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15 septembre 2007 6 15 /09 /septembre /2007 00:37
Date de sortie : 05 Septembre 2007
Réalisé par Michael Moore
Film américain.
Genre : Documentaire
Durée : 2h.

TFM Distribution

Le système de santé américain est en plein marasme. Car non seulement 47 millions de citoyens n'ont aucune couverture médicale, mais des millions d'autres, pourtant bénéficiaires d'une mutuelle, se heurtent systématiquement aux lourdeurs administratives du système. Au terme d'une enquête sans concession sur le système de santé dans son propre pays, Michael Moore nous offre un tour d'horizon des dispositifs existants au Canada, en Grande-Bretagne et en France, où les citoyens sont soignés gratuitement.

Le genre : appel à l'Amérique

Ce n’est pas une nouveauté : le système de santé américain est le plus injuste et le plus mal foutu du monde occidental. Se pencher sur la question, même d’une façon partiale et partielle, était nécessaire, et j’ai beaucoup apprécié le dernier pamphlet du sympathique justicier Michael Moore. Étant donné ce que j’avais lu, je m’attendais à un film facile, d’une mauvaise foi sans nom, plein de bêtise, de non sens et d’autosatisfaction. Il n’en fut rien. D’abord, le cinéaste a le bon goût de ne pas se montrer quand cela n’est pas exigé par la trame « narrative » du film. Il laisse la place d’honneur aux anecdotes et aux témoignages de personnes que le système a laissé sur le carreau, qui sont le cœur et le ciment du film. On peut la trouver facile, mais la méthode est salutaire, dans la mesure où elle engage la compassion du spectateur, au sens où l’entend Rousseau, c’est-à-dire comme fondement de la morale. Comment peut-on refuser d’aider celui qui souffre ? C’est la question que pose Sicko, et qui, profondément, torture le réalisateur. Les absurdités d’un système kafkaïen, souvent corrompu, et régi par la seule rentabilité sont pointés du doigt de manière très efficace dans la première partie du film, qui sait émouvoir, amuser mais aussi interpeller l’esprit critique de chacun. Dans une seconde partie, celle qui a semble-t-il fait l’objet des plus vives polémiques, Moore se rend au Canada, en Angleterre, en France, puis à Cuba pour y découvrir ceci : dans la majorité des pays développés, et même chez le sanguinaire ennemi communiste, la santé pour tous est considérée comme un droit de l’homme évident et inaliénable. En rencontrant et en interrogeant des médecins et des patients, Moore fait mentir la « propagande » de certains dirigeants américains qui voient les systèmes de santé socialisés comme la décadence incarnée. Pourtant, les médecins semblent plutôt bien payés, les patients soignés dans des délais corrects, le matériel en bon état etc. Moore est dubitatif : lui aurait-on menti ? La façon dont le réalisateur joue dans le film un rôle, celui de l’Américain moyen découvrant que son système n’est pas le seul valable (et non celui de puissance supérieure qui sait tout mieux que tout le monde, qu’il était parfois tenté d’endosser) est drôle et très habile et offre au spectateur la possibilité de s’inclure dans une réflexion morale guidée par les découvertes ahuries du personnage. Certes (et Moore le sait très bien) les raccourcis sont légions : on sait que le MHS britannique souffre de failles considérables, que tous les français ne vivent pas comme ce couple de bourgeois parisiens, que le manque de personnel médical en France est de plus en plus criant, et autre. Même si cela est regrettable, ce n’est simplement pas le sujet du film. Moore adresse par contre un message à ses concitoyens : regardez, c’est dingue, il y a des pays où les gens ne croulent pas sous des dettes à cause de leur santé ! Des pays où les pauvres ont le droit de vivre décemment ! C’est une des réussites du film, et Sicko se révèle au bout du compte particulièrement émouvant, de par les nombreux témoignages de gens meurtris par un système inhumain, mais aussi pour ce qu’il exhibe du parcours personnel de son cinéaste. Dans ses précédents documentaires, Moore gardait confiance en l’idée qu’il se faisait de l’Amérique qu’il aimait. Sa cible, c’était les dirigeants en place, les politiques, les financiers qui corrompaient son pays, le pays de la liberté et de la tolérance. Dans Sicko en revanche, tout le monde est coupable. Chaque citoyen américain a sa part de responsabilité dans le maintien d’un tel système. Moore lance comme un appel désespéré (en témoigne le « Who are we ? » de conclusion). L’analyse que fait un interlocuteur est d’une grande justesse : au lieu que, comme en Europe, le gouvernement ait peur de son peuple, aux États-Unis, le peuple a peur de son gouvernement. En ce sens, Sicko est peut-être le film le plus politique de Michael Moore, parce qu’il est un appel à l’union de citoyens, presque contre eux-mêmes, au nom d’un idéal moral de solidarité. « Sicko est le plus dangereux [de mes films] parce que, si le public américain m’entend, les répercussions peuvent être sérieuses » (interview de Michael Moore, Télérama n°3008). Projet mégalomane peut-être, mais démarche salutaire et indispensable surtout.

Michael Moore. TFM Distribution

À voir aussi sur le blog
Films de Michael Moore : Bowling for Columbine


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Published by lucyinthesky4 - dans A contrario
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commentaires

whiplash claims 16/08/2011 01:53

This is just an awesome post I've read today. I think this film is very interesting. I want to try this one. Great work indeed.

whiplash solicitors 09/08/2011 05:05

What a fabulous post this has been. I am grateful to you and expect more number of posts like these. Thank you very much.

Nostalgic du cool 22/09/2007 14:11

Je suis d'accord avec toi Anna, comme toi j'appréhendais pas mal cette sortie mais ce film certes partial et plutôt subjectif est toutefois un film que j'ai trouvé necessaire. Au grand dam des puristes du documentaire qui se doit de refléter la vérité pure et parfaite j'ai apprécié le côté volontairement exagéré et provocateur de la démarche. J'ai apprécié la sincérité de la démarche la volonté de dénoncer un système pourri gangrenné par l'idée de profit et de démonter toute une politique médiatique entretenant la peur et persuadant les masses de l'efficacité du système médical américain. Hélas en France la seule polémique a été justement que le réalisateur évoque la France, en bons égocentriques que nous somms on s'est focalisé la dessus, évinçant le débat au profit de considérations franco-françaises, alors c'est sur notre système n'est pas parfait mais etait ce le sujet du film de Michael Moore je ne pense pas.

hochedestructor 16/09/2007 15:33

It smells like ....De mauvaise fois, menteur et machiavélique, le très lourd (dans son style tant qu'ailleurs) Michael Moore accumule les inepties comme le soi-disant couple de français moyens...
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