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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 01:22


Oscar du meilleur court-métrage d'animation en 2004, Ryan est inspiré de la vie du cinéaste d'animation canadien Ryan Larkin, auteur de plusieurs des œuvres les plus marquantes du genre (dont Walking, nommé pour les Oscars en 1968). À l'époque du film, Ryan vit pourtant de l’aide sociale et mendie dans le centre-ville de Montréal. Quatre ans avant Valse avec Bachir, Chris Landreth fait un film hybride, un documentaire animé. Il prend comme support des interviews effectivement réalisées, de Ryan Larkin, donc, mais aussi de deux personnes qui ont compté dans la vie de celui-ci, son ex compagne et son producteur. La « base » visuelle du film ainsi que les voix des personnages proviennent de ces interviews. Chris Landreth se représente également lui-même sous les traits d'un intervieweur-narrateur.



La démarche est de l'ordre de l'enquête : il s'agit de comprendre ce qui a fait de cet homme ce qu'il est aujourd'hui. Mais le réalisateur tranche d'emblée avec un réalisme trop affirmé en inventant grâce à une animation de grande qualité un monde étrange et dérangeant où les visages des personnages sont tordus, incomplets, désarticulés. La représentation des corps dans ce film est particulièrement passionnante ; les personnages souffrent littéralement dans leur chair de tout ce qui les agit, de névroses, de regrets, de traumatismes. Leurs états mentaux sont représentés sous l'aspect de formes colorées étranges qui surgissent de leurs visages et les objets autour d'eux fonctionnent comme métaphore de leurs angoisses intimes : la bouteille d'alcool de Ryan lui tend ses bras inquiétants en lui criant « I love you ! ». Cette part de fantastique est en apparence burlesque, elle est en réalité plutôt glaçante.

Le film montre la déchéance d'un homme qui a sombré dans l'enfer de la drogue alors qu'il était promis à un grand succès. Ryan ne nous épargne pas la douleur de comprendre ce destin tragique et absurde. Le problème éthique que pose cette situation (le film tire en quelque sorte avantage d'une personne réelle misérable pour en faire une œuvre d'art) n'échappe pas au réalisateur qui prend soin de ne jamais accabler Ryan, et de ne pas se complaire dans la représentation de sa décadence. Au contraire, tout le film tend à rendre en quelque sorte sa dignité à Ryan, notamment à travers les dialogues. Landreth se représente également lui-même sous des traits peu ragoutants et dessine en filigrane sa propre auto-biographie : finalement, Ryan, ce pourrait être lui dans trente ans. D'autant plus que l'image terrifiante de l'artiste ivre ramène à lui les souvenirs de sa mère alcoolique, à laquelle le film est dédié.



Ce court métrage inventif, intelligent et souvent malaisant s'achève dans la tristesse d'une rue déserte où Ryan mendie, ivre, et se retrouve seul face à lui-même et ce qu'il est devenu. Ryan Larkin n'est jamais sorti de la misère. Il est mort en février 2007 des suites d'un cancer du poumon.


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Published by lucyinthesky4 - dans Derrière les fagots
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commentaires

whiplash solicitor 08/08/2011 02:58

Very intriguing movie, I think many would love this one. Thanks for the good post.

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