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Dimanche 25 octobre 2009 7 25 /10 /Oct /2009 18:35

Les Films du Paradoxe

Dans sa Palme d'Or, Haneke filme le quotidien d'un village allemand du début du siècle dernier, structuré par des rituels rigoristes et étouffants. Des événements étranges et malveillants surviennent et toute la communauté s'interroge sur les coupables. Sous-titré « Une histoire allemande d’enfants », le film est à l'image de ce village : austère, pénible et oppressant. La morale de cette sorte de fable est louable : c'est une condamnation de l'éducation protestante de l'époque, autoritaire et violente, qui ne peut qu'engendrer frustration et mal-être chez les enfants qui deviendront à leur tour de petits monstres sadiques. Ou comment le paternalisme fabrique la barbarie en pervertissant des enfants innocents, en gros. En réalité, que ces enfants plutôt terrifiants soient les futurs adultes qui cautionneront ou participeront au régime nazi, on le sait en faisant le calcul dans sa tête, mais on a eu tort à mes yeux, d'insister trop là-dessus. Cette histoire de chronique des origines du nazisme n'est pas, ou si peu, dans le film.

Le ruban blanc a des qualités indéniables : certes, le noir et blanc est somptueux (mais de quel noir et blanc ne dit-on pas aujourd'hui qu'il est somptueux ?). Le film est impeccablement filmé, cadré, monté et les acteurs sont particulièrement remarquables. Mais c'est l'unité de ton de l'ensemble qui finit par déranger. Certaines scènes parviennent cependant à s'extirper de ce monolithe intransigeant qui constitue la majeure partie du film : un baiser échangé (certainement le maximum de ce qu'Haneke peut filmer en terme d'effusion autre que violente), une discussion touchante sur la mort entre un petit garçon et sa grande sœur... D'autres sont d'une cruauté quasi-insupportable, comme cette séquence bergmanienne en diable où le médecin crache toute sa haine et son dégoût au visage de sa maîtresse humiliée. L'existence de ces scènes très fortes et bouleversantes sauve le film de la monotonie généralisée.

Ulrich Tukur. Les Films du Paradoxe

Mais il y a au final très peu de vie dans ce Ruban blanc : aucun être humain auquel s'attacher et aucune jouissance de cinéma. Le film est davantage une construction mentale qu'une incarnation qui nous permettrait de vivre et de ressentir pleinement les questions soulevées par l'histoire qui nous est racontée. Presque aucun personnage ne trouve grâce aux yeux du cinéaste. Même l'instituteur, narrateur et protagoniste principal, est un benêt pas très attachant. On retrouve ici la manie de Haneke de regarder l'humanité (les personnages comme les spectateurs) de haut en lui refusant toute rédemption. L'idée majeure du Ruban blanc, c'est un peu celle, archi-rebattue, du village en apparence tranquille mais qui cache, derrière ses portes closes, des monstres pervers, violents, incestueux et j'en passe. Le film n'étant jamais réellement incarné, on est constamment tenu à distance du sujet qui est pourtant supposé être le cœur du film : l'identification, ou en tout cas la recherche, des origines du mal et de la violence.

Si le film est plutôt une chronique villageoise qui s'intéresse au mal ordinaire présent en tout lieu, son semblant de scénario s'agence autour de la résolution d'un mystère : qui est responsable de tous ces forfaits ? Tout dans la structure plus ou moins polar du film invitait à une résolution finale, or le mystère n'est jamais réellement élucidé. C'est à la fois prévisible, lourdement symbolique, et hypocrite. Haneke fait en effet semblant de ne pas donner de réponse, tout en pointant avec insistance dans la direction de la culpabilité des enfants, sans laquelle le film n'aurait tout simplement pas de sens. Le cinéaste se montre donc paradoxalement, et ce tout le long du film, lourd dans la suggestion : par exemple toute violence est nécessairement représentée hors champ (derrière la porte) ; censée être ainsi rendue encore plus insupportable (on ne voit pas le pasteur battre son fils, on entend simplement le fouet claquer...). Quant à la voix off, elle redouble inutilement l'image en annonçant sans cesse l'horreur à venir. Le ruban blanc reste un film intense et parfois passionnant, qui ne nous lâche pas pendant 2h30 (on y souffre du début à la fin !). À la fois pénible et fascinante, la Palme 2009 reflète bien les contradictions de son auteur, brillant donneur de leçons qui ne cesse de s'interroger sur la violence, ses origines, ses manifestations... et son épineuse représentation !


Les Films du Paradoxe


Publié dans : Nouveautés
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