Samedi 13 mars 2010 6 13 /03 /Mars /2010 22:38
Gaumont Distribution

La rafle, donc. Le « premier film sur le Vel d'Hiv ». Le devoir de mémoire. Faire connaître cet épisode tragique de l'histoire française. Que de louables intentions ! Mais celles-ci ne font pas, loin s'en faut, un bon film. La rafle, second long-métrage de Rose Bosch, est édifiant parce qu'il se jette allègrement dans tous les écueils qu'il aurait au moins dû essayer d'éviter.

D'abord, force est de constater qu'on n'avait pas vu un pareil tire-larme depuis des lustres. Chaque image (d'Épinal, devrait-on dire) semble être conçue pour créer l'émotion. Rose Bosch choisit de se placer du point de vue des enfants pour raconter la rafle du Vel d'Hiv. Seulement, le choix de ce point de vue ne repose sur aucune nécessité cinématographique, sinon celle d'attendrir à peu de frais grâce à l'innocence et à la naïveté de ces chères têtes blondes qui ne comprennent pas pourquoi les messieurs en uniforme sont si méchants avec eux... Les enfants en question s'avèrent rapidement exaspérants à force d'être mignons - celui qui zozote, en particulier, est très pénible ; Hugo Leverdez qui joue Joseph, le personnage principal, s'en tire mieux (il est peut-être le meilleur interprète du film, ce qui ne veut certes pas dire quand chose). Ceci est à l'origine d'une affligeante mièvrerie dont le film ne se départira pas du début à la fin. La réalisatrice ne se pose aucune des questions de mise en scène pourtant nécessaires au traitement d'un tel sujet et se contente de balancer des violons en cadrant ces malheureux gamins en gros plan. Les limites du grotesque sont donc très rapidement atteintes.

Dès le carton de début du film (« Tous les évènements, même les plus extrêmes, ont eu lieu cet été 1942. »), le ton est donné : celui de la lourdeur démonstrative. Celle-ci rime bien souvent avec manichéisme, et dans le domaine, La rafle n'en manque pas une ! Le plus insensé consistant dans la construction du film selon un montage alterné : les victimes de la rafle d'un côté, les autorités en ayant donné l'ordre de l'autre. On assiste donc à des scènes surjouées et totalement risibles où un piètre sosie d'Hitler mène une vie paisible tout en pressant ses généraux d'assassiner le plus de monde possible ; et à d'autres avec des dialogues extrêmement mal écrits entre Pétain, Bousquet ou Laval. On croit rêver. Ces séquences manquent totalement leur objet et exacerbent ce sentiment général de simplisme consternant.

Bruno Calvo - Gaumont

Sur le plan historique, le film, s'il retrace de façon assez documentée le processus et les événements qui ont mené à cette terrible rafle, se plante en revanche dans la représentation qu'il en donne. La vision qu'offre Rose Bosch de Paris à l'été 42 relève du contre-sens total : la vie y est présentée comme douce et paisible ; les parisiens sont dans leur grande majorité adorables et tolérants et regardent d'un mauvais œil le traitement infligé aux juifs par les forces de l'ordre. Que Rose Bosch veuille rendre hommage aux Justes qui ont hébergé et secouru des juifs pendant la guerre, c'est tout à son honneur. Qu'elle fasse croire que tous les Français en étaient et que la collaboration était le fait des seules autorités de l'État Français est tout simplement d'une bêtise sans nom. Dans La rafle, toute la société civile est épargnée : le curé, le capitaine des pompiers, la mère de famille, l'infirmière etc. ont tous droit à leur(s) scène(s) et se trouvent disculpés de toute responsabilité. Terrifiant.

Soulignons également que la direction d'acteurs est absolument catastrophique, d'autant plus d'ailleurs que les comédiens n'ont de toute façon aucun personnage consistant à jouer. Mélanie Laurent est terne quand elle n'est pas ridicule (voir la scène surlignée au violon où elle se met à courir après le train qui vient de partir vers les camps d'extermination) ; Jean Reno est égal à lui-même ; Gad « contre emploi » Elmaleh est sans cesse à côté, et confirme mon exaspération grandissante à son égard. Aucun personnage, aucun regard, aucune idée de cinéma, aucune idée non plus sur le sujet abordé (quelles questions se pose le film sur ce qu'est la guerre, le nazisme, l'antisémitisme, le mal, la soumission, l'autorité, ou que sais-je encore ?). La prétention incroyable du film (être le film ultime sur la rafle du Vel d'Hiv) ne peut à aucun moment se satisfaite de cette imagerie sage et pleurnicharde.

Le final du film - dans lequel nous retrouvons la toujours aussi gentille infirmière Mélanie Laurent au sortir de la guerre - achève de nous plonger dans la consternation totale. Si vous n'avez pas encore pleuré, voici la dernière tentative désespérée de Rose Bosch pour vous extirper quelques larmes, avec des retrouvailles aussi inutiles au vu du scénario qu'aberrantes en terme de cinéma. (Et là attention spoiler) Faire revenir l'insupportable gamin à la fin parce qu'il était tellement mignon, tout en affirmant une minute plus tard dans les cartons de fin qu'aucun enfant raflé au Vel d'Hiv n'est revenu des camps relève du foutage de gueule le plus complet ! Faudra m'expliquer, là. Bref, La rafle est un film consternant et inintéressant au possible, qui ne fait rien connaître, ni apprendre, ni ressentir, ni partager, ni penser.

La pédagogie et le devoir de mémoire ne justifient en aucun cas ce non-cinéma bête, réducteur, complaisant et racoleur. Un film d'une telle bêtise, au contraire, ne peut que leur porter tort.

Mélanie Laurent. Bruno Calvo - Gaumont

[Cette critique est spécialement dédicacée à PL de 100% Cinéma qui m'a aidée par sms interposés à supporter jusqu'au bout l'ennui et la consternation suscités par ma séance de La rafle, dans une salle presque vide soit dit en passant]

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Publié dans : Nouveautés
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