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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 12:55
Emilie de la Hosseraye

(Vu en avant-première avec une intervention peu passionnante de Dujardin et Hazanavicius avant la séance.)

OSS 117 : Rio ne répond plus se déroule 12 ans après le premier volet, en 1967. Coty n’est plus président, mais c’est le général de Gaulle. Des bandes de hippies veulent changer le monde (« Changer le monde, quelle drôle d’idée ? Il est très bien comme il est le monde ! »). Hubert Bonnisseur de la Bath, lui, reste fidèle à lui-même, beauf raciste, sexiste et imbu de sa personne. Rio ne répond plus ressemble beaucoup à Le Caire nid d’espions, même si l’on a changé d’époque et d’ambiance. Le ton est le même, parodique, pince-sans-rire, et assez élégant. Nouvelles missions pour OSS 117 : aider des espions israéliens à traquer un ancien nazi réfugié au Brésil et récupérer un microfilm contenant les noms de collaborateurs français durant la Seconde Guerre Mondiale (« - Mais le général De Gaulle n'a-t-il pas dit que toute la France avait été résistante ? – Oui, il l’a dit …… il l’a dit »).

Le film est extrêmement bien écrit, avec un rythme très particulier. Surtout, Hazanavicius, on le sait depuis le légendaire Grand détournement, a le don pour les répliques hénaurmes, potentiellement cultes. L’humour du film est politiquement incorrect à souhait, c’est un vrai bonheur. Tout est au second degré, évidemment, puisque OSS est un crétin notoire, mais les blagues sur les juifs, les femmes, les allemands (« - Tout les allemands ne sont pas nazis, monsieur – Oui, je connais cette théorie… »), le général De Gaulle, les noirs etc. sont vraiment osées et risquent de ne pas plaire à tout le monde. L’une des meilleures blagues du film est d’un sexisme exquis : la jolie Louise Monod lui lance « La femme est l’égale de l’homme ». Et l’autre de répondre : « C’est ça, on en reparlera quand il faudra porter quelque chose de lourd ! ». Également un beau moment, pour une fois exempt de second degré : une délicieuse référence shakespearienne, avec le monologue final du nazi qui reprend mot pour mot celui du juif Shylock dans Le marchand de Venise. Joli pied de nez !

Jean Dujardin. Emilie de la Hosseraye

Suivant la règle de dissertation qui dit qu’une succession d’exemples n’a pas valeur d’argument, je vais m’arrêter là mais sachez que le principal plaisir du film provient du bonheur ressenti à entendre régulièrement une phrase hilarante que l’on a envie de connaître par cœur. C’est évidemment un gros atout. En dehors de ça, Dujardin est plutôt bien, fidèle au personnage, reproduisant à l’envie ses tics beaufs et ringards. Il fait ce que l’on attend et il le fait avec un certain talent.

En revanche, j'aurais une réserve : moi qui ne goûte que peu la parodie au cinéma, j’aurais ici préféré qu’elle aille plus loin. Pourquoi la pratiquer aux dépens de la vulgarité du personnage principal, et pas de celle des procédés de mise en scène qui règnent généralement sur le genre de films ici moqué ? Il y a ici un côté clinquant de la mise en scène, dans le sens où le pastiche de films d’action semble devoir passer (je ne pense pas pour ma part que ce soit nécessaire) par des tics de réalisation sans grand intérêt en dehors d’une démonstration de virtuosité (multiplication exaspérante des split screens, grands mouvements d’appareil…). Le côté luxueux et exotique (au sens lourdingue du terme) de l’affaire m’a un peu gênée. À moins que ce trop plein relève lui aussi de la parodie, je ne sais pas… Là se trouve la difficulté de savoir ce qui relève du premier ou du second degré dans n’importe quelle œuvre, si parodique qu’elle soit.

Mais au final cela ne gâche pas une comédie réussie et vraiment à part dans le paysage français du genre. Dommage que seuls le pastiche et l’ironie disposent aujourd’hui en France de bons auteurs capables d’être drôles et spirituels (et encore, ils ne sont pas si nombreux que ça !). J’aimerais bien trouver l’équivalent dans le nonsense, dans la comédie de remariage, de mœurs, dans le burlesque… Suffit que je regarde des comédies américaines, me direz-vous. Certes…

Pierre Bellemare et Jean Dujardin. Emilie de la Hosseraye

À voir aussi sur le blog
OSS 117, Le Caire nid d'espions


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

MillionDollarsBaby 02/11/2010 15:53

Je te trouve sévère avec ce film, personnellement j'ai complètement était bluffé, c'est génial, très intelligent, et ça ressort un peu des comédies fanchouillardes avec la bande lellouch, Merad, seigner, et cie.

Vincent 15/04/2009 22:44

Mais enfin mon petit, pour un film cocasse, avouez que c'est quand même fichtrement cocasse !

(en plus, ils font des jeux de mots de mon niveau à la fin, j'en ai trouvé plein d'autres avec Lee ! "Ils sont deux, les Lee jumeaux !")

Vincent 29/03/2009 17:57

Je comprends, je comprends. Mais dans ce cas, trouve autre chose Anna, des catégories spirituelles, un truc cool, fais comme d'hab, épate-nous, au pire copie-moi (mouahah) mais pas ce CRITIQUES, s'il-te-plaît.

Anna 28/03/2009 01:52

Si tu veux savoir, ces catégories évoquent plutôt le ton du film en vérité... Bon je vais y réfléchir. Mais tu vois c'est comme "Le genre : ..." que j'ai d'ailleurs abandonné, c'est marrant pendant un moment et puis ça devient plus une corvée qu'autre chose ("est-ce que OSS 117 est plutôt sucré, acide...?").

Vincent 28/03/2009 01:18

Hé mais noooon, ne les supprime pas ! Moi j'aime bien, en plus je n'ai toujours pas su comprendre s'ils évoquaient une note, un ressenti ou juste transcrivaient le ton du film ! Allez Anna, CRITIQUES tout simple, c'est pas fun, c'est pas cool, c'est pas goin' to the movies, voyons, Anna, reprends-toi, pleaaaase !

Anna 27/03/2009 22:09

Alors pour ce qu'ils ont dit j'avoue que c'est déjà en grande partie sorti de ma mémoire. En vrac : c'est super cool de tourner au Brésil, il y avait des belles filles et des figurants nus, il n'y a pas eu beaucoup d'impro parce que les dialogues sont très bien écrits, le nom Hazanavicius est très chiant... Que des trucs passionnants quoi!
Pour les sucrés, salés etc. j'en suis venue à me dire que ce concept avait fait son temps, et j'envisage de supprimer les catégories en question. Mais bon si quelqu'un arrive à me convaincre du contraire...

Vincent 27/03/2009 12:13

J'ai le droit de poser une question con ? Oui ? Alors comment cela se fait-il que les trois derniers films ne sont ni amers ni salés ni sucrés ni acides ? Y'a une embrouille particulière avec eux, ils échappent à toute sous-catégorie, t'as un problème avec ton 5ème sens le goût, je veux savoir ?

Jérôme 26/03/2009 09:44

moi aussi je suis curieux, ils ont dit quoi ? :-)

Vincent 22/03/2009 20:53

Et ils ont dit quoi de particulier Jean et Michel à l'avant-première ? Rien du tout du tout ? En tout cas, félicitations tu n'as pas cédé ) l'emballement spécial "avt-1ère", bien joué Anna.

Dorothy 21/03/2009 14:27

Film dont j'attends la sortie avec grande impatience!!

J'avais adoré le côté comico-sérieux du premier OSS 117 (un humour que j'ai retrouvé cette semaine en découvrant 'Max la menace' avec Steve Carrell), une parodie extrêmement réussie des James Bond en tout genres, et truffé, comme tu le dis, de phrases qui ont tout pour devenir cultes!! Si le second ressemble au premier, je ne crois pas que je serais déçue... :-)

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