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15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 08:20
FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM D'HISTOIRE DE PESSAC

1957
Réalisé par Stanley Kubrick
Avec Kirk Douglas, Ralph Meeker, Adolphe Menjou
Film américain.
Genre : Guerre, Drame
Durée : 1h 28min.



En 1916, durant la Première Guerre mondiale, le général français Broulard ordonne au général Mireau de lancer une offensive suicidaire contre une position allemande imprenable, surnommée "La fourmilière". Au moment de l'attaque, les soldats tombent par dizaines et leurs compagnons, épuisés, refusent d'avancer...

Le genre : brûlot

À travers l'histoire vraie de trois soldats de l'armée française fusillés « pour l'exemple » en 1917, Les sentiers de la gloire fait le récit caustique et rageur de la corruption de la hiérarchie militaire, de l'iniquité de sa justice, de l'absurdité de son système (et par extension celle la guerre elle-même). Le sujet est rare car Kubrick ne se concentre en réalité que sur les affrontements en interne des soldats et de leurs supérieurs et pas sur la guerre à proprement parler (en fait, on ne voit aucun soldat allemand pendant le film). Les scènes de combats du début du film sont extrêmement maîtrisées tout en dégageant une certaine étrangeté : l'adversaire n'est pas visible, les paysages désertiques sont inquiétants et chacun est réduit à l'inaction. Au milieu de ce bourbier, de vrais personnages, forts et charismatiques, qui ne sont jamais de vulgaires pantins à visée didactique. Les interprètes sont formidables d'intensité. La rencontre est magistrale notamment entre le superbe Kirk Douglas, homme juste combattant un système déshumanisé, et un George MacReady impérial en salaud intégral corrompu et sadique. Il ne s'agit pas de manichéisme, simplement de virulence et de révolte contre l'aberration que constitue un système capable d'assassiner ses propres hommes pour quelque chose dont ils ne sont pas responsables, simplement pour sauver la face. C'est d'une cruauté bouleversante, et Kubrick manie à l'évidence aussi bien l'humour (très très) noir que le pathétique sobre et fin. La perspicacité du regard du cinéaste est frappante, et ceci se manifeste non seulement dans le récit mais aussi dans la façon de le filmer. Un pamphlet oui, mais du grand cinéma surtout. La mise en scène est déjà brillantissime et d'une puissance symbolique rare. Les stupéfiants travellings arrières dans les tranchées, l'immense décor oppressant de la salle du procès, l'effroyable rationalité du lieu de l'exécution... Tout est inoubliable dans ce pamphlet anti-militariste qui semble annoncer Full Metal Jacket. La scène finale est une digression inattendue, presque sentimentale, pleine d'humanité et peut-être même d'optimisme. À noter que la jeune femme allemande qu'on y voit chanter devant une assemblée de soldats soudain émus aux larmes n'est autre que la future Christiana Kubrick. Le film n'a été diffusé en France qu'à partir de 1975, preuve s'il en est du caractère subversif et dérangeant de ce grand film désenchanté.

George MacReady et Kirk Douglas. Ciné Classic

Wayne Morris (le gradé) et Timothy Carey (le soldat). Ciné Classic

À voir aussi sur le blog
Films de Stanley Kubrick : Eyes wide shut, Full metal jacket, L'ultime razzia


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Published by lucyinthesky4 - dans En bref
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commentaires

whiplash solicitors 08/08/2011 08:06

I wanted to thank you for this great read!! I definitely loved every little bit of it. I have bookmarked your site to check out the new stuff you post.

MiKLR37 26/11/2008 15:07

La citation est de Clemenceau...

VincentLesageCritique 25/11/2008 19:56

Géniale la citation de Clémenceau ou Blum, faut que je la ressorte, ça va pas être facile à placer mais j'essayerais.

Nostalgic du cool 24/11/2008 11:12

Très grand film tu fais bien de rappeller qu'il n'a été autorisé qu'en 75 preuve qu'il derangeait un peu... C'est l'un des rares films sur le sujet (dans le genre à part Johnny got is gun je n'en vois pas beaucoup). En tout cas comme tu le soulignes outre l'excellente interprétation des acteurs (Kirk Douglas en tête) le film offre un constat glaçant, grinçant et amer de l'absurdité de la guerre au travers de cette mascarade militaire (que ce soit la prise de cette fourmilière digne du chemin des Dames ou le simulacre de procès) Clemenceau je crois (ou Blum bref je sais plus) avait dit d'ailleurs "la justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique." Tout est dit

Stoni 17/11/2008 12:09

Totalement d'accord avec ton analyse et la puissance de ce film. Il n'est effectivement pas un fim de guerre mais bien un brulôt contre les systèmes politiques en temps de guerre, et leurs débordements honteux contre leurs propres troupes... simplement pour l'exemple. Quelle vision encore une fois, et déjà, de Kubrick qui parvient à balancer de fâcheuses vérités. Et pour cause puisque le film a été censuré longtemps dans notre pays qui vante la liberté d'expression.

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