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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 14:26
Pyramide Distribution

Des films d’Ozu au récent Tokyo Sonata de Kyoshi Kurosawa, la capacité jamais démentie du cinéma japonais à porter un regard acéré sur la famille et ses contradictions continue d’impressionner. En effet, parmi les grandes puissances économiques mondiales, le Japon est le pays où l’importance du groupe et surtout de la famille est la plus grande, et où le respect et le culte des ancêtres disparus ne se sont jamais estompés. Avec ses aléas, la famille reste pour le Japonais moyen le cœur de la vie.

Still walking se déroule sur environ une journée lors d’une réunion familiale sur laquelle plane la mémoire d’un fils et frère disparu des années auparavant. Kore-Eda Hirozaku ausculte avec génie et un extrême souci de réalisme cette famille banale, mais dont chaque membre va exploser à l’écran en tant que personnage à part entière, émouvant et complexe, si courte soit son apparition. Le cinéaste sait admirablement décliner tous les petits non-dits et les tensions sous-jacentes de la famille mais aussi ses petits bonheurs et ses rapprochements inattendus. Voilà un film à chaque instant empli de douceur mais qui ne recule pas devant une certaine cruauté : voir cette scène stupéfiante où la famille accueille le jeune homme sauvé de la noyade quelques années plus tôt par le fils mort, et qu’on traite avec un mépris à peine voilé, comme pour le faire payer, encore et encore…

Kirin Kiki. Pyramide Distribution

Le seul reproche que je ferai au film concernera son épilogue, décrochage selon moi raté, et inutile. Celui-ci équivaut à une sorte de faire-part (de décès et de naissance) qui introduit en outre une voix off jusque là absente et un peu trop explicative. Cet épilogue nous extirpe à regret de l’espace-temps du film (une journée de huis clos familial). Durant ces vingt-quatre heures, on a écouté et deviné la vie passée de cette famille, on a espéré et anticipé sa vie future. Il n’y a pas eu besoin de flash back pour comprendre les blessures, les secrets et les non-dits, quelle est alors l’utilité de ce flash forward, à part celle d’exposer avec trop d’insistance la morale du film ? Mais, outre qu’il ne dure de toute façon que quelques minutes, ce final n’est pas sans talent et ne gâche aucunement la beauté lumineuse et pleine de vérité de ce Still walking.


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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Mickaël RG 06/05/2009 01:29

En y repensant, la fin fait en effet un peu fausse note, même si ce n'est pas très grave. Comme tu le dis Anna, elle "détache", par la voix off, l'immersion bouleversante dans les querelles intestines d'une famille à la fois soudée et composite. Mais comme le dit Platinoch, elle souligne cette incommunicabilité et renvoie à une temporalité toute autre (non plus une simple journée réduisant toute une vie, mais des années étirant la durée) qui renforce la dureté de la perte dans une famille, et la difficulté d'assumer sa propre nostalgie. La fin moins fine n'altère en rien la beauté de ce film.

Platinoch 03/05/2009 19:28

J'ai beaucoup aimé ce film également, tant pour son écriture brillante et subtile que pour sa mise en scène élégante et discrète.
Je suis d'accord sur le fait que la fin tombe un peu à plat. Pour autant, elle reste un peu sur la tonalité du regret et de l'incommunicabilité qui règne sur l'ensemble du film (avec notamment ce match de foot que père et fils n'iront jamais voir ensemble). En cela, le côté un peu baclé de la fin n'altère pas le film dans son ensemble...
Certainement ju'squ'ici l'un de mes meilleurs moments de cinéma en 2009 avec "Gran Torino"!

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