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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 01:43

FESTIVAL DE CANNES 2012 - Quinzaine des réalisateurs

 

C'est la fin du dernier jour de classe de l'année. Une meute de lycéens du Bronx s'engouffre dans le bus pour leur dernier trajet avant les vacances. Ce sont leurs gestes, leurs mots, leurs comportements que Michel Gondry recueille et observe pendant une heure et demie, tandis que le véhicule parcourt la ville et les dépose tour à tour. Décor urbain mobile, ce bus est un microcosme passionnant qui organise une géographie sentimentale absolument délicieuse à regarder.

The We and the I
est un quasi huis clos, mais qui n'a aucun scrupule à s'autoriser des échappées dans les rues, accompagnant notamment les derniers instants à l'écran des kids qui descendent du bus pour commencer leurs vacances pour de vrai. À l'intérieur, c'est comme une mini démocratie où chacun s'exprime à sa manière, même si cette démocratie est sans cesse menacée par la tyrannie de quelques uns : les « bullies » assis au fond du bus, sur lesquels Gondry s'attardent longuement. Ils sont à la fois très drôles et très terrifiants, humiliant volontiers leurs camarades plus ou moins sensibles à leurs pitreries. Le regard du cinéaste est plein d'empathie, mais pas de connivence, il est juste et ouvert. Le film donne ainsi à sentir l'âge adolescent dans toutes ses déclinaisons : cruauté, inventivité, vitalité, bêtise, naïveté, créativité, conformisme, lucidité s'invitent toué à tour dans les mots et les gestes des protagonistes. Les ados n'imitent pas les adultes, ils créent leur propre monde, cet entre-deux à la fois frémissant et épuisant.

we-and-the-i.jpg

The We and the I est aussi une sorte de symphonie, parfois désaccordée, où les voix des kids se mêlent au rap énergique de la bande son, aux bruits de la ville. Le décor du bus est idéal pour cela : les fenêtres ouvertes sur le monde sont partout, on respire. Le film se déroule sans ellipse, en temps réel voire plus : le temps est étiré au maximum, comme pour garder, capter aux mieux ce qui se passe à l'écran, ces échanges anodins mais décisifs, sitcom et poème tout à la fois. The We and the I foisonne d'idées. L'écran du téléphone portable est par exemple omniprésent dans le film, il devient le centre de la plupart des interactions entre le jeunes : échanges de textos, vidéos qui circulent... Un motif très pertinent mais que Gondry n'utilise pas sur le mode du simple commentaire sociologique ; son film est avant tout extrêmement ludique.

Au bruit et à l'agitation qui nous assaillent au début répond une fin très sentimentale (comme l'était par exemple celle de Be kind rewind) ; le film suit une structure qui se dirige vers une sorte d'apaisement : du « We » vers le « I » (mais aussi peut-être vers un « We » différent, plus apaisé, qui autorise l'intimité), du groove à une certaine mélancolie, du jour à la nuit, du brouhaha au silence qui invite à une parole plus sincère. Une merveille de grand film ouvert.

 

À lire aussi sur GTTM : critiques des films de Michel Gondy La science des rêves, Be kind rewind et Tokyo!

 

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Published by Anna - dans Nouveautés
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