Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 02:40


Avant sa pothead comedy de 2008 estampillée « clan Apatow », Pineapple express (que j'ai manqué pour cause de distribution minable, comme c'est le cas pour la majorité des bonnes comédies américaines actuellement), David Gordon Green avait un temps été désigné par la critique comme un des héritiers possibles de Terrence Malick, avec le drame en demi-teinte George Washington (son premier film en 2001) et le thriller L'autre rive (2004). Entre les deux, il avait réalisé le film dont je vais vous parler, All the real girls, jamais distribué en France. Apparemment plus modeste – le postulat est celui, simple au possible, d'une comédie romantique teen – c'est pourtant un film véritablement sublime.

Le synopsis d'Allociné ne rend pas vraiment honneur au film, mais faisons avec : « Dans une petite ville du sud des Etats-Unis, Paul, qui est connu pour avoir séduit toutes les filles de la bourgade, tombe amoureux de la jeune sœur vierge de son meilleur ami... ». Pas très excitant en apparence, voici un point de départ sur lequel Green brode un film d'une mélancolie bouleversante, avec pour unique (mais beau) matériau la vie simple et les préoccupations ordinaires de quelques jeunes gens, bercée par une musique planante et insolite donnant d'entrée de jeu une idée de la singularité de l'œuvre.

L'un des mérites premiers d'All the real girls et de situer son action non dans un lycée urbain plein de geeks, de cheerleaders et de quaterbacks (figures récurrentes du teen movie classique) mais dans une partie de l'Amérique qu'on ne voit pas souvent : rurale industrielle, modeste, peu éduquée. Aucun des personnages n'est lycéen, aucun n'a poursuivi ses études à l'université, tous travaillent pour un salaire de misère dans des entrepôts, usines etc. Non pas que le propos du film soit d'ordre social, mais ce lieu singulier introduit d'emblée une étrangeté qui fait son prix. D'autant que les paysages sont de toute beauté et confèrent au récit une atmosphère de profonde mélancolie qui ne s'essoufflera pas.



C'est que le désespoir qui habite cette petite ville est palpable dès les premiers instants, dès ces longs plans sur les toits gris des maisons et les cheminées des usines. Les personnages quant à eux se révèleront peu à peu conformes à leur décor, bien que porteurs d'une beauté et d'une humanité parfois croquées à la perfection en quelques scènes seulement. Tous sont « coincés ici », et veulent quitter ce trou paumé, changer, recommencer leur vie à zéro, se débarrasser de leur vide intérieur (Paul et Tip en ont assez de jouer les Don Juan, Elvira souhaite se reprendre en main, Noel veut trouver ce qu'elle veut faire de sa vie...). Il y a longtemps que je n'avais pas vu des personnages exister autant à l'écran.

Cette profondeur des sentiments, cette empathie totale pour l'humain, se retrouvent aussi dans le traitement de l'histoire d'amour centrale, qui procure une émotion rare. Dès le splendide plan séquence du début (quatre minutes en plan fixe durant lesquelles Zooey Deschanel et Paul Schneider se parlent doucement puis s'embrassent), on sait que l'on n'aura pas affaire à un film d'amour comme les autres. Et en effet, All the real girls a beau être un film contemplatif, il parle aussi beaucoup. C'est-à-dire que ce sont les amoureux qui parlent. De rien. Mais de tout, évidemment. De ce qu'ils sont, de ce qu'ils ont vécu, de ce qu'ils veulent, pensent, et espèrent. Ces dialogues amoureux sont d'une rare beauté.

Les deux jeunes interprètes - la délicieuse Zooey Deschanel avec ses grands yeux déjà renversants, dans son premier premier rôle, et le très beau Paul Schneider – y sont évidemment pour beaucoup, déversant toute leur jeunesse, leur beauté et leur légèreté mélancolique sur ces rôles entiers et imprévisibles. Le film de David Gordon Green est un discret et subtile mélo qui distille et fait sentir quasi physiquement, par sa mise en scène aérienne, la tristesse du temps qui passe, des moments gâchés, de la fuite irrémédiable des amours et du bonheur. Sans pour autant que ce sentiment recouvre entièrement le film du voile opaque du désespoir, car All the real girls transpire aussi, on le réalise à la fin, la croyance en un ailleurs, en une renaissance possible, en un printemps à venir.



(La filmographie complète de David Gordon Green ne devrait pas tarder à être convoquée dans ma DVDthèque, et pourquoi pas évoquée ici...)


Partager cet article

Repost 0
Published by lucyinthesky4 - dans Derrière les fagots
commenter cet article

commentaires

whiplash solicitors 08/08/2011 07:37

Good to be going to your own weblog once again, it's been months personally. This write-up in which i’ve recently been anxiously waited for such a long time. I want to get this specific post for you to total our job inside the university, and it has same matter with your write-up. Thanks, fantastic share.

Anna 25/02/2009 14:41

La grève est en vacances, plutôt. Cet étrange phénomène de recrudescence des critiques ne devraient pas durer, malheureusement...
Merci pour le conseil !

Vincent 25/02/2009 14:22

Ah moi j'avais été extrêmement déçu, j'avais trouvé ça maussade et terne au possible, avec ce Paul Schneider terriblement antipathique. Par contre, j'ai beaucoup aimé Snow Angels, son suivant je crois, beaucoup plus beau, que je te conseille évidemment.
La grève est finie, les critiques font leur grand retour ?

  • : Goin' to the movies
  • Goin' to the movies
  • : Blog de critiques cinéma d'Anna M. «Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)
  • Contact

GOIN' TO THE MOVIES

Blog de critiques cinéma d'Anna M.

«Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)

Recherche