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4 juillet 2007 3 04 /07 /juillet /2007 10:51
1950
Réalisé par Akira Kurosawa.
Avec Toshirô Mifune, Masayuki Mori, Machiko Kyô
Film japonais.
Genre : Drame, Policier, Thriller
Durée : 1h 28min.



Kyoto, au XIe siècle. Sous le portique d'un vieux temple en ruines, Rashômon, trois hommes s'abritent de la pluie. Les guerres et les famines font rage. Pourtant un jeune moine et un vieux bûcheron sont plus terrifiés encore par le procès auquel ils viennent d'assister. Ils sont si troublés qu'ils vont obliger le troisième voyageur à écouter le récit de ce procès : celui d'un célèbre bandit accusé d'avoir violé une jeune femme et tué son mari, un samouraï. Le drame a eu lieu dans la forêt à l'orée de laquelle est situé le portique de Rashômon. L'histoire est simple : Qui a tué le mari ? Le bandit Tajomaru, la femme, un bûcheron qui passait ou le mari lui-même qui se serait suicidé ? Autant d'hypothèses vraisemblables. Mais les dépositions des témoins devant le tribunal apportent à chaque fois une version différente du drame, et la vérité ne percera qu'après de nouvelles révélations surprenantes...

Le genre : recoupement de témoignages

Akira Kurosawa n’a jamais caressé son pays dans le sens du poil, ce qui lui valut les bouderies du public et des studios nippons. Rashômon traversa donc secrètement les frontières, jusqu’au festival de Venise et obtint le Lion d’Or à la grande surprise du réalisateur, qui ne savait pas qu’il concourait ! Cinquante ans après, c’est toujours clairement un chef-d’œuvre dans lequel fusent les émotions, les idées, les images marquantes. Rashômon se situe à la croisée des genres et des cultures : tragédie, enquète « policière », étude de mœurs. Le film donna son nom au fameux « flash back à la Rashômon », c’est-à-dire : un mystère, plusieurs versions des événements qui se contredisent, qui dit la vérité ? Ici, il est impossible de trancher, aucune version n’est véritablement plus convaincante que les autres. Les scènes de tribunal où le spectateur est posé en juge sont d'une grande puissance. Il s’agit pour le spectateur de faire un choix entre quatre ou cinq versions, toutes plus ou moins guidées par l'égoïsme des hommes, et pour Kurosawa de constater amèrement : chacun a sa vérité, chacun a ses raisons. Inspiré de l’esthétique du muet, avec son économie de dialogues, ses clairs-obscurs d’une beauté à couper le souffle et ses gros plans sur des visages déformés par des rictus de retenue ou des regards d’acier, Rashômon ne revendique pas vraiment sa modernité. Il fut pourtant certainement l’un de ces films qui donnèrent à tant de grands cinéastes, américains en particulier, le goût des récits déstructurés et des morales cyniques. L'une des grandes qualités de Rashômon, c'est la liberté qu'il laisse au spectateur de tirer ses propres conclusions, sa propre morale de cette intrigue. Pas de démonstration, pas de moralisme, mais toute la place laissée à un pur espace de liberté individuelle, celui de l'interprétation. Kurosawa montre ici grande force poétique (évocation de la Nature, dialogues inspirés) mais aussi philosophique : on assiste à une véritable méditation sur la valeur d’un témoignage, sur l'honneur et la dignité, sur la bonté ou la méchanceté naturelle de l’homme. Le constat n’est pas optimiste. Mais la digression finale laisse poindre un espoir, un rachat possible, et une croyance – peut-être illusoire – en la capacité de l’homme à tourner le dos à l’égoïsme ambiant.





PS : Je tenais à remercier Carcharoth, qui a excercé sur moi sans le savoir une petite pression mentale du genre 'mais mets-toi au ciné asiatique, bon sang !' et a donc en quelque sorte encouragé la découverte de ce chef-d'oeuvre et, je l'espère, de beaucoup d'autres.


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Published by lucyinthesky4 - dans Classiques
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whiplash solicitors 09/08/2011 04:58

Your post really helps me to work easily. Thanks for providing such important information.

Anna 04/07/2007 19:02

Merci pour tous ces conseils, jessaierai d'y jeter un coup d'oeil. Je vais régulièrement sur votre blog qui est vraiment passionnant ! A bientôt.

Carcharoth 04/07/2007 18:35

D'ailleurs j'ai encore l'impression que Kurosawa a repris la thème des masque Nô dans ce film, comme on peut le voir sur la dernière photo...
Pour rebondir sur ce que tu dis a propos de l'espoir, le seul film de kurosawa que j'ai vu ou il n'y en a pas est: les bas fonds... Et bien c'est meilleur lorsque l'espoir est la, ce film m'a filé un gros cafard bien comme il faut ! A voir mais pas dans un moment de déprime...

Carcharoth 04/07/2007 18:32

Mais derien très chere Anna, c'est avec plaisir que je voit que mon influence t'a permis de découvir un chef d'oeuvre (enfin c'est toi qui le dit, car je dois avouer que je ne l'ai pas vu en entier: vive la mule et les disques dur auto-effacants). Enfin il y a un juste milieux à atteindre entre notre douce folie a propos du cinéma asiatique (je ne vois presque plus que ça, je le regrette souvent mais il y a comme une sruenchere chaque fois que j'en voie un, j'ai envie de voir tous ceux qui tournent autour... enfin j'arrête de blatérer et de faire mon chameau. Puisque tu es en classe prépa (à Lyon par hasard ?), je te conseille les adaptations littéraires de Kurosawa: Chateau de l'araignée étant mon préféré pour l'instant, un peu devant Ran. Sinon dans les récent, j'ai vu hoer "A family", très bon film coréen sur la mafia, sujet d'habitude plus traité par les japonais avec leur célèbres yakuzas... Enfin sinon tu peux passer le blog, et la une centaine de film sont commenté et prés à être jugés. d'ailleurs si un jour tu veux fair eun truc en double sur un film qu'on aurait vu aussi, on est ouvet sur asiaphilie, les avis extérieurs sont toujours les bienvenus... A bon entendeur...

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