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[Cet article marque la résurrection de Goin' to the movies (n'en déplaise à mymp qui me disait il y a peu avec une choquante nonchalance : « ben t'as qu'à arrêter ton blog ! ») et il s'agit du premier publié sur over-blog. Excusez si la critique n'est pas terrible, c'est dur de s'y remettre.]
Pourquoi faire un film muet en 2011 ? Pour répondre à cette question, il faut d'abord se demander : comment faire un
film muet en 2011 ? La solution la plus convenue serait d'en faire une parodie, au second degré attendu, sur le mode de la connivence avec un spectateur contemporain forcément plus dupe des
conventions vieillies du cinéma muet. Heureusement, c'est Michel Hazanavicius qui est aux manettes de ce projet un peu dingue, lui qui n'a plus à prouver son talent de pasticheur. The
Artist est donc un pastiche amoureux, un hommage au premier degré à un cinéma aimé. Autrement dit, au delà d'un dispositif singulier qui cherche à retrouver tous les codes d'un certain
cinéma muet (américain, en l'occurrence), il s'agit avant tout de raconter une histoire. Le format 1.33, le noir et blanc et les intertitres sont des signes distinctifs du muet qui menacent à
tout instants de créer une distance ironique entre le film et le spectateur - pourtant l'identification et l'attachement aux personnages et à l'histoire fonctionne tout de même.
The Artist est avant tout une histoire de personnages et d'émotion. Les interprètes excellent à nous inviter dans
l'univers du film : Dujardin met parfaitement à profit ses mimiques expressives, et Bérénice Béjo est ravissante et délicieuse de naturelle. L'intrigue de The Artist émeut pour elle même
mais sert aussi à une méditation sur ce qu'est le cinéma, puisque celui-ci est au cœur du scénario. Scénario qui entretient un grand nombre de similarités avec celui de Chantons sous la pluie :
amours entre un acteur célèbre du cinéma muet et une jeune actrice débutante, chronique de Hollywood au moment du passage du muet au parlant, et des déboires rencontrés alors par certains
comédiens. Hazanavicius joue sur les mises en abyme : nous regardons un film muet dans lequel on voit des films muets, ce qui génère à chaque fois des modes de représentation différents (mise en
scène et interprétation sont davantage « over the top » dans « les films dans le film » que dans la « réalité » du film). Un vertige ludique qui donne lieu à quelques idées assez géniales, comme
cette scène où Dujardin rêve « en sonore ».
Le film est de manière générale très drôle, déployant des ressorts comiques assez divers, notamment le burlesque canin (si si). Un millier de petits détails malins le parcourent, même si leur
accumulation lasse parfois : ils deviennent alors des gadgets, et il arrive au film de retomber dans l'exercice de style. Le dispositif du film se retourne donc par moments contre lui. D'autre
part, The Artist n'est pas exempt de longueurs, notamment dans sa partie « mélodrame » qui voit la chute de son héros. En revanche, sa conclusion m'a enchantée : après tout, un film qui
s'achève sur le salut par la comédie musicale, si je puis dire, mérite tous les éloges ! Finalement, The Artist séduit et émeut au delà de ses intentions un peu trop explicites.
Pourquoi, donc, faire un film muet en 2011 ? Parce que c'est avant tout du cinéma et que celui-ci est plus fort que tous les dispositifs.
Blog de critiques cinéma d'Anna M.
«Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)
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