27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 15:54
2006
Réalisé par Werner Herzog
Avec Christian Bale, Steve Zahn, Jeremy Davies
Film américain.
Genre : Guerre, Drame, Action, Historique
Durée : 2h 6min.



L'histoire vraie de Dieter Dengler, pilote de l'armée américaine capturé au Laos durant la Guerre du Vietnam et qui organisa une évasion.

Le genre : échappée belle

La guerre du Viet-Nam, traumatisme s’il en est, n’a pas fini d’inspirer les cinéastes. Même Werner Herzog ! On se demande vraiment, au début de ce Rescue dawn, ce qui a pu intéresser ce dingue lunaire dans le récit de la survie et de l’évasion d’un pilote américain au beau milieu d’une jungle laotienne, récit accompagné du sempiternel « inspiré d’une histoire vraie ». On ne peut soupçonner que le réalisateur allemand soit un amoureux de l’armée, un passionné du patriotisme et/ou de l’héroïsme. Quoi, alors ? C’est la question que l’on se pose durant toute la première partie de ce film de facture assez classique voire hollywoodienne – en tout cas au départ – même si Herzog ne sacrifie rien de sa personnalité de cinéaste : la mise en scène et les décors confèrent dès le début au film une atmosphère envoûtante. Au premier degré, Rescue dawn est dans sa première partie le récit captivant mais plutôt basique de la capture d’un soldat, et de sa survie dans un camp gardé par des vietcongs. Ce qui permet à Christian Bale de se montrer assez impressionnant dans un rôle très physique proche de la performance (l’acteur a perdu 20 kilos pour le rôle). Un beau rôle de héros patriote, protagoniste qui d’ailleurs détone, en regard des personnages de déments du genre Klaus Kinski qu’Herzog affectionne habituellement. Ironiquement, le film a été montré en 2007 à des soldats américains postés en Irak pour leur remonter le moral (un comble pour Herzog qui s’est toujours dit opposé à la guerre en question) ! C’était vraiment ne pas saisir la distance critique que le cinéaste instaure vis-à-vis de son sujet : Rescue dawn n’est en aucun cas une apologie de la survie, de la résistance et du courage. Il suffit de voir à quel point le patriotisme faillit, à quel point la solidarité se fait irrégulière, et à quel point la survie s’avère bien souvent synonyme de folie. Dans une seconde partie, après l’évasion, la patte herzogienne revient en force et on comprend alors pourquoi il était intéressant de tourner cette histoire. On retrouve un peu la folie baroque du maître allemand : quête quasi désespérée, peur de l’abandon et de l'oubli, ombre menaçante de la mort, folie qui guette à chaque instant, hallucinations, perte de la foi en Dieu et la patrie. Les décors de jungle interminable – ainsi qu’un fleuve tumultueux – rappellent à la fois la filmo précédente d'Herzog (Aguirre entre autres) et les grands films consacrés au Vietnam (Apocalypse now) ; tout comme la mise en scène qui s’enflamme progressivement sur la fin. Tout ceci devient carrément démentiel et l’étonnement que l’on pouvait ressentir dans un premier temps devant le conformisme du sujet et du personnage s’efface. Même le happy end (ironiquement ?) accompagné d’une musique lyrique et de soldats triomphants laisse un goût quelque peu amer et cynique. Beau film. Pas sorti en salles en France…

Critique publiée également sur Le Temps du cinéma.

Christian Bale. Werner Herzog Filmproduktion

Steve Zahn et Christian Bale. Werner Herzog Filmproduktion

À voir aussi sur le blog
Films de Werner Herzog : Aguirre, la colère de Dieu, Les nains aussi ont commencé petits


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Published by lucyinthesky4 - dans Derrière les fagots
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commentaires

Carcharoth 30/08/2008

Oué Messner est un peu baré, enfin faut l'être pour enchainer deux 8000 dans ces conditions, mais c'est de l'alpinisme himalayen extrème, "pur" selon lui. J'aimerais vraiment le voir d'une traite, maintenant que je connais un peu mieux le bonhomme... Ce cinéaste est intéressant en tous cas !

Snifff 09/10/2008

J'ai eu du mal à voir de l'ironie là où tu l'as vu. D'accord, ce qui intéresse Herzog c'est la quête désespérée et folle du héros à travers la junge, résistant au désespoir, à la folie, à l'hostilité de l'environnement. Mais je n'ai pas senti ces pointes d'ironie envers cet instinct de survie qui semble faire agir le personnage. Soit, il n'y a aucun patriotisme idiot, ou glorification de l'armée ou de la guerre. Mais point de critique non plus, c'est un prétexte pour raconter cette histoire poignante et filmée de main de maître par un cinéaste que je vais m'empresser de découvrir.

Anna 10/10/2008

Non, l'ironie n'y est pas vraiment, pas clairement, tu as raison - j'ai juste essayé de la trouver, au milieu de cette histoire de patriotisme et de lutte pour la vie somme toute peu herzogienne. J'ai certainement sur-interprété l'éventuelle ironie ou l'aspect critique du récit, du fait de ma passion pour Herzog et de ce que je crois avoir compris de lui... Parce que, et bien que le film soit remarquable sur bien des points, on ne retrouve pas beaucoup la folie baroque du cinéaste, à part sur la fin assez hallucinante. Bref, contente que tu veuilles découvrir son cinéma !

Snifff 10/10/2008

En y repensant, je me suis quand même rendu compte que tu 'navais peut-être pas complètement tort. Il n'y a ici aucune réelle critique envers la guerre en général, le patriotisme du héros (qui n'est pas si patriotique que cela), etc. Mais en effet, quelques pointes d'ironie émanent parfois, qui ne peuvent être que de l'ironie venant d'un esprit aussi intelligent (je te fais confiance). Par exemple, le héros choisi de s'évader le 4 juillet (ça se fera avant), et la musique lyrique de la fin ne peut pas être totalement sérieuse. En tout cas oui, j'ai bien envie de voir Aguirre du coup.

Et au fait, j'ai vu Ombre et lumière hier, une petite merveille.

whiplash solicitor 09/08/2011

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