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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 12:00
Date de sortie : 02 Avril 2008
Réalisé par Jacques Doillon
Avec Clémentine Beaugrand, Gérald Thomassin, Guillaume Saurrel
Film français, belge.
Genre : Drame Durée : 2h 3min.



La fille a une vingtaine d'années, elle est issue d'un milieu bourgeois. Elle cherche à donner un peu de lumière et de légèreté à sa vie, qu'elle voit comme très insuffisante et inutile. Sans l'intensité qui lui est nécessaire. Elle décide de donner son amour. Pas au plus séduisant, ni au plus méritant ou au plus admirable, non, ceux-là n'ont pas besoin d'elle, elle donnera son amour au " premier venu ".

Le genre : déconcertant

Pas d'introduction, le film commence dans le vif du sujet. À la sortie d'une gare, une fille court après un garçon, on ne sait pas bien pourquoi, car c'est une sorte de loser qui visiblement lui a fait quelque chose de dégueulasse. Et on est embarqué dans un tourbillon déconcertant, qui englobe aussi un flic improbable, qui tombe à son tour amoureux de la fille, et un très beau personnage de femme qui attend le retour d'un père qui fuie ses responsabilités (Gwendoline Godguin). Camille a choisi d'aimer le premier homme qu'elle croiserait. Tant pis s'il ne lui convient pas, tant pis s'il a fait des conneries, elle cherche un sens à sa vie et l'aimer pourrait la sauver, le sauver aussi. Conventions morales, barrières sociales, protocoles relationnels, codes amoureux, Camille veut tout renverser, et c'est cela qui est beau. Le premier venu se déroule dans le milieu prolétaire de la Baie de Somme, mais n'est jamais un film social au sens traditionnel. Jacques Doillon regarde ses personnages à hauteur d'homme, sans jamais les juger, sans jamais les analyser froidement. Il ne s'agit pas de les sonder pour tenter de les comprendre, mais simplement de regarder autrui et de le restituer dans toute sa complexité et toute son humanité. En cela, Le premier venu évoque à plusieurs reprises le cinéma de la Nouvelle Vague : la liberté des personnages est la condition de l'épanouissement d'une intrigue et de la compréhension son sens profond. Il faut alors accepter de ne pas saisir entièrement les motivations et les raisons d'agir des personnages, ce qui est parfois difficile à avaler, tant l'invraisemblance est de mise. C'est peut-être là que le bât blesse car à partir de là, il est vrai que les péripéties s'enchaînent de façon très étrange et frôlent parfois le ridicule, notamment une prise d'otage à laquelle on a du mal à croire. Doillon étire certaines scènes jusqu'à l'épuisement, et ressasse des séquences quasi identiques (affrontements des trois personnages principaux) de manière trop systématique. L'artificialité de l'action et de quelques dialogues peut s'avérer génante mais elle reflète une croyance profonde du cinéaste, à laquelle on ne peut qu'adhérer : la vérité nait de la fiction. Un burlesque inattendu se fait jour dans l'émergence d'un trio amoureux improbable, auquel les acteurs parviennent à donner chair. Si Guillaume Saurrel est admirable de comique corporel, et si Clémentine Beaugrand est une jolie révélation, c'est surtout Gérald Thomassin qui crève l'écran, acteur absolument formidable d'intensité, de vérité et d'émotions enfouies qui surgissent tout à coup comme des coups de poing dans le ventre. Dans un rôle qui rappelle celui du Petit criminel du même Doillon, il impose une présence impressionnante, avec quelque chose d'un Patrick Dewaere. Il compose une personnage beau et émouvant, détestable, attendrissant, surprenant. Dans le joli final, Camille achève sa "mission" et l'on comprend que Le premier venu est aussi un film sur la rédemption. Enquiquineuse à gueule d'ange qui se croit la possible sauveuse de l'âme du petit criminel, Camille reste aussi insondable que le film de Doillon. Parfois exaspérant, trop long, répétitif, inégal, le dernier venu de Jacques Doillon est un film souvent agaçant mais qui tire de tous ses défauts un charme fou, et qui reste en l'esprit longtemps après le visionnage.






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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

cristal! 07/05/2008 14:45

Pas d'accord! Une merveille absolue! Justement, l'action se déroule tellement de manière spontanée, Doillon abolisant les barrières scénaristiques et toute forme d'encadrement, que "Le premier venu" a quelque chose de continu, d'infini, de défini. Et cette vérité du mouvement est tellement belle...

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