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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 15:52

Bon. J'ai vu ce film un peu après tout le monde, en ayant en tête tout ce que j'en avais lu et entendu. Au final, je n'ai pas vu ce à quoi je m'attendais et c'est la première chose que je retiens et que j'aime dans ce Somewhere. Je me permets de rejeter d'emblée comme hors-sujet et un peu affligeantes toutes les attaques envers Sofia Coppola sur le mode du « c'est la fille de... » ou « c'est l'ex de... ». Somewhere est un beau film minimaliste sur l'ennui et sur la tristesse, qui touche pour lui seul (enfin, en tout cas, qui m'a touchée).

On pourrait reprocher au film une certaine lourdeur : pour nous montrer que la vie de ce type est vide, on montre sa chambre vide, son hôtel vide, les rues vides etc. Pourtant, Somewhere dégage au contraire une incroyable légèreté et que cela n'est dû selon moi qu'au talent de mise en en scène de Sofia Coppola. Il y a ce qui est filmé – et ici, effectivement, ce sont des gens qui s'ennuient, des lieux vidés de tout et des choses quasiment sans intérêt – et comment cela est filmé. Et ça, ça change tout. La première scène, notamment, dont on a beaucoup parlé : une voiture tourne en rond sur une route déserte. Métaphore évidente de la vie du protagoniste, en stagnation totale. Sauf que la science du cadre de la cinéaste, cette façon de poser la caméra là où on ne l'attend pas, déforme quelque peu notre perception de la scène et lui confère une sorte d'étrangeté.

Dans l'ensemble du film, cette façon de créer du bizarre à partir de rien est splendide : il y a toujours quelque chose qui manque dans le plan pour qu'il soit parfaitement lisible (les corps des strip-teaseuses qui disparaissent en dessous du cadre, une affiche dont les derniers mots sont tronqués...). Ces jeux avec le hors champ s'inscrivent de manière générale dans l'établissement par la cinéaste d'un regard doux et subtile sur le monde qu'elle dépeint. Ce regard, c'était déjà celui de ses films précédents, ce qui confère à celui-ci un petit côté « Sofia C. pour les nuls » qui peut certes agacer. Somewhere parle du vide existentiel de son personnage avec une certaine mélancolie mais à aucun moment il ne s'apitoie sur son sort. Le film est même émaillé de piques ironiques, voire burlesques, sur l'artificialité et la vulgarité de la vie que mène le protagoniste, Johnny Marco, acteur célèbre. Coppola « démythifie » en quelques sortes les lieux symboliques d'Hollywood dans lesquels il déambule : l'hôtel Château Marmont, Sunset Boulevard...

Stephen Dorff et Elle Fanning. Pathé Distribution

Stephen Dorff, en plus d'être très beau, d'une beauté un peu fatiguée et émouvante, est absolument fascinant dans sa manière de dépeindre la fragilité et la léthargie de ce personnage pas forcément attachant, comme en retard permanent sur le spectateur et sur le film. Sa relation avec sa fille Cleo (magnifique Elle Fanning) est esquissée avec un grande délicatesse, par petites touches qui font apercevoir tout un passé d'absences et d'espoirs déçus. Qu'ils soient riches et/ou célèbres n'est pas la question du film ; d'ailleurs même les riches ont le droit d'être tristes, et sans doute Somewhere contient-il une large part autobiographique. Ce portrait de famille dysfonctionnelle n'est en tout cas jamais asséné de façon lourde ou démonstrative.  

Somewhere a un petit côté « cinéma indépendant américain», un peu trop vu : sujet intimiste, atmosphère éthérée, personnages un peu paumés et bande son excitante, notamment. En outre, on a parfois un peu de mal à croire à la situation du personnage : il ne semble être une star ultra-célèbre que quand cela arrange le scénario. Mais le film reste d'une justesse parfois bouleversante – la scène où Johnny regarde sa fille faire du patin à glace, par exemple, ou encore la conversation téléphonique finale avec son ex-femme, très cruelle. Somewhere n'est pas un chef-d'œuvre ni un film parfait mais sa petite musique mélancolique et sincère m'a émue, et je l'aime autant que les précédents films de Sofia Coppola.

À voir aussi sur le blog
Films de Sofia Coppola : Marie-Antoinette



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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

whiplash solicitors 08/08/2011 07:46

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MG 06/02/2011 15:51

Anna, Nostalgic, heureux de vous retrouver ! En accord.

Rejoignez la lutte qu'on leur marav' la gueule à coups de l'excellent Somewhere !

M_LaMaudite 31/01/2011 18:33

Ha!Et bien je suis contente! Premier article que je lis de toi et déjà ton avis me plais! +1 ^^
Somewhere, je l'ai vu en avant-première y'a déjà quelques temps... Et au début, j'ai vraiment eu peur après cette première scène assez étrange lorsqu'on ne sait pas réellement à quoi on doit s'attendre.
Mais après, tout prends sens.. C'est un film qui moi aussi m'a touchée, grâce à sa musique, la solitude du personnage principal et la façon dont elle est adaptée à l'écran... Mais je suis d'accord avec toi sur le fait qu'il ne semble célèbre que lorsqu'on doit avoir une scène avec des journalistes par exemple.. Dans la vie de tous les jours, rien ne parait si évident!
Enfin voila, tout comme toi j'ai été touchée, comme par Virgin Suicides par exemple! Et je continuerai d'aller voir les films de Sofia Coppola pour ressentir encore ce sentiment, NAH!

Eva 30/01/2011 16:54

Comme je suis en plein montage d'un film de mariage et que ça me fait chier, je m'occupe sur internet et j'ai décidé de prendre le temps d'expliquer pourquoi j'ai détesté Somewhere. Parce qu'il ne faut pas généraliser les avis négatifs, dire qu'on n'aime pas ce film parce que c'est Mme Coppola ou encore parce que c'est une construction narrative différente.

Il y a beaucoup de films qui traitent du vide, de la vie plate, quasi morte, du rien. Le risque est que le spectateur s'ennui aussi. C'est la contemplation des paysages, des personnages, des sentiments et émotions qui fait toutes la différence. Ici Sofia Coppola est passé complètement à côté. En voulant représenter un monde qui la concerne, qui nous concerne, elle filme des choses qui nous sont cher à cour terme mais complètement nul à long terme (la wii, toutes ces marques, ces truc "in"). Plus tard tout cela n'aura aucune signification pour nous. C'est un film de 2010 qui n'aura plus aucun écho à nos yeux plus tard. Tout cela sera désuet pour les générations à venir. Surtout qu'il n'y a aucun intérêt à filmer tout cela. C'est filmer pour filmer et c'est nul. Elle perd son temps, son argent, notre argent. J'ai l'impression qu'elle est déconnectée complètement de notre monde. Elle a regardé les gens sans vraiment les regarder, elle a copié nos habitudes du moment sans y mettre de coeur, de profondeur.
Elle aurait pu attendre avant de faire ce film, approfondir cette relation, la travailler autour d'un noyau d'histoire, attendre aussi que sa fille grandisse pour que sa relation avec elle lui permette encore plus de travailler la matière (mais je me trompe peut etre puisqu'elle n'était pas enceinte lors du tournage je pense).
Cette relation entre les deux protagonistes n'est forcément pas déplaisante puisqu'elle nous concerne tous de près ou de loin. Seulement le film parait en cela personnel qu'il ne m'a pas touché. Elle nous a raconté sa vie, on en ressort avec un "Et alors?". Elle a loupé l'élément qui aurait pu rendre les personnages attachant, il y a eu un manque d'identification.
Je ne vais pas cracher non plus sur la très belle mise en scène. Encore heureux qu'elle n'ai pas perdu cela. Sinon elle n'aurait été qu'une simple fille-de. Cependant la mise en scène ne peut pas sauver un film. Du coup comme elle a copié notre monde j'ai l'impression qu'elle a copié beaucoup d'autres films de la veine indépendante (la ferrari = Brown Bunny de Vincent Gallo). Comme si elle voulait y faire partie, encore déconnectée. La musique est vraiment bien mais ce n'est pas elle qui doit t'émouvoir mais le film. Le cinéma devrait réussir à vivre sans musique. Malheureusement pour elle c'est cette musique qui la sauve un peu, qui met un chouya d'émotions, de profondeur dans les personnages, sauf que c'est à la réalisatrice de le faire et non aux musicos.

Bref voilà, j'ai vraiment détesté ce film car j'ai le sentiment qu'il donne une mauvaise, fausse image de notre époque, et surtout du cinéma, de ce qu'il devrait être par essence. Mais je reste tout de même ouverte à ses prochains films, cherissant grandement ses précédentes oeuvres. C'est une artiste qui est descendu aux bas fonds, et j'attends avec impatience qu'elle remonte vraiment nous revoir et nous parler comme elle a su si bien le faire. Allez je retourne au boulot.

Nostalgic du cool 23/01/2011 12:19

En bon contemplatif que je suis j'ai beaucoup aimé évidement et m'indigne comme toi des critiques faciles menées contre elle (en même temps tu te dis c'est du Neuhoff ca surprend pas mais bon). D'ailleurs je suis limite choqué de voir une certaine tendance qui veut que dés qu'un réal ose un truc plus expérimental, en rupture avec ses films précedents, un truc qui sort des sentiers battus qui mise plus sur le ressenti sur l'image que sur son histoire on te descend le film à coup de clichés ultra caricaturaux.
Tu parles très bien de la mise en scène et des acteurs mais je trouve aussi que sur le fond mine de rien ce film a une profondeur et une cohérence insoupçonnée avec quelques scènes vraiment sublimes qui en disent beaucoup sur la relation père fille puis ça réussit le tour de force de rendre émouvant un type assez antipathique. D'ailleurs misé sur Stephen Dorf c'était un choix ultra osé (et payant) vu les navets qu'il avait enchainé.

selenie 18/01/2011 12:16

Mais que s'est-il passé ?! Incroyable... Après 3 très grands films Sofia Coppola ne trébuche pas elle tombe ! Autant ses 3 premiers films racontaient quelque chose avec du fond et de la forme autant ici c'est le film du néant. Entre Ferrari les pouffes faciles et surtout la pub pour Wii sport on a fait le tour du film. Même la relation père-fille prend l'eau car jamais cette relation n'est approfondie. Il ne reste que quelques magnifiques scènes (les regards échangés père-fille) où la grâce surprend dans ce film inepte et sans intérêt. Une déception, une très grande déception la première de l'année 2011... 0/4

Gabriel 18/01/2011 09:23

Enfin des bonnes critiques ! très jolie analyse.

Je l'ai trouvé très touchant, et en même temps d'une grande humilité, très simple, épuré.

Keira3 17/01/2011 19:07

Très bonne critique ! "Somewhere n'est pas un chef-d'œuvre ni un film parfait mais sa petite musique mélancolique et sincère m'a émue" : je partage entièrement ton avis!

Jérémy 17/01/2011 18:51

J'ai été touché aussi par quelques émotions subtiles, qui émanent dans le cadre de Coppola toujours de manière inattendue comme tu dis. Mais pour moi, l'ensemble reste un peu fade, la route un peu trop linéaire pour emmener le spectateur dans l'univers qu'elle souhaite présenter.

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