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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 18:35


Dans Je suis un no man's land, Philippe Katerinie joue Philippe, chanteur excentrique qui se retrouve coincé dans le village de son enfance par un étrange maléfice. Il retourne donc vivre dans la maison de ses parents et fait des balades nocturnes durant lesquelles il rencontre une jolie ornithologue. Paradoxalement, le film s'échine à essayer de nous faire croire que Philippe Katerine ne joue pas le rôle de Philippe Katerine ; or c'est bien le contraire qui se passe : on ne voit à l'écran que Katerine le chanteur. Je le dis d'autant que j'aime plutôt bien ce type (même son dernier album !), mais cela finit par être dérangeant, puisqu'on ne voit jamais percer le personnage derrière l'acteur. Je suis un no man's land ne se défait jamais de sa fascination un peu bête pour son héros. Le jeu lunaire et ahuri de ce dernier, s'il amuse au début, finit par agacer.

Ancien critique de cinéma, le réalisateur Thierry Jousse tente également d'installer un climat étrange, et ce dès la scène d'introduction complètement folle, où une groupie psychopathe du protagoniste l'invite chez lui et le retient enfermé. Dès lors, le spectateur est placé devant une alternative : embarquer dans le délire de l'acteur et du cinéaste, ou rester complètement à-côté et se sentir légèrement embarrassé... J'ai « choisi » la deuxième option. Il faut dire que Jousse ne nous facilite pas la tâche : bizarrerie forcée, rythme inexistant, tentatives de surréalisme improbables... Quelques effets font mouche, comme celui, simplissime, de la longue et fulgurante marche arrière de la voiture ; mais la plupart du temps, ils tombent à plat (le final d'une cucuterie terrifiante). La mise en scène est intéressante avec son découpage et ses cadrages singuliers, mais finit par produire une trop grande déréalisation et une mise à distance, qui desservent totalement le récit et provoque un profond inintérêt.

La comparaison est fatale, sur le thème de la malédiction temporelle et du retour du même, quand on se met à penser à Un jour sans fin, ou même au récent Quartier lointain avec Pascal Greggory. Je suis un no man's land se voudrait poétique et foufou, mais il n'est finalement que poseur, et même un peu condescendant dans son regard sur la ruralité. On retient tout de même le thème joliment traité de la relation entre un homme devenu adulte et ses parents qui sont parvenus sans problème à vivre sans lui - Jackie Berroyer et Aurore Clément sont ici de très beaux et émouvants personnages. En dehors de cela et d'une jolie scène où Katerine joue une bossa tout seul à la guitare, Je suis un no man's land s'avère terriblement raté. On n'y perçoit que les intentions du réalisateur (ce « grain de folie » qu'il voudrait se donner), mais aucune incarnation n'advient et le film suscite, il faut bien le dire, un terrible ennui.

Aurore Clément & Philippe Katerine. Sophie Dulac Distribution

[Bilan Festival d'Hiver : c'est mal barré pour Je suis un no man's land !]



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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

Christophe 14/02/2011 22:29

Pour ma part, j'ai carrément renoncé à lui mettre une étoile

Chris 12/02/2011 19:04

J'aime pourtant le chanteur. D'ailleurs sa chanson dans la chambre est pour moi le seul moment vraiment émouvant du film.

Tching 10/02/2011 19:02

Bien d'accord ; ce film est une daube incroyable. C'est plat et raté (ça fait pscchhiit !). Et pour le Festival d'hiv', il peut heureusement se rhabiller !

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