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24 janvier 2008 4 24 /01 /janvier /2008 17:00
Date de sortie : 23 Janvier 2008
Réalisé par Tim Burton
Avec Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman
Film américain.
Genre : Musical, Thriller
Durée : 1h 55min.

Affiche américaine. Warner Bros.

Après avoir croupi pendant quinze ans dans une prison australienne, Benjamin Barker s'évade et regagne Londres avec une seule idée en tête : se venger de l'infâme Juge Turpin qui le condamna pour lui ravir sa femme, lucy, et son bébé, Johanna. Adoptant le nom de Sweeney Todd, il reprend possession de son échoppe de barbier, située au-dessus de la boulangerie de Mrs Lovett. Lorsque son flamboyant rival Pirelli menace de le démasquer, Sweeney est contraint de l'égorger. Mrs Lovett vole à son secours : pour le débarrasser de l'encombrant cadavre, elle lui propose d'en faire de la chair à pâté, ce qui relancera du même coup ses propres affaires. Le quartier de Fleet Street s'entiche des "tourtes" très spéciales de Mrs Lovett. Sweeney, lui, est bien décidé à mener à terme sa vengeance, quel qu'en soit le coût...

Le genre : opéra-bouffe (mouahaha)

Un truc de malade, vraiment. Un des objets les plus ahurissants qui soit sorti d'un studio de cinéma depuis un bon bout de temps. Sweeney Todd, c'est le Burton ultime. Car au delà de la naïveté et de l'humour bon enfant, il y a chez ce réalisateur atypique une attirance profonde pour les bas-fonds de l'humanité, la fange, la marginalité, ici poussés à leur paroxysme. Adapté d'un show à succès de Broadway monté pour la première fois en 1979, Sweeney Todd est pour moi le meilleur Burton depuis Ed Wood. Parce qu'il tranche (c'est le cas de le dire) avec un univers fantaisiste et féérique pour se plonger avec audace dans un monde terrifiant, d'autant plus terrifiant qu'il est atemporel, peut-être le nôtre. Dès les première séquences, on est embarqué dans une atmosphère oppressante, enfumée et effrayante. C'est Londres, mais c'est aussi le monde intérieur d'un homme innocent que la vie avait comblé et dont l'esprit n'est plus désormais que vengeance, haine et regrets. Dans le rôle titre, Johnny Depp, tout en sobriété avec son physique de cadavre entre deux âges, donne encore une fois la preuve de son increvable talent. Il tranche, rase, découpe avec une méticuleuse patience et un regard froid, à la fois sans dégoût et sans plaisir pervers. Sans sentiment. Car les vivants dans Sweeney Todd ne le sont jamais entièrement, ils ne sont que des fantômes pâles et inquiétants. Les seconds rôles sont tous remarquables : Helena Bonham Carter crève littéralement l'écran, Sacha Baron Cohen est hilarant et Alan Rickman angoissant à souhait dans un délectable rôle de méchant à la Dickens. Tous sont de pâles reflets de la vie, tant ils sont engoncés dans leurs obsessions morbides. Seule la jeunesse, non encore pervertie, avec les personnages du petit Toby, d'Anthony et de Johanna (elle ressemble étrangement à Vanessa Paradis jeune, non ?) semble échapper à la perversité ambiante. Pour combien de temps ? Burton filme cela avec une délectation palpable, baladant avec génie sa caméra dans les ruelles sombres d'une ville de cauchemar. La photographie est brillante et glaçante, renforçant la noirceur d'un récit qui ne cesse d'exhiber l'horreur de l'humanité. Le pessimisme que sous-tend l'histoire a de quoi glacer le sang. La reconstitution d'une Londres infernale, sale et putride où grouille la vermine humaine est stupéfiante. On est loin de la féérie enchanteresse parfois niaise de certains Burton. C'est pas Big Fish, quoi. Et c'est tant mieux. L'homme est forcément pécheur, cannibale, pervers, menteur, manipulateur. Le crime, aussi gratuit et cruel soit-il, se justifie par ce seul constat. Et en effet, le gore est ici à l'honneur. Mais l'horreur des situations est sans cesse contrebalancée par un burlesque pince-sans-rire et une stylisation à outrance (le rouge du sang est très flashy) qui dote le film d'un humour tout particulier. À l'image de l'hilarante séquence onirique « en couleurs » où Mrs Lovett se rêve en femme d'un Sweeney toujours aussi atone et inexpressif. Seul hic : je n'ai pas du tout été emballée par la musique assez médiocre de Stephen Sondheim. Aucune des chansons n'accroche vraiment l'oreille, et la tendance du compositeur à aller chercher des aigus dissonants, même si elle est dans l'esprit du récit, est exaspérante à la longue. C'est quand même très problématique pour une comédie musicale, mais l'aspect assez monotone et lourd de la musique reste supportable tant on est transporté par l'atmosphère générale et la conviction des acteurs/chanteurs. Une bande-son à la hauteur est ce qui manque à Sweeney Todd pour être à mes yeux un chef-d'oeuvre. Mais ne boudons pas notre plaisir : Tim Burton nous a scotché sur notre siècle pendant deux heures qui passent à toute allure, dans un monde angoissant et cauchemardesque, baroque à souhait, étourdissant, dantesque... La liste d'adjectifs pourrait se prolonger longtemps. Le cinéaste préfère achever son OVNI sur un bain de sang, scène déchirante et désespérée, que de faire naître l'espoir en nous montrant ce qu'il advient des jeunes survivants. Preuve ultime que Sweeney Todd est une oeuvre à part la filmographie de Burton, et dans le cinéma en général. Une danse macabre littéralement hallucinante.

Johnny Depp et Helena Bonham Carter. Warner Bros. France

À voir aussi sur le blog
Films de Tim Burton : Edward aux mains d'argent, Ed Wood


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

Vincent 06/04/2009 17:53

Ouais je suis d'accord avec Anthony et même que dès fois tu sur-méga-interprètes des films avec des chiens, ahaahahha.

Anna 06/04/2009 13:28

Euh en ce qui concerne le cinéma de divertissement, tu as tout simplement tort, lis mieux mon blog, il y a énormément de films que j'apprécie quasi uniquement pour le plaisir qu'ils procurent (sinon je ne serais pas fan de comédies musicales). De plus, non je n'aime pas spécialement les films à message, parcontre ce que j'aime c'est qu'il y ait derrière un film une vision du monde ou de l'existence. Ce n'est d'ailleurs pas du tout incompatible avec le divertissement.
Pour la sur-interprétation, oui certainement, mais en même temps c'est un peu l'intérêt d'écrire une critique que d'essayer d'aller un peu loin, au delà du "c'est bien, les acteurs jouent bien, le scénario est sympa...". Donc j'assume la sur-interprétation, j'en fait même une exigence critique !
Pour le reste c'est une affaire de goûts. Et oui je suis fan de Woody Allen.

Anthony 06/04/2009 01:38

Ou comment être passionner par le cinéma de Tim Burton qui s'essouffle...Il est raté ! De plus,tu trouves des qualités dans ce film là où il n'y en a pas...

J'ai lu un peu les articles de ton blog et j'y trouve qu'il y a beaucoup de sur-interprétation. Je te reproche aussi le fait que j'ai l'impression que le cinéma doit forcément véhiculer un message(il peut l'être là n'est pas la question) et qu'un film simplement divertissant ne trouve pas grâce à tes yeux. Tu dois être le genre de personne qui aime les films de woody allen alors que depuis quelques années(toujours?)ses films ne sont que de la masturbation intellectuelle. Tout ça pour en venir sur le fait que je te trouve hautaine par rapport à une certaine "catégorie" de film(mettre 5 étoiles à "No Country for the old man" et 2 à "Into The Wild" c'est vraiment n'importe quoi à mon sens)

Sinon voila^^

Shin 12/04/2008 13:59

Sweeney ToddBonjour,

Pour ma part, "Sweeney Todd" est un film agréable où seul l'amourette des deux tourtereaux est de trop (et dont tout le monde se fout, y compris Tim Burton qui ne daigne même pas donner une conclusion à leur histoire).

Johnny Depp et Helena Bonham Carter forment un duo succulent, les seconds rôles sont bons (mention spéciale à Alan Rickman et Sacha Baron Cohen, qui m'a fait lus rire en un quart d'heure ici qu'en une heure trentede "Borat"). L'ambiance visuelle également saisissante ; la scène de fin étant d'une incroyable beauté !

Pas le meilleur film de Tim Burton, mais une très bonne surprise tout de même.

Amicalement,

Shin.

MG 27/01/2008 12:11

Excellent film ! Je trouve comme toi que Johanna a un petit air de Vanessa Paradis :)

VincentLesageCritique 26/01/2008 15:19

Quitte à passer pour un déplorable rabat joie, je l'avoue : j'ai détesté.
Ce que tu dis est vrai, c'est très bien interprété, mais justement, je trouve ça assez vain, handicapé et immobilisé par la transcription scène-écran. Franchement, c'est affreusement laid stylistiquement; Burton a fait mille fois mieux auparavant. Il trouvait dans les histoires macabres une poésie, une féérie extraordinaires alors qu'ici, c'est simplement lugubre.
Ou alors je ne suis pas assez sensible... ou juste rien compris... Les deux, surement.

Melissa 24/01/2008 19:34

Ah contente que ça t'ailles plus. C'est vraiment le genre de film où on ressort vidé (pas de notre sang, bien sur...). Un film qui restera dans les annales tant il réveillé le cinéma. Malheureusement, comme tu les dis si bien, certaines chansons sont assez insuportables, à l'image de celle du jeune matelot. On a qu'une envie, qu'il se taise... J'trouvais qu'elle ressemblait à Christina Ricci moi ! C'est le même genre ! Un grand burton.

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