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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 01:11

Un « film choc », une « claque », un « coup de poing », voilà le genre de qualificatifs qui reviennent régulièrement pour désigner Polisse, le dernier film de Maïwenn Le Besco, au succès déjà assuré. Cette immersion dans le quotidien de la Brigade de Protection de Mineurs est un portrait de groupe de flics au grand cœur qui voient défiler chaque jour dansleurs bureaux des cas plus sordides et révoltants les uns que les autres.

Sauf que ces cas ne semblent pas être le sujet profond du film, Polisse devenant rapidement un simple catalogue de toutes les horreurs rencontrées à la BPM. Les enfants et adolescents qui défilent dans le commissariat ne sont donc jamais des personnages à part entière, seulement des figures prétextes (à émouvoir, à signifier) que l'on se permet de croquer parfois méchamment en quelques plans - l'adolescente au look gothique qui a fait une fugue, ou encore la jeune fille qui a fait une fellation pour récupérer son téléphone portable et qui est à l'origine d'une scène de fou rire très embarrassante. Le spectateur est placé en totale connivence avec tous les flics, sans recul aucun. Les enfants ne sont utilisés quasiment que comme des éléments de scénario qui servent à faire avancer les intrigues entre les personnages. Un exemple : si l'ado violée - dont on ne sait rien - accouche d'un bébé mort, c'est avant tout pour que dans la scène suivante, le personnage de Marina Foïs puisse révéler toute sa haine de soi en donnant son propre prénom au bébé. La séquence de l'accouchement en soi est très puissante, mais cette juxtaposition est consternante.

Le regard de Maïwenn sur les membres de la BPM est très univoque : tous les petits flics de la brigade sont des merveilles d'humanisme et de bonne volonté, tandis que la hiérarchie est lâche et cherche à protéger les puissants (l'intrigue avec Louis-Do de Lencquesaing en immonde pervers est grotesque). On ne doute pas un instant des bonnes intentions de Maïwenn, de son désir sincère de nous immerger dans une certaine « réalité sociale ». Mais sa sincérité et son indéniable énergie n'en sont pas moins maladroites, et conduisent à des scènes à la limite de l'obscénité (tout le monde a déjà parlé de la scène où les enfants roumains qui viennent d'être enlevés à leurs parents se mettent à danser dans le bus qui les emmènent loin d'eux, mais je le répète : c'est une horreur). En outre, la volonté naturaliste ou « documentaire » ne parvient pas à dissimuler une certaine artificialité, dans le typage des personnages mais aussi dans sa construction générale, qui alterne de manière un peu forcée les moments lourds et édifiants, et les instants de répit légers et drôles. Une volonté d'équilibre et de compensation de scènes entre elles, calibrée pour que le film plaise à tous, mais peu convaincante sur la longueur et surtout terriblement clichée.

 

http://www.artistikrezo.com/images/stories/redac3/Stephen_Warbeck_-_bande_originale_de_Polisse_film_de_Maiwenn_Le_Besco_.jpg

 

Polisse est cependant rendu supportable par sa troupe d'acteurs assez fascinante, totalement en roue libre certes mais pleine d'une énergie bordélique qui séduit par intermittences. Il faut dire que le film passe son temps à nous demander d'acquiescer devant leur talent collectif. Néanmoins, bien qu'assez caricaturaux et typés (il y a l'arabe, la lesbienne, l'intello, le beauf etc.), les personnages parviennent à exister, même ceux qui ont un temps à l'écran plus réduit que d'autres (Duvauchelle, Bercot, Elkaïm). Ils sont écrits un peu à la manière de personnages de série télé, par petites touches, et ce traitement est assez convaincant quoique paradoxal. Ainsi le mauvais soap menace toujours et advient parfois. Notamment avec la romance sans intérêt qui s'installe entre le personnage de Maïwenn (une photographe venue faire un reportage sur la brigade) et Joeystarr. Cette position d'observatrice extérieure que s'attribue la réalisatrice aurait pu être relativement intéressante - miroir de la position de la cinéaste vis-à-vis de son sujet - mais finit par devenir extrêmement envahissante.

Beaucoup de choses inutiles, naïves et même un peu bêtes dans ce film, donc. Beaucoup de gros plans interminables, d'affreux tire-larmes, de scènes fausses et calculées, de plans scandaleusement irréfléchis. Polisse est un trop-plein totalement bordélique, mais pas de ceux qui séduisent, non. De ceux, indigestes, qui génèrent un malaise poisseux et désagréable. Polisse verse ainsi parfois dans des séquences très douteuses ou embarrassantes. Parfois, certes, pour le meilleur (la scène de l'interrogatoire de Sandrine Kiberlain est très forte), mais plus souvent pour le pire (le consternant montage parallèle final, entre autres).

Sous ses airs de film radical et choc, Polisse reste pourtant le cul entre deux chaises, entre puissance de révolte et démagogie entendue, entre désir de naturalisme et sensationnalisme forcé. Un film auto-satisfait qui, malgré sa générosité revendiquée, donne la sensation de faire son beurre sur le dos des personnages secondaires (les enfants) au profit des principaux (les stars qui défilent en continue). Génant.

15etoile.png

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Published by Anna - dans Nouveautés
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commentaires

selenie 25/10/2011


Maïwenn n'a pas éviter l'écueil des clichés mais le film reste une sacré réussite grâce à un scénario très bien équilibré. Une bonne surprise pour ma part... 3/4


mymp 25/10/2011


La voix de la raison ! Et encore, j'arrive à sauver des trucs du film... Ce que j'ai du mal à comprendre en lisant des critiques sur pas mal de blogs, c'est que beaucoup encensent le film tout en
reconnaissant ses nombreux défauts. Effet Polanski et Eastwood ? Effet de mode tout simplement ? Ah, et ce montage parallèle final tout pourri... Ça aussi c'est étrange, étrange que peu de
blogueurs ne tiquent pas dessus et laisse passer cette faute de goût carabinée sans ciller en louant le film presque aveuglément.


pierreAfeu 26/10/2011


Diable !!! Quelle critique... Nous ne sommes évidemment pas d'accord, tant sur l'analyse que sur les conclusions. De plus, le film n'est pas un film sur les enfants, mais bien un film sur des
adultes confrontés à cette réalité souvent très dure, et ce qu'ils font avec.

L'ensemble m'a emporté et ce, malgré quelques maladresses, mineures à mes yeux (même le montage parallèle dont parle Mymp, pas terrible c'est vrai) que j'aurais pu relever sur d'autres films et que
je ne relève pas sur celui-ci. Polisse est un film d'énergie et de troupe, une sorte de spectacle vivant. Et je le prends comme tel.


Ioana Radu 16/01/2012

J'aime bien suivre les critiques presentees sur ce blog. Tres interessantes.

Od 25/02/2012

Critique très juste, je tiens seulement à préciser que la scène des enfants dansant dans le bus est directement inspirée du documentaire sur lequel s'est basé Maiwenn. Cette scène est tirée d'un
fait qui s'est réellement produit (sans doute en raison des caméras des journalistes présents avec eux dans le bus, c'est mon avis personnel, ayant vu le documentaire en question).

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