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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 00:01


The social network est un titre quelque peu trompeur. Car ce n'est pas de Facebook en tant que réseau social que le film de David Fincher nous parle, mais de ce qui s'est passé avant : la genèse du projet, la personnalité de son créateur, le flou autour de la propriété intellectuelle du réseau etc.. En fait si « réseau social » il y a, ce n'est pas encore, ou en tout cas pas seulement, Facebook. C'est, peut-être bien, le monde universitaire de Harvard, la communauté des nerds, ou encore une bande de potes bientôt trahie.

Raconter l'histoire de la création de Facebook, c'est prendre le risque de livrer un film linéaire et hagiographique rempli de superlatifs : plus jeune milliardaire du monde, site le plus visité au monde, sommes d'argents incroyables etc. Le projet avait de quoi étonner de leur part, mais c'était sans compter sur l'incroyable talent à la fois de David Fincher et de son scénariste Aaron Sorkin (génial créateur de séries télé : The west wing mais aussi la scandaleusement méconnue Studio 60 on the Sunset Strip). C'est peu dire que le film déjoue les attentes (il n'est pas vraiment une success story) en décrivant le parcours de Mark Zuckerberg sur un mode mineur. Même si, sur le plan psychologique, The social network déploie quelques attendus – c'est le récit « américain » classique sur la solitude du pouvoir et la frustration jamais comblée par ce même pouvoir – il le fait avec une maestria et une subtilité rares.

Andrew Garfield, Jesse Eisenberg et Joseph Mazzello. Sony Pictures Releasing France

Cela passe avant tout par des dialogues splendides, marques de fabrique d'Aaron Sorkin. Le film commence ainsi par une scène tout à fait exemplaire de son style si particulier, où Zuckerberg et sa petite amie parlent sans vraiment s'écouter, à toute vitesse, dans un jargon assez incompréhensible. La vitesse et la virtuosité du dialogue tout au long du film forcent l'admiration. Que le scénario soit un modèle du genre (film de procès à l'issue déceptive, constructions en habiles flash backs, ironie et duplicité de la parole) ne doit pas conduire à négliger le travail de mise en scène de Fincher qui déploie une grammaire cinématographique simple mais diablement intelligente – et s'offre quelques moments de pur plaisir virtuose comme lors de la séquence de la course d'avirons.

Le Zuckerberg du film est un gamin de vingt ans inadapté aux codes du monde dans lequel il vit – celui par exemple des « fraternités », hallucinants groupes d'étudiants que chacun désire rejoindre – et qui parvient à renverser symboliquement ce dernier pour en créer un autre qu'il pourra maîtriser complètement puisqu'il en sera le démiurge. C'est ce que l'on voit dans la séquence charnière où Zuckerberg et ses amis nerds ringardisent en une nuit avec « Facemash » tout le système informatique de Harvard. The social network saisit à la perfection quelque chose d'ultra contemporain : un monde au bord de l'explosion, et le basculement dans le monde suivant. Comme un Revenge of the nerds 2.0 où les adorables geeks des 80s feraient place aux nouveaux rois du monde, cyniques et arrogants, qui se croient tout permis. Mais dont la frustration n'a pas disparu pour autant. 

Jesse Eisenberg. Sony Pictures Releasing France

À ce jeu là, il faut saluer l'interprétation incroyable de Jesse Eisenberg, visage insondable et voix monocorde, qui confère à son personnage de sale petit con agressif et complètement autiste un mystère totalement déroutant. Andrew Garfield en meilleur ami trahi et Justin Timberlake en acolyte infernal sont également remarquables. Une telle agrégation de talents conduit logiquement à ce film intelligent et puissant, captivant et parfois bouleversant. Incarné et sans esbroufe, The social network constituerait presque une sorte de version « adulte » de Fight club. Car, astucieux peintres de la vie moderne, Fincher et Sorkin savent aussi et avant tout susciter l'émotion, comme dans ce final où le petit génie cynique au sommet de sa gloire se retrouve – scène absolument géniale et d'une ironie cruelle – seul dans un bureau vide à actualiser pathétiquement la page Facebook d’une ancienne petite amie.

À voir aussi sur le blog
Films de David Fincher : Zodiac


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

pierre 17/01/2011 17:16

je relève une (petite) étrangeté critique : "des dialogues splendides (...) à toute vitesse, dans un jargon assez incompréhensible".
Splendide, mais incompréhensible ? C'est exactement l'impression que m'a fait ce film que je n'ai pas pu voir jusqu'à la fin... Facebook dans la vraie vie ? à éviter à mon humble avis. Le film ne rend son créateur ni meilleur ni plus douteux qu'il n'est déjà : c'est seulement sans grand intérêt, du moins pour ceux qui se fichent totalement de Facebook et des petits malins qui sont à son origine. Blasphème ? je sais pas.

MillionDollarsBaby 01/11/2010 16:29

J'ai l'impression d'être un peu seul à penser ( donc je dois faire erreur ) que Fincher s'est carrément Trompé de sujet, j'insiste sur le fait qu'il se soit trompé, car si le film n'est pas mauvais, il est en tout point inintéressant, et Fincher aurait du utiliser toute sa science du pessimisme pour nous faire un bon petit film flippant sur les abus de facebook, sur les absurdités qui en découlent. car là il n'y a, je crois, pas matière à faire un film...

pierre 26/10/2010 19:45

fatche de con, ça fait plaisir de lire ceci : "Zuckerberg et sa petite amie parlent sans vraiment s'écouter, à toute vitesse, dans un jargon assez incompréhensible", car je n'ai vraiment rien capté à leur dialogue - si c'en est un. Pour le reste, subtile critique...

selenie 20/10/2010 23:54

David Fincher ne m'a jamais vraiment déçu à part le classique "Panic room" et il offre ici encore un film excellent de bout en bout. Bon choix pour le casting où il y a eu clairement un soucis de réalisme encore pour les ressemblances physiques. Dans sa construction le film peut faire penser à "Wall street" de Oliver Stone (version 86 évidemment). Le personnage de Zuckerberg est fascinant notamment grâce à son côté vilain petit canard mais finalement humain. Un très bon film donc. 3/4

pierreAfeu 20/10/2010 20:49

J'ai trouvé le film brillant et captivant, mais pas le moins du monde bouleversant. Tous ces héros ne sont-ils pas que de petits cons ?

dasola 20/10/2010 11:01

Bonjour Anna, je suis sortie enthousiasmée par ce film, la réalisation est un modèle du genre. Quand le cinéma américain nous sort ce genre d'oeuvre, j'en redemande. Bonne journée.

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