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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 20:02
Carlotta Films
 
Avec son troisième film (après Mala noche et Drugstore cowboy), Gus Van Sant continue d'explorer l'Amérique des marginaux et des exclus en rupture avec le monde adulte et la « vraie vie ». My own private Idaho se focalise sur deux de ces vagabonds : Scott (Keanu Reeves), fils bourgeois d'un notable de la région et Mike (River Phoenix), paumé atteint de narcolepsie (maladie qui le fait s'endormir à tout bout de champ) se prostituent pour gagner leur vie. Si Mike est amoureux de Scott, le film n'est pas vraiment une histoire d'amour gay - plutôt le récit d'une trajectoire vécue à deux, et pour un temps seulement. Dans un second temps, l'action prend un tour de road movie où les deux amis-amants iront chercher jusqu'en Italie la réponse au questionnement de l'un mais trouveront la matière du revirement de l'autre...

Le traitement de cette histoire a priori sordide va à l'encontre de tout ce qu'on aurait pu attendre d'un tel sujet : anti-naturaliste, expressionniste, presque expérimental, parfois baroque. Sur le plan formel, même si l'on n'atteint pas la perfection de ses œuvres futures et que subsistent quelques naïvetés et maladresses, le film est d'une beauté assez soufflante. Il distille un formalisme doux qui était déjà celui de son premier film Mala noche mais trouve ici un accomplissement plus grand encore, car GVS se départit de la froideur de ce dernier pour se jeter cœur et âme dans la beauté de ses personnages et des lieux qu'ils hantent successivement. Le sordide et le misérabilisme n'ont pas leur place ici, même si le commentaire social n'est pas absent du film.

River Phoenix et Keanu Reeves. Carlotta Films

En effet, les jeunes gens qui jouent les amis de Mike et Scott sont de véritables prostitués qui racontent face caméra en certains endroits étonnants du film – qui frisent le documentaire - leurs expériences les plus difficiles et traumatisantes. Ils entourent deux jeunes stars en chemin vers la gloire : Keanu Reeves qui deviendra l'éternel jeune premier que l'on sait, et River Phoenix au destin tragique. Le parallèle entre le parcours des deux acteurs et celui de leurs personnages est d'ailleurs assez troublant : Scott retournera bientôt à ses origines bourgeoises, et Mike restera dans la fange avec sa bande de junkies. En tout cas les deux acteurs sont absolument sublimes, investis et convaincants de bout en bout.

D'inspiration shakespearienne (Henry IV notamment) dans les dialogues et l'outrance des situations (avec le personnage de « clochard céleste » de Bob), My own private Idaho est un film à la fois très stylisé et profondément réaliste, proche de la vérité de ses personnages. Le regard que porte GVS sur eux est vibrant et authentique ; en témoignent des scènes bouleversantes, comme la confession amoureuse autour d'un feu de camp. Le film relève parfois du collage talentueux, avec sa superposition d'images disparates : les routes américains brûlées par le soleil, les souvenirs d'enfance de Mike, les immeubles sales où s'entassent les marginaux, un maison italienne isolée... C'est toute une mémoire du cinéma qui est ici réveillée. Kaléidoscope de sensations et d'idées, My own private Idaho est une œuvre superbe qui parvient à saisir le présent fuyant en le reconstituant, comme Mike le narcoleptique raccroche tant bien que mal entre eux les bouts de réel saisi entre deux assoupissements.

River Phoenix et Keanu Reeves. Carlotta Films

À voir aussi sur le blog
Films de Gus Van Sant : Gerry (critique croisée), Harvey Milk


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Published by lucyinthesky4 - dans Classiques
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commentaires

emule 07/02/2010 20:21

trop jolie le film, roamntique au niveaux de personnages

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