Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 20:54
Memento Films Distribution

Après le grand film malade L'homme sans âge en 2007 (plus « malade » que « grand film » cependant), Tetro marque pour Francis Ford Coppola un retour à un intrigue plus intime, sans cependant se départir d'un style baroque quasiment opératique par endroits. Le jeune Bennie débarque à Buenos Aires pour y retrouver Tetro, son frère ainé qu'il n'a pas vu depuis des années. Il est bien décidé à élucider les nombreux mystère familiaux. Entre les deux frères de cette famille d'artistes plane l'ombre d'un père despotique. Le ressort premier de Tetro est clairement autobiographique. Le père et l'oncle de Tetro sont en effet clairement inspirés du père et de l'oncle de Coppola, deux musiciens et chefs d'orchestre réputés en rivalité constante. C'est peut-être de cette implication personnelle très forte que vient l'incroyable puissance d'émotion du film. Le thème de la famille et de ses affrontements internes n'est pas une nouveauté dans l'œuvre de Coppola (Le parrain, Rusty James) mais est ici traité sur un mode intimiste. On est d'emblée projeté dans un univers qui évoque plus Almodovar (la langue espagnole et la présence de Carmen Maura aidant) que le style épique et baroque de Coppola.

Tetro semble donc commencer comme un drame psychologique et familial minimaliste : la rivalité fraternelle, le rejet puis l'acceptation des deux frères, la présence bienveillante de Miranda, la maîtresse de Tetro (superbe personnage)... Le film est pourtant bien plus que tout cela, ne serait-ce que parce que sa nature est sans cesse mouvante. Changements de genre, de ton, de point de vue émaillent le récit et lui confère son incroyable puissance. Dès le début c'est une atmosphère onirique et tortueuse qui règne sur le Buenos Aires fantasmé par Coppola. L'utilisation du noir et blanc est d'une intelligence stupéfiante, inversant totalement les conventions. En effet, seul le présent est figuré en noir et blanc, quand la couleur est réservée aux scènes de souvenirs en forme de flash-backs, ainsi qu'aux très beaux passages de danses qui illustrent l'action.

Vincent Gallo et Alden Ehrenreich. Memento Films Distribution

Le véritable protagoniste du film, contrairement à ce que son titre semble indiqué, est Bennie. C'est à lui et à sa quête personnelle que l'on s'identifie, dans ses tentatives pour éclairer un passé obscur et pour comprendre l'insaisissable Tetro. Pour incarner ce personnage innocent et touchant, le sublime Alden Ehrenreich, sorte de sosie fragile et mystérieux de Leo Dicaprio. Quant à Tetro, c'est le dingue flamboyant Vincent Gallo, qui n'en fait jamais trop, car dirigé à la perfection. Il apporte ce qu'il faut de folie à un film qui n'en manque déjà pas, avec ses partis pris formels passionnants et son scénario aux digressions assez démentes. Tetro est aussi un film sur l'inspiration artistique, sur la souffrance comme moteur de l'artiste, sur l'art comme raison de vivre. Musique, théâtre (de la tragédie grecque au contemporain en passant par Shakespeare), danse, peinture, cinéma se mêlent en un maelström de sensations intenses, troublantes, fabuleuses.

À mesure qu'il avance, Tetro se révèle un film complètement barjot, presque bancal, changeant, excessif, outrancier. On est parfois à la limite du trop : trop long, trop tordu, trop invraisemblable (les scènes finales du festival de Patagonie ; le personnage d'Alone, la critique de théâtre jouée par Carmen Maura). Mais de cette outrance surgit une bouleversante vérité, et les coups d'audace de Coppola qui auraient pu paraître prétentieux sont au contraire d'une sincérité totale – par exemple, les séquences de ballets tirés des Contes d'Hoffman ou des Chaussons rouges qui s'immiscent dans l'intrigue pour mieux la faire résonner. Superbe film à la fois maîtrisé et très libre, fou, dans sa forme, Tetro témoigne d'une créativité retrouvée (fut-elle jamais perdue ?) pour Coppola et s'impose comme une des œuvres marquantes de l'année 2009.


Partager cet article

Repost 0
Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
commenter cet article

commentaires

BenjaminF 08/02/2010 10:12

Oui il y a vraiment une forme très pure de beauté qui se dégage ici de l'exubérance. Mon dernier coup de coeur 2009 !

Chris 07/02/2010 21:30

Tu es rudement productive ce soir, Anna ! Je partage à 100 % ton billet, compliments, note et réserves compris. Je l'ai mis 10ème dans mon top ten 2009.

  • : Goin' to the movies
  • Goin' to the movies
  • : Blog de critiques cinéma d'Anna M. «Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)
  • Contact

GOIN' TO THE MOVIES

Blog de critiques cinéma d'Anna M.

«Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)

Recherche