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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 15:30


FESTIVAL DE CANNES 2010 - COMPÉTITION
sortie le 10 novembre 2010

Le nouveau film de Bertrand Tavernier est une adaptation d’une nouvelle de jeunesse de Madame de la Fayette. L’héroïne en est une jeune fille noble (Mélanie Thierry) contrainte d’épouse le prince de Montpensier (Grégoire Leprince-Ringuet) et de renoncer à celui qu’elle aime (Gaspard Ulliel). Une fois mariée, elle suit l’enseignement d’un précepteur ami de son époux (Lambert Wilson), qui s’éprend d’elle. Présentée à la cour, elle charmera également le duc d’Anjou (Raphaël Personnaz). Tavernier orchestre avec une certaine maîtrise ce quintet amoureux et crée une suspense sentimental bien mené. Il parvient à ne pas ennuyer pendant les 2h20 que dure le film. La princesse de Montpensier se déroule en temps de guerre, ce qui donne lieu à des scènes de combats dont, en revanche, on se serait volontiers passés. Filmées de manière approximative, elles alourdissent l’intrigue en ne l’enrichissant pas avec un contexte de guerres de religion qu'on ne parvient pas à suivre (seules les convictions pacifistes du personnage de Lambert Wilson suscitent de l'intérêt, mais cela se fait en dehors de séquences guerrières à proprement parler).

C’est donc sur l’intimité des personnages et sur leur psychologie que se porte notre intérêt.  D'où le rôle essentiel des interprètes. Grégoire Leprince-Ringuet apporte des nuances bienvenues à son personnage qui n’aurait pu être qu’un mari jaloux et cruel. Il apparaît plutôt blessé, orgueilleux, torturé. Cependant, et il n’est pas le seul, sa diction laisse parfois à désirer. On sent souvent les jeunes comédiens (Leprince-Ringuet, Ulliel, Thierry…) peu à l’aise avec la langue qu’ils doivent manier. Même si les dialogues ne sont pas directement issus de la nouvelle de Madame de la Fayette et ont été réécrits, ils possèdent un ton et un rythme spécifique qui passent difficilement dans leur bouche. Si charmante qu’elle soit, Mélanie Thierry a parfois du mal à être convaincante, même si la naïveté et l’innocence de son personnage justifient peut-être la maladresse de sa parole. Seul Lambert Wilson, évidemment, maîtrise mieux ce registre et s’en sort à merveille (remarquable, il l’est encore plus dans Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, également en compétition). Son personnage d’amoureux silencieux, d’ami fidèle et de pacifiste étonnamment moderne est le plus bouleversant de l’histoire.

Mélanie Thierry et Grégoire Leprince-Ringuet. StudioCanal

Le propos de Tavernier ne manque pas de résonances modernes, comme on pouvait s’y attendre de sa part. La princesse de Montpensier possède donc une dimension féministe évidente. Le destin de cette jeune femme qui cherche à composer entre ses passions, son rang social, son aspiration à la connaissance, et à trouver sa place au milieu de quatre hommes qui la désirent et l’étouffent, est terrible. Certaines scènes sont absolument saisissantes, telles celle de la nuit de noces, où le personnel du château et les parents des jeunes époux attendent à côté du lit nuptial de constater par le sang que le déflorement a bien eu lieu. Le parcours initiatique puis la désillusion de cette héroïne parvient la plupart du temps à émouvoir, et à faire réfléchir. Mais le problème majeur du film réside dans la mise en scène pour le moins académique de Tavernier : à aucun moment elle ne parvient à insuffler le souffle de passion dont l’histoire et les personnages sont pourtant porteurs. Totalement dénuée de sensualité et de fièvre, elle finit par faire de La princesse de Montpensier une adaptation sage, un film en costumes de papier glacé idéal pour recevoir le prix de l’Éducation Nationale mais non pour faire véritablement vivre des corps de cinéma. Ce qui manque à ce film, c’est l’incarnation, la matière, les sens. La princesse de Montpensier est une œuvre honnête, agréable et intéressante le temps de son visionnage, mais qui ne risque pas de rester longtemps dans les mémoires tant elle échoue à retrouver formellement la fougue et l’authenticité de ses beaux personnages.


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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