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21 février 2008 4 21 /02 /février /2008 10:00
Date de sortie : 20 Février 2008
Réalisé par Brian De Palma
Avec Kel O'Neill, Ty Jones, Daniel Sherman
Film américain.
Genre : Guerre
Durée : 1h 30min.

Affiche américaine. HDNet Films

Redacted se concentre sur un petit groupe de soldats américains en garnison à un poste de contrôle en Irak. La succession de points de vue différents permet de confronter l'expérience de ces jeunes hommes sous pression, de journalistes et collaborateurs des médias avec celle de la communauté irakienne locale afin de faire la lumière sur les conséquences désastreuses que le conflit actuel et leur rencontre fortuite ont eues sur chacun d'eux.

Le genre : un peu vain

Après l'étrange Dahlia noir, Brian De Palma s'attaque à la guerre d'Irak et à ce qu'elle reflète de notre monde contemporain. À travers la vie d'une bande de GI américains postés à Samarra, livrés à eux-mêmes et dépossédés de leur humanité, c'est à un portrait tragique du monde contemporain que se livre Redacted. Ce nouveau brûlot contre les atrocités de la guerre se démarque surtout par son propos réflexif sur le pouvoir des images : le film propose des images chocs sensées être issues de divers documents et archives (caméras de surveillance, documentaire, films "maison" des GI, vidéos YouTube, reportages de la télé irakienne). Redacted a pour but de repenser de manière radicale les filtres à travers lesquels nous voyons et acceptons les événements mondiaux, le pouvoir de l'image médiatisée et l'influence exercée par la présentation des images sur ce que nous pensons et ce que nous croyons. Les images sont-elles objectives ? Jusqu'à quel point peuvent-elle être manipulées ? Sont-elles à même de faire réagir, de faire comprendre, d'apporter quelque chose ? À toutes ces questions, De Palma répond de façon pessimiste. Au bout du compte, c'est à une sorte de mise en abyme que se livre le cinéaste, car à travers les images, c'est le pouvoir et le rôle du cinéma qui sont interrogés. Et déclarés inexistants... Et c'est là que le bât blesse : la forme, astucieuse, finit par devenir agaçante. YouTube, la caméra à l'épaule, les archives tout ça c'est très bien, mais j'aime aussi le cinéma... En prenant acte avec une certaine intelligence de la nouvelle dimension qu'ont pris les images dans nos sociétés modernes, De Palma en oublie de faire du vrai cinéma. Premièrement parce que la dénonciation de l'image, si pertinente qu'elle soit, passe d'abord par des images (eh oui !) qui sont nécessairement, au cinéma, agencées, montées de manière à montrer quelque chose du monde, ce que De Palma fait ici semblant d'ignorer. La démarche démonstrative, celle qui veut condamner les horreurs de la guerre, n'est pas condamnable en soit, on aimerait simplement qu'elle soit assumée. De plus, la dénonciation violente de l'impuissance de l'image implique dans Redacted une mise à mal du spectateur que l'on soumet à des scène âpres et dures, à la limite du voyeurisme (une scène de viol, même à peine aperçue, reste de toute façon pour moi insupportable) sans réelle justification. En dehors du traitement "le cul entre deux chaises" du sujet, Redacted pèche surtout par un manque de profondeur du récit. Les personnages, GI (qu'ils soient des brutes épaisses ou qu'ils aient un tant soit peu de scrupules) ou civils irakiens (à peine survolés), restent du début à la fin complètement incolores, voire très binaires et ne s'éloignent jamais de leur statut de concepts à des fins didactiques. D'où un manque d'émotion assez rédhibitoire. C'est peut-être pour pallier à cette absence de sentiments que De Palma achève son film sur des photos assez crues des "dommages collatéraux" de la guerre d'Irak, qui acquièrent par on ne sait quel miracle un statut de vérité finale, soutenues par une musique lyrique à outrance. Redacted tient donc en même temps deux propos distincts et irréconciliables : la vérité n'existe pas (trop de points de vue différents) mais elle existe (les coupables du viol sont indiscutablement connus à la fin). Tu m'en diras tant ! Lorsque surgit, avec le générique de fin, le silence total, on a envie de dire "Amen". Mais un film n'est pas une profession de foi... Finalement, De Palma ne parvient pas mieux, voire moins bien, que des cinéastes plus classiques (Haggis avec Dans la vallée d'Elah) ou moins prétentieux (le récent Battle for Haditha) à parler du drame d'Irak et n'échappe pas du tout au film-discours. Qu'apporte la forme novatrice du film aux dénonciations de la guerre ? Que nous apprend-t-elle ? Pas grand chose. Courageux dans sa dénonciation des médias américains qui selon le cinéaste "vendent" la guerre en Irak, Redacted reste cependant désespérément vain et s'avère au final un simple remake mal digéré d'Outrages, réfracté par une forme anticinématographique, tout comme l'Irak est un mauvais remake du Vietnam... Trop d'habileté tue l'habileté.

TFM Distribution

TFM Distribution

Critique également publiée sur Agoravox.fr

À voir aussi sur le blog
Films de Brian De Palma
: Le dahlia noir, Phantom of the paradise


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Published by lucyinthesky4 - dans A contrario
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commentaires

whiplash solicitors 09/08/2011 05:51

I am quite sure they will learn lots of new stuff here than anybody else!I love reading through your blog, I wanted to leave a little comment to support you and wish you a good continuation. Wishing you the best of luck for all your blogging efforts.

Carcharoth 29/02/2008 09:15

Merci, merci, nous savons que nous sommes excellent et de très bon gout...

MiKLR37 28/02/2008 23:20

Voilà un débat et des réactions qui justifient à elles seules ma vision du film.

Que j'aime la blogosphère quand elle est sous ses auspices...

Carcharoth 28/02/2008 14:18

Oué oué... rien de nouveau je sais pas, si on mettait 1 à tous le sfilms qui ne révolutionnent pas le septième art... éhéh. Enfin je vois ou tu veux en venir, à quelque chose de plus subjonctif que le reste dont on débat, et qui donc ne peut prêter à discussion, puisque ce sont tes émotions...
Pour moi, c'est un choc, donc voila, ça mérite 4, pour toi non, donc 1. Normal. Mais puisqu'on est d'accord sur le reste, alles gut...

Anna 28/02/2008 09:09

Le pire c'est que je suis d'accord, et que je salue tout à fait le courage et l'intelligence de De Palma. Je ne déconseille absolument pas Redacted, qui sera sûrement un film choc pour beaucoup, mais personnellement je n'ai pas été bouleversée.
C'est sûr qu'il est dommage qu'aux USA presque personne n'ait vu ce film. Mais le même constat est valable pour tous les autres films sur la guerre en Irak ('Dans la vallée d'Elah' par exemple n'a pas du tout marché), parce que, je n'en démordrai pas, Redacted pour moi n'apporte pas vraiment de nouveauté.
C'est bien que ce genre d'œuvre intelligente et percutante sur la guerre d'Irak existe, c'est même indispensable qu'il y en ait le plus possible. Simplement je juge le film sur ses aspects narratifs, cinématographiques, émotionnels et pas simplement sur ses intentions (auxquelles j'adhère évidemment). Ayant trouvé que la forme n'apportait rien d'intéressant au fond et que le récit et les personnages étaient binaires au possible, je ne peux que noter en conséquence. Cela dit, c'est peut-être effectivement parce que je ne suis pas américaine que Redacted m'est indifférent. Mais bon je n'y peux pas grand chose...

Snifff 28/02/2008 00:45

Oui ça peut paraître vain de notre point de vue de français intello et clutivés, mais aux USA beaucoup de personnes ne savent toujours pas ce qui se passent vraiment en Irak, et ils continuent à penser que c'est une bonne chose d'apporter la démocratie à ces pauvres gens. Bref, on a l'impression de notre point de vue de "vieux" européens qu'ils ont enfin compris aux USA que la guerre c'est mal et que Bush est un con. Rien n'est moins sûr et c'est en ça que le film n'est pas vain. L'utilité dans l'art est un autre débat bien plus complexe. La preuve, c'est que aux USA le film a été très mal reçu, très peu vu (c'est un problème), que De Palme s'est fait insulter, qu'on la traité d'anti patriotique, comme quoi critiquer la guerre en Irak est toujours politiquement très incorrect là-bas.

Et ce qui est génial par dessus tout dans Redacted, c'est qu'en bon film post moderne, il élargit sa dénonciation de cette guerre absurde en s'interrogeant sur le rôle de l'image et de sa part de vérité. Et il le fait plutôt bien. L'image est quand même l'outil du 7ème art et je trouve la réflexion de De Palma tout à fait pertinente. Bref, un des moments forts de 2008.

MG 27/02/2008 20:55

Oh my god ! J'ai été le voir seul cet après-midi ! Je comprend tout à fait ton avis Anna mais je partage plutôt celui de Sniff et donc Carcharoth et Nostalgic du cool. Je suis encore sous le choc.

Carcharoth 26/02/2008 23:20

Hum c'est sur que ça ne va surement pas faire bouger les choses en Irak, mais je trouve ce film plus "utile" (mais faut il une utilité à l'art ? ou est il utile par son inutilité même ? grand débat dont tu doit etre friande ohoh) que les autres sur le même sujet, et puis comme on se l'est dit avec Nostalgic à la sortie (oui certaines idées de mes commentaires sont de lui, nous les partageons et je me permet donc de les réutiliser éhéh) c'est une claque, un choc, un très bon film bien tourné et bien violent psychologiquement, qui montre le pouvoir des images et leurs nouveaux usages...
Enfin je ne pense pas que De Palma l'est pris comme un exercice de style (même si j'ai employé la formule "d'exercice") mais plutot comme un devoir, une façon de raconter ce désastre, ces abominations commises au nom d'idéaux nobles... Enfin je me comprend...

MG 26/02/2008 21:37

Ce film m'intrigue énormément et votre désaccord encore plus. Mais je n'arrive point à conviancre DZ....

Anna 26/02/2008 20:27

Ba oui désolée mon cher Carcharoth je comprends que tu aies aimé, d'ailleurs je n'ai pas détesté ce film, simplement j'ai été déçu, je trouve Redacted raté.
Bon déjà je me suis faite chier sérieux, et ça c'est carrément rédhibitoire. Parce que je n'ai rien appris d'intéressant ni sur l'Irak si sur son traitement par les médias. De plus, je sais bien que les GI sont souvent comme ça mais regarder un film avec des personnages sans intérêt qui ne sont là que pour jouer des rôles basiques (les abrutis de première, le pas très chaud mais qui va quand même voir, et la "conscience" du groupe) alors que le but est le réalisme ba c'est pas mon truc. Cela dit je respecte entièrement la démarche de De Palma, que par ailleurs j'admire beaucoup, un cinéaste très intelligent. Mais Redacted reste pour moi un exercice de style assez vain.

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