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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 00:04


FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM D'HISTOIRE DE PESSAC
Film vu en compagnie d'Ed de Nightswimming (voir sa critique)

La route des Indes est le dernier film du cinéaste britannique David Lean, qu'il réalise à l'âge de soixante-dix-sept ans, quatorze ans après son précédent, La fille de Ryan. Ce qui frappe d'emblée, dans cette adaptation du roman éponyme de E.M. Forster, c'est la puissance romanesque inentamée du cinéma de Lean. Le film ressemble de prime abord à une fresque exotique. Le spectateur occidental est en effet appelé à s'identifier à la jeune héroïne rebelle, Adela, interprétée remarquablement par Judy Davis, qui découvre les Indes et la terrible réalité du colonialisme. Lyrique et raffiné, La route des Indes se charge rapidement de gravité et le récit avance vers un intense climax avant de convoquer in extremis l'espoir et la réconciliation possible.

Le film est une charge contre le colonialisme violent et raciste, ici de l'Empire britannique. Charge virulente mais subtile, loin de tout manichéisme. Dans sa seconde partie, La route des Indes se mue en effet en un film de procès assez stupéfiant, révélant les personnages centraux sous un nouveau jour : une Adela torturée entre son fiancé puritain, représentant la pression sociale, et ses désirs (érotiques, de justice, d'ailleurs...) ; quant au plutôt fade Dr Aziz, il est soudain envahi par la souffrance et la colère. Lean fait le portrait de deux mondes, celui des colons et celui des colonisés, qui restent tragiquement imperméables l'un à l'autre. L'épisode « de la grotte », qui marque le basculement dans la seconde partie, témoigne de l'analyse brillante des rapports coloniaux qui court durant tout le film : le désir sexuel pour un « colonisé » est d'abord perçu par Adela comme une menace ou un avilissement. Ceci est traduit dans une scène effrayante, d'une violence sobre où les jeux d'ombre et de lumière suggère le déchaînement intérieur du personnage. Ce fond passionnant, le cinéaste l'incarne donc dans une mise en scène certes classique mais tout à fait admirable. Ainsi, le découpage de la séquence du procès fait apparaître les morcellements quasi irréparables de la société indienne.

La route des Indes est également habité d'un souffle romanesque qui ne faiblit pas. Malgré un rythme volontairement lent qui prend le temps d'installer des atmosphères reflétant les états d'âmes des personnages, le film n'ennuie pas pendant ses deux heures quarante cinq. Lean fait cohabiter avec talent le grandiose et l'intime, et dresse de passionnants portraits. L'académisme atteint ici un tel degré d'achèvement formel qu'il ne me viendrait pas à l'idée de le condamner. Un « film en costumes », oui, une « fresque exotique », oui, mais avant tout une splendeur visuelle en Technicolor, que le grand écran permet d'apprécier totalement.




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Published by lucyinthesky4 - dans Derrière les fagots
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commentaires

whiplash claim 18/08/2011 00:55

The film is a violent charge against colonialism and racist by the British Empire. It's the power of romantic Lean film. The film looks at first to a tropical mural. A very impressive film indeed. Good job.

dasola 01/12/2010 16:32

Bonjour, c'est bien de parler de ce film méconnu de David Lean. Je suis assez vieille pour l'avoir vu sur très grand écran lors sa sortie: quelle souffle! Et puis pour une fois, il y a plusieurs rôle féminins intéressants. Je n'ai jamais trouvé le cinéma de D. Lean académique, bien au contraire. Bonne après-midi.

Ed(isdead) 29/11/2010 15:10

Ah, tu as pu trouver le temps d'écrire dessus, finalement...

Particulièrement d'accord avec toi quand tu parles du souffle romanesque qui se fait sentir dès le début du film. C'est très frappant : "l'appel" des photographies de la grotte dans l'agence de voyage, puis l'arrivée du train avec ces premières scènes de foule...

PS : J'ai enfin vu le beau film de Ruiz. J'en parlerai bientôt.

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