Lundi 30 mai 2011
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FESTIVAL DE CANNES 2011 - En compétitionDeux ans après le mélodrame jusqu'au-boutiste qu'était
Étreintes brisées, Almodovar change de genre.
La piel que habito est un thriller hyper-sexuel à la limite de la science-fiction voire du fantastique, un objet étrange, hybride et fascinant.
Trop dévoiler l'intrigue serait dommage tant son caractère incroyable fait partie des plaisirs pervers que procure le film. Il s'agit, en gros, d'un chirurgien (Antonio Banderas) qui séquestre chez lui une jeune femme (la sublime Elena Anaya) qui lui sert de cobaye humain. Hanté par le souvenir de sa femme et de sa fille décédées, il teste notamment sur elle une peau humaine « révolutionnaire », censée être très résistante. L'intrigue met du temps à se mettre en place, on se dit presque que la première partie est laborieuse, mais tout bascule ensuite de manière stupéfiante et éclaire ce qui a précédé d'une lumière nouvelle. Le scénario joue, en particulier, très habilement avec l'identification, qui bascule à chaque aller-venu dans le temps, du « bourreau » à la « victime ».
On retrouve bien Almodovar à travers des thématiques telles que l'ambiguïté sexuelle, mais aussi et surtout des motifs formels, comme cette usage incroyablement pop des couleurs. Avec
La piel que habito, Almodovar porte son cinéma à un niveau de romantisme et d'incandescence assez hallucinant. La mise en scène, qui emprunte parfois à l'esthétique du giallo et évoque beaucoup Hitchock dans son accomplissement très hollywoodien, est époustouflante, chaque instant du film constitue une mini-événement plastique, que ce soit un homme dévalant un escalier ou une femme passant les morceaux de tissu de ses robes déchirées à l'aspirateur. Le seul reproche que l'on pourrait alors faire au film, c'est qu'à force de virtuosité, il se pare d'une certaine froideur qui met un peu l'intrigue à distance et gène l'attachement émotionnel.
La piel que habito est en tout cas un film impressionnant de maîtrise et d'intelligence. Almodovar n'en finit pas de confirmer son génie singulier de cinéaste trans-genre(s).
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