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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 22:15
Metropolitan FilmExport

On devrait faire davantage attention au titre des films. Souvent, on les lit, on les connait, mais on ne songe pas à leur grâce intrinsèque. Celui du dernier film de Claude Miller, réalisé en collaboration avec son fils Nathan, a en apparence tout pour alimenter un nouveau sketch des Guignols sur le manque d'imagination du cinéma français. Mais il est en réalité d'une grande beauté et ne prend son sens plein qu'au moment où il est prononcé par le personnage principal dans une scène finale absolument bouleversante.

La question de la filiation a toujours été l'un des thèmes centraux de l'œuvre inégale de Claude Miller, de L'effrontée à Un secret en passant par La classe de neige. Rarement aura-t-il été traité avec autant d'intelligence et de finesse. Je suis heureux que ma mère soit vivante part d'un fait divers d'il y a une dizaine d'années, dont l'écrivain Emmanuel Carrère avait tiré un article dans L'événement du jeudi. La teneur complète du fait divers en question ne devrait pas être connue à l'avance car elle constitue l'une des grandes forces du film. Ce que l'on peut raconter : Thomas est adopté à l'âge de 7 ans et, devenu jeune adulte, il part à la recherche de sa mère biologique. Il la retrouve et noue avec elle une relation difficile.

Christine Citti. Metropolitan FilmExport

De ce point de départ très simple, les Miller font un film simple lui aussi : épuré au maximum. Rien n'est de trop, les réalisateurs vont au cœur du sujet pour en extirper la vérité même. Et cette forme convient bien aux deux personnages de la mère et du fils, qui sont peu aisés dans la parole, et dont la rencontre se joue sur un mode trivial, plus physique que verbal. À aucun moment ils ne parlent de ce qui se joue vraiment entre eux, à aucun moment Thomas ne pose la question qu'il brûle de poser : pourquoi m'as tu abandonné ? Pourquoi gardes-tu mon petit frère alors que tu ne m'as pas gardé moi ? C'est autour de la relation mère (adoptive ou biologique) – fils que tourne le film. Les pères sont d'ailleurs totalement évacués de l'histoire. Partis ou malades, ils brillent par leur absence. On aurait peu-être aimé en savoir plus sur eux, mais c'est dans l'espace laissé vide par eux que peut se jouer réellement cette histoire.

La construction de Je suis heureux... est savamment étudiée, avec quelques précieux flash-back qui doivent se comprendre davantage en termes émotionnels qu'en terme d'explication : c'est qu'il y a absence totale dans le film de déterminisme et de psychologisme lourd. En revanche il y a présence à chaque instant de l'intériorité torturé d'un être et de tout ce qu'il porte en lui d'irrésolu (son Œdipe...). Jamais les cinéastes ne portent de jugement sur leurs personnages, chacun se voit le droit d'exister avec ses faiblesses et ses blessures. Le personnage de la mère légèrement irresponsable est à ce titre extrêmement émouvant. Il faut aussi en être gré à une troupe d'acteurs tous impeccables, notamment la belle révélation Vincent Rottiers, mais aussi les enfants incroyablement naturels, dirigés avec une grande délicatesse.

Vincent Rottiers. Metropolitan FilmExport

Le basculement qui a lieu vers la fin est abrupt et poignant. On ne le voit absolument pas venir car on n'observe pas vraiment durant le début du film de montée d'une tension dramatique qui nous acheminerait vers ce point. C'est donc un coup à l'estomac qui fait reconsidérer tout le film sous un angle moins policé. Je suis heureux que ma mère soit vivante est entièrement dénué de pathos, mais il prend un chemin détourné, plus difficile, pour atteindre l'émotion : celui de l'épure et de la sobriété. Au bout de ce chemin, il y a une scène déchirante où les deux personnages, enfin, un peu, se sentiront allégés de leur fardeau existentiel.


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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