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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 00:10


FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM D'HISTOIRE DE PESSAC - Compétition - Prix du Jury

En 1940 au Japon, le soldat Kurokawa rentre chez lui héros de guerre couvert de médailles, mais surtout sourd, muet, à moitié défiguré, sans bras et sans jambes - réduit à l'état de « chenille » (caterpillar est le titre international du film). Avec Le soldat dieu, le sulfureux cinéaste japonais Koji Wakamatsu, fait de son histoire une œuvre très impressionnante et dérangeante. Nous y sommes placés du point de vue de la femme du protagoniste, qui l'accueille avec réticence mais doit faire montre du plus grand dévouement envers son héros de mari.

D'emblée, Le soldat dieu, qui aurait pu n'être qu'un pamphlet antimilitariste et un portrait de couple doloriste, se révèle bien plus ambigu que cela. D'abord, le personnage central est loin d'inspiré l'empathie comme celui du Johnny got his gun de Dalton Trumbo, au destin similaire. Ce désormais homme-tronc est un affreux autoritaire dont on apprend qu'il battait sa femme avant la guerre. Et libidineux avec ça : il ne cesse d'exiger des relations sexuelles, ce qui donne lieu à de très perturbantes et sordides scènes « d'amour ». Ayant conservé son membre viril, Kurokawa peut semble-t-il conserver son emprise sur sa femme... Mais l'autre originalité du scénario réside dans le renversement des rapports qui va petit à petit avoir lieu au sein du couple central : la femme (admirable Shinobu Terajima, primée à Berlin) devient violente, physiquement et surtout psychiquement : elle exhibe, contre sa volonté, son mari dans le village comme le « soldat dieu » qu'il est censé être.

Ce qui frappe dans Le soldat dieu, c'est le mélange des genres et des tons qu'il met en place. Le grotesque le dispute au tragique, l'hyper violence au pathos. Le film démarre comme un mélodrame sec pour peu à peu verser dans une hystérie impressionnante, à mesure que le protagoniste se trouve envahi de violents souvenirs de guerre, en particulier de viols collectifs perpétrés par l'armée japonaise, auxquels il a participé. L'image se trouve alors littéralement enflammée. Antimilitariste, dénonçant la société patriarcale et les nationalismes de tous poils, Le soldat dieu ne se montre pourtant jamais lourd et démonstratif : c'est avant tout un cinéma hyper sensorielle que pratique Wakamatsu, s'appuyant sur une mise en scène très expressive pour nous jeter à la gueule, de la plus belle des manières, son regard fondamentalement triste et noir sur la condition humaine.

Blaq Out


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

ffred 18/12/2010 00:49

Même pas entendu parler ! Ca me rappelle vaguement Johnny s'en va t'en guerre, sans bras ni jambes ni visage...

Bob Morane 16/12/2010 18:16

Fait parti de ces nombreux films qui disparaissent très vite de la circulation sans que j'ai le temps de les voir !

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