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Un « film choc », une « claque », un « coup de poing », voilà le genre de qualificatifs qui
reviennent régulièrement pour désigner Polisse, le dernier film de Maïwenn Le Besco, au succès déjà assuré. Cette immersion dans le quotidien de la Brigade de Protection de Mineurs est
un portrait de groupe de flics au grand cœur qui voient défiler chaque jour dansleurs bureaux des cas plus sordides et révoltants les uns que les autres.
Sauf que ces cas ne semblent pas être le sujet profond du film, Polisse devenant rapidement un simple catalogue de
toutes les horreurs rencontrées à la BPM. Les enfants et adolescents qui défilent dans le commissariat ne sont donc jamais des personnages à part entière, seulement des figures prétextes (à
émouvoir, à signifier) que l'on se permet de croquer parfois méchamment en quelques plans - l'adolescente au look gothique qui a fait une fugue, ou encore la jeune fille qui a fait une
fellation pour récupérer son téléphone portable et qui est à l'origine d'une scène de fou rire très embarrassante. Le spectateur est placé en totale connivence avec tous les flics, sans recul
aucun. Les enfants ne sont utilisés quasiment que comme des éléments de scénario qui servent à faire avancer les intrigues entre les personnages. Un exemple : si l'ado violée - dont on ne
sait rien - accouche d'un bébé mort, c'est avant tout pour que dans la scène suivante, le personnage de Marina Foïs puisse révéler toute sa haine de soi en donnant son propre prénom au bébé. La
séquence de l'accouchement en soi est très puissante, mais cette juxtaposition est consternante.
Le regard de Maïwenn sur les membres de la BPM est très univoque : tous les petits flics de la brigade sont des merveilles
d'humanisme et de bonne volonté, tandis que la hiérarchie est lâche et cherche à protéger les puissants (l'intrigue avec Louis-Do de Lencquesaing en immonde pervers est grotesque). On ne doute
pas un instant des bonnes intentions de Maïwenn, de son désir sincère de nous immerger dans une certaine « réalité sociale ». Mais sa sincérité et son indéniable énergie n'en sont pas
moins maladroites, et conduisent à des scènes à la limite de l'obscénité (tout le monde a déjà parlé de la scène où les enfants roumains qui viennent d'être enlevés à leurs parents se mettent à
danser dans le bus qui les emmènent loin d'eux, mais je le répète : c'est une horreur). En outre, la volonté naturaliste ou « documentaire » ne parvient pas à dissimuler une
certaine artificialité, dans le typage des personnages mais aussi dans sa construction générale, qui alterne de manière un peu forcée les moments lourds et édifiants, et les instants de répit
légers et drôles. Une volonté d'équilibre et de compensation de scènes entre elles, calibrée pour que le film plaise à tous, mais peu convaincante sur la longueur et surtout terriblement
clichée.
Polisse est cependant rendu supportable par sa troupe d'acteurs assez fascinante, totalement en roue libre certes mais
pleine d'une énergie bordélique qui séduit par intermittences. Il faut dire que le film passe son temps à nous demander d'acquiescer devant leur talent collectif. Néanmoins, bien qu'assez
caricaturaux et typés (il y a l'arabe, la lesbienne, l'intello, le beauf etc.), les personnages parviennent à exister, même ceux qui ont un temps à l'écran plus réduit que d'autres (Duvauchelle,
Bercot, Elkaïm). Ils sont écrits un peu à la manière de personnages de série télé, par petites touches, et ce traitement est assez convaincant quoique paradoxal. Ainsi le mauvais soap menace
toujours et advient parfois. Notamment avec la romance sans intérêt qui s'installe entre le personnage de Maïwenn (une photographe venue faire un reportage sur la brigade) et Joeystarr. Cette
position d'observatrice extérieure que s'attribue la réalisatrice aurait pu être relativement intéressante - miroir de la position de la cinéaste vis-à-vis de son sujet - mais finit par devenir
extrêmement envahissante.
Beaucoup de choses inutiles, naïves et même un peu bêtes dans ce film, donc. Beaucoup de gros plans interminables, d'affreux
tire-larmes, de scènes fausses et calculées, de plans scandaleusement irréfléchis. Polisse est un trop-plein totalement bordélique, mais pas de ceux qui séduisent, non. De ceux,
indigestes, qui génèrent un malaise poisseux et désagréable. Polisse verse ainsi parfois dans des séquences très douteuses ou embarrassantes. Parfois, certes, pour le meilleur (la scène
de l'interrogatoire de Sandrine Kiberlain est très forte), mais plus souvent pour le pire (le consternant montage parallèle final, entre autres).
Sous ses airs de film radical et choc, Polisse reste pourtant le cul entre deux chaises, entre puissance de révolte et
démagogie entendue, entre désir de naturalisme et sensationnalisme forcé. Un film auto-satisfait qui, malgré sa générosité revendiquée, donne la sensation de faire son beurre sur le dos des
personnages secondaires (les enfants) au profit des principaux (les stars qui défilent en continue). Génant.
Blog de critiques cinéma d'Anna M.
«Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)
L'ensemble m'a emporté et ce, malgré quelques maladresses, mineures à mes yeux (même le montage parallèle dont parle Mymp, pas terrible c'est vrai) que j'aurais pu relever sur d'autres films et que je ne relève pas sur celui-ci. Polisse est un film d'énergie et de troupe, une sorte de spectacle vivant. Et je le prends comme tel.
Sinon faudra me revoir le design du blog là, parce que la ce n'est pas vraiment un écrin digne de tes critiques ma chère !
Je n'aime pas trop Maiwenn . Pick aime bien... On ira le voir cette semaine et on verra lequel de nous deux aura été décu ou agréablement surpris ^^
PS : La nuit t'a bien porté conseil, tu as trouvé les bons mots ;-)