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16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 15:35
Paramount Pictures

D'ordinaire, je ne suis pas du genre « revoyure ». À moins d'être un absolu chef-d'œuvre, un film vu est vu et je ne le reverrai éventuellement que dans plusieurs années, l'ayant plus ou moins oublié. Il y a trop de films à voir pour en faire davantage... Or, il se trouve que j'ai déjà vu le Star Trek de J.J. Abrams trois fois. Par un concours de circonstance (je suis retournée le voir par un soir d'ennui, puis pour accompagner mon coloc), mais aussi par envie d'un plaisir renouvelé. Par chance, le film est assez riche pour supporter trois visions, et je l'ai perçu de façon différente à chaque fois.

J'y ai d'abord vu un space opera excitant et sans temps mort. Je dois par avance confesser un gros faible pour la science-fiction, et tout particulièrement les histoires de voyage dans le temps. On peut donc dire que j'ai été servie. Le récit est alerte, ludique, jamais ennuyeux, avec ses conflits d'égo, ses batailles mouvementées et ses paradoxes temporels sources de situations savoureuses.
Il faut être assez balèze pour reprendre à son compte une série absolument mythique et déjà usée jusqu'à la moelle (5 séries et 10 films) et oser en changer totalement le déroulement à la faveur d'un twist temporel étourdissant (un retour dans le temps de l'un des personnages,129 ans après l'action, modifie le cours du temps). Ainsi, chaque personnage de la série originel est bien présent, mais légèrement modifié par ces nouvelles circonstances. De quoi obtenir un récit quelque peu émancipé de la série d'origine (même s'il lui reste très fidèle, en termes de cohérence avec l'univers créé par Gene Roddenberry) et libre par la suite de s'aventurer dans de toutes nouvelles aventures. En outre, le film est complètement exempt de l'image kitsch et désuète que véhicule, en partie injustement, la série. Un coup de jeune salutaire.
À la limite, la faiblesse du récit serait à trouver dans le personnage du méchant, peu fouillé et peu complexe psychologiquement. Sa problématique personnelle pourtant pertinente et intéressante sur le plan morale, d'autant que la temporalité s'en mêle (quelle légitimité à se venger d'un génocide en en perpétrant un autre dans le passé et en s'acharnant sur l'avatar plus jeune de son ennemi, me direz-vous ?), n'est pas vraiment explorée jusqu'au bout. Mais bon, un bon gros méchant pas du tout subtile, ça fait aussi parti du cahier des charges du conte pour enfants, ce que le film est aussi (il est a bien des égards un récit initiatique).
Mon premier regard sur le Star Trek de J.J. Abrams fut donc celui, très premier degré, d'une gosse, en gros identique à celui posé jadis sur la saga Star Wars à laquelle j'ai longtemps voué un culte : fascination, émerveillement devant l'univers proposé, plaisir pur du divertissement.

Paramount Pictures France

Ma deuxième vision, outre qu'elle m'a permis de mieux saisir les quelques complexités de l'intrigue, fut d'ordre plus théorique. C'est cette mise en scène, et surtout cette mise en lumière, extrêmement singulières qui m'ont frappée, et ceci par delà le savoir faire évident du petit génie de la télé qui est ici aux manettes (énergie du montage, vitalité de l'image, belle composition des plans). Je ne connais pas grand chose de la carrière de J.J. Abrams : je n'ai pas vu M:I 3, à peu près un demi épisode d'Alias et 3 de Lost, j'ai modérément apprécié Cloverfield dont il était le producteur. C'est a priori un excellent storyteller (c'est évident ici) mais cela va plus loin à mes yeux.
Car l'élégance et la légèreté avec laquelle il expurge toute lourdeur de son schéma obligé de blockbuster d'action, m'ont ravie. Voyez comme l'écran est sans cesse saturé de reflets, de halos et de raies de lumière. Sans que, et c'est assez étonnant quand on y pense, cela gène en quoi que ce soit la visibilité du film. Ce travail sur la surface de l'image est étonnant. En contraste, le vaisseau du méchant Nero est sombre et oppressant. Probablement la trace d'un certain manichéisme (Bien contre Mal = Lumière contre Ténèbres), mais aussi une volonté d'illuminer au sens propre le trajet des héros qu'il accompagne et le monde pacifié dont ceux-ci se veulent les portes paroles.
J.J. Abrams livre honnêtement un film à la fois classique et pop, et un vrai plaisir pour les yeux. Il n'est pas doté d'une véritable personnalité de cinéaste mais sait parfaitement où placer son regard de metteur en scène.

Enfin, j'ai été frappée par une certaine intimité de l'intrigue, au delà de la profusion permanente et de la distanciation propres au genre blockbuster. Il y a  une proximité avec les personnages, un aspect bavard de l'ensemble, qui m'a fait percevoir le film comme une sorte de teen movie spatial. Amours naissantes, rivalités masculines, amitiés tout en non-dits, désir de reconnaissance... toute l'adolescence est là. Remarque futile : regardez bien la peau de Chris Pine, c'est vraiment une peau d'adolescent, pleine de défaut. Il n'est pas un héros à la beauté parfaite et adulte.
La jeunesse des acteurs (tous peu connus) fait écho à celle des personnages. Ces derniers sont d'ailleurs tous des novices dans leur domaine, et sont donc presque aussi émerveillés que les spectateurs devant le monde qui s'offre à eux. Comme je l'ai mentionné plus haut, il y a du voyage initiatique dans ce retour aux sources de la saga. Les deux principaux protagonistes sont des grands adolescents portant le fardeau d'une enfance compliquée (mort du père de Kirk, métissage difficilement assumé de Spock) et cherchant leur voie. Il y a quelque chose que j'aime bien au cinéma, je ne sais trop pourquoi, ce sont les histoires d'amitié entre mecs. Or ici, j'ai d'autant plus apprécié que l'amitié naissante entre les deux héros est traitée avec malice et une ironie bienveillantes. De l'importance du regard.
Les autres personnages, même quand ils sont peu souvent le centre de l'attention, sont parfaitement croqués et rendus attachants en quelques plans. Certains sont traités en faire-valoir comiques, comme Scotty et Checkov. L'humour est d'ailleurs omniprésent, blagues de potache ou remarques sarcastiques, ce qui renforce l'impression d'assister à une comédie teen en costumes tergal, autant qu'à une épopée virevoltante.

Anton Yelchin, Chris Pine, Simon Pegg, Karl Urban et John Cho. Paramount Pictures France

L'excitation du blockbuster tourbillonnant et fun, la qualité singulière de la mise en image d'un univers, le charme juvénile de personnages attachants, voilà tout ce que j'ai trouvé, par trois fois, dans Star Trek. Dans tous les cas, le plaisir.


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

whiplash claims 17/08/2011 05:07

This is just an amazing movie. A movie for all times, such an epic. I really appreciate you posted this one.

Louise 17/11/2009 13:39

contente de voir qu'on est d'accord au sujet du méchant :)
et t'as trop raison pour la peau de Chris Pine ma parole ! ravagée par des cicatrices d'acné ! ce qui n'est pas une tare en soir bien sûr, mais disons que c'est rare chez les stars américaines (ou alors elles le cachent vraiment bien !)...
moins enthousiaste que toi vis à vis de ce film, mais toujours admirative face à la qualité de tes critiques :)
à bientoooot !

ps : on en discutait avec mes colocs > les vaisseaux/antres des méchants dans les films c'est toujours ET sombre ET mal rangé (!!!). et il n'y a jamais de balustrade sur les passerelles au dessus du vide. enfin bon ce que j'en dis... lol

Benoît 22/05/2009 18:34

Arf, toutes ces critiques positives me donnent vraiment l’impression d’être passé à côté du film. Je l'ai trouvé désespérément vide de sens.
D'ailleurs, j’ai du mal à comprendre comment vous pouvez parler d’une quelconque amitié entre Spock et Kirk qui globalement n'ont pas beaucoup d'échanges. Et j’aurais bien voulu voir une réflexion sur le génocide comme toi mais je n’ai vu qu’un méchant de blockbuster cherchant à détruire toute forme de vie... pour le principe. Néanmoins j’ai beaucoup apprécié le début et les scènes sur l’enfance des deux personnages.

Snifff 18/05/2009 15:05

Totalement d'accord avec vous, Anna et Ashtray, c'est un régal, avec en effet un côté teen movie, ici plus assumé que dans d'autres blockbuster. Les récits d'amitié entre mecs, c'est très cinématographiques (le Frat Pack l'a bien compris d'ailleurs) et la relation entre Kirk et Spock et géniale de ce point de vue.

Ashtray-girl7 17/05/2009 12:58

Ils ont beau être trentenaires, ils véhiculent quelque chose de très adolescent, effectivement, du fait du contexte très "initiatique" justement. On a la sensation (euphorisante) que c'est un peu "la croisière s'amuse" aux commandes de l'Enterprise. La dispute du siège de capitaine, par exemple, fait clairement penser à une bagarre de bac à sable. C'est hilarant.
Je suis comme toi Anna: les amitiés masculines à l'écran, j'adore. Ils ont un truc tellement... attachant, infantile... C'est délectable. :-)
Critique prochaine de mon côté, quand je l'aurais revu. (Trois fois pour toi, je suis impressionnée!)

Vincent 17/05/2009 11:27

La jeunesse, la jeunesse... Dans ce cas-là, toutes les comédies sur les trentenaires sont des teen-movies. (j'ai décidé de chipoter, et non tu n'es pas folle, juste étrangement fana de SF, c'est bizarre)

Anna 17/05/2009 10:35

On s'en fout qu'ils aient 30 balais, l'importance c'est la jeunesse qu'ils ont à l'image et dans le récit, ce sont de grands gamins, ça m'a vraiment frappée.
Ensuite si les propos d'un réalisateur sur son film avait la moindre importance dans l'interprétation qu'on peut en faire, ça se saurait hein! (cette citation prouve également qu'on lui a bien parlé de teen movie à propos de son film, je ne suis donc pas folle)

Vincent 17/05/2009 10:19

GTTM, pardon pour l'offense.

Vincent 17/05/2009 10:19

On n'est paaaaaaas d'acc du tout mais moi je vais développer un truc : un teen movie alors que tous les acteurs ont au moins trente balais ?! N'imp's le GGTM, et vu que tu vas dire que je suis relou, je cite, pour la peine, J.J. himself qui a un avis sur la question : "Je ne vois pas pourquoi vous me parlez de teen movie. Le seul ado du film c'est Tchekov." (vrais propos)

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