'est peut etre surtout une épidémie de mauvaise conscience (le mal du siècle héhé) qu'une "attaque" de la "nature". M'enfin en effet si c'est un croyant la Shyalaman, il en connait un rayon en mauvaise conscience...

Snifff 15/06/2008 14:08

Moi aussi j'ai apprécié le film. C'est le meilleur de Shyamalan je trouve. Phénomènes n'est justement pas une grosse escroquerie, plus simple, plus équilibré, plus drôle qu'à l'accoutumée et toujours diablement efficace dans sa création hitchockienne d'une angoisse gratuite et artificielle. Et puis le côté série B ne peut que me plaire.

Anna 14/06/2008 19:55

:D Pas spécifiquement pour lui faire plaisir, mais c'est vrai que j'étais assez d'accord avec sa critique (un peu moins enthousiaste, peut-être) et quand j'ai eu accès à internet et que j'ai lu toutes ces critiques négatives, ça m'a vraiment surprise.
Et sinon ouais quand je dis "ce n'est pas Les Oiseaux" c'est une question de degré (dans la qualité) et non de nature, car c'est évident qu'il a la prétention de se la jouer Hitchcok. Perso j'ai plutôt marché à fond dans son délire.

VincentLesageCritique 14/06/2008 19:29

D'un autre côté, Shyamalan se réclame d'Hitchcock et voulait faire son Oiseaux. Et puis, à ses débuts, on le comparait au Sir Alfred. Mais sinon, tu as raison, twist ou non, l'importance n'est pas là.
Tu es l'une des seules à apprécier le film, juste une interrogation : c'est pour faire plaisir à notre ami commun aux initiales J-M L ? ;-)

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