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11 décembre 2007 2 11 /12 /décembre /2007 17:15
Date de sortie : 05 Décembre 2007
Réalisé par Todd Haynes
Avec Christian Bale, Cate Blanchett, Marcus Carl Franklin
Film américain.
Genre : Comédie dramatique, Musical, Biopic
Durée : 2h 15min.

Affiche américaine. Appian Way

Un voyage à travers les âges de la vie de Bob Dylan. Six acteurs incarnent Dylan tel un kaléïdoscope de personnages changeants : poète, prophète, hors-la-loi, imposteur, comédien, martyr et "Born Again". Ils participent tous à l'esquisse d'un portrait de cette icône américaine définitivement insaisissable.

Le genre : Dylan revisited

Il ne suffit pas d'être original pour faire un grand film. Avec ces six histoires entremêlées, mais sans unité, Todd Haynes (par ailleurs réalisateur éclectique de grands films, comme Loin du paradis) a voulu faire un kaléidoscope de récits à l'image d'un homme aux multiples facettes. L’idée de départ est assez géniale : filmer les diverses personnalités réelles ou potentielles d’un poète magnifique, ou plutôt filmer les idées que l’on peut avoir de lui. Le biopic prend alors une toute autre dimension. Mais qui prend vie ici, qu'il soit Dylan ou pas ? Personne. J’aurais aimé pouvoir faire apparaître un personnage, une existence, une identité. Las ! Chaque partie fonctionne comme une entité propre, comme un film à part entière, cohérente en elle-même mais jamais avec les autres. Les résonances, les liens, les échos entre les parties sont quasiment inexistantes. A la structure volontairement complexe du récit (jusqu’à l’outrance) s'ajoute la difficulté à saisir le personnage, à moins de vraiment bien connaître Dylan et les multiples événements de sa vie pour saisir les diverses allusions (moi-même ne suis-je pas sûr d'avoir tout bien compris). Film réservé à un « happy few » ? Certaines audaces payent cependant : les interprétations a priori les plus casse-gueules (Marcus Carl Franklin, Cate Blanchett) sont de loin les meilleures, peut-être aussi parce que les plus fidèles au personnage : le premier, accroché à sa guitare comme à ses tripes, excelle avec son bagout de gamin laissé pour compte dans un mini road-movie enthousiasmant (que malheureusement on ne voit plus beaucoup à partir de la moitié du film) ; la seconde se fait oublier, pour incarner à la perfection le Dylan des années 60, emmerdeur, poète, drôle, torturé, salaud parfois : un sans faute ! Le monologue de Ben Whishaw en « Arthur Rimbaud » est également intriguant et offre des répliques marquantes, dans le plus pur esprit Dylan. Pour le reste, c'est davantage banal, voire fumeux. Les histoires de couple d’Heath Ledger et Charlotte Gainsbourg sont ennuyeuses à mourir, la partie de Christian Bale (Dylan période chrétien) n’a aucun intérêt. Quant à Richard Gere, son personnage de western paumé (allusion à la présence de Dylan dans le film de Sam Peckinpah Pat Garrett et Billy le Kid) laisse vraiment perplexe. La BO est bien entendu d’enfer avec de merveilleuses chansons du Zim, mais aussi des reprises comme celle de l’hypnotique Ballad of a thin man ou de Tombstone blues (avec la participation du grand Richier Havens !). A ce titre, le film à au moins le mérite de donner envie de réécouter l’œuvre du génie de la folk music, à défaut de nous donner accès à son être. Je ne reproche pas au film son postulat même, ce qui serait absurde, mais la façon qu’il a de l’utiliser pour noyer le personnage (dont il s’agit tout de même de raconter l’identité) derrière d’autres qui sont, il faut bien le dire, beaucoup moins intéressants que lui, diluant ainsi la spécificité du génie de Robert Zimmerman, dit Bob Dylan. Il y a une sorte de démagogie à clamer ainsi : il y a un peu de Bob Dylan en chacun de nous. J'aimerais que ce soit le cas mais je ne le pense sincèrement pas, ou alors l'humanité serait infiniment moins médiocre que ce qu'elle est... Non : Dylan c’est Dylan ! Une entité, une personnalité propre, voilà ce qui fait son génie poétique. Une personnalité multiple, mais une personnalité quand même. Nulle part dans le film Dylan ne semble prendre vie. Le cinéaste semble en être conscient, qui, sur la dernière image, fait enfin apparaître l’idole, derrière son éternel harmonica : seul réel souffle de vie de ce film désincarné. Une déception majeure pour ma part : I’m not there est un film trop complexe, ennuyeux et sans âme pour vraiment toucher du doigt ce qui fait l'essence d'un homme. Le grand absent du film est bien Bob Dylan. Une pensée me vient : pour comprendre cela, j'aurais peut-être dû tout simplement lire le titre... Sur ma liste des film à revoir, donc.

Marcus Carl Franklin. Diaphana Films

Cate Blanchett et David Cross. Diaphana Films


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Published by lucyinthesky4 - dans A contrario
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commentaires

pL 29/12/2007 00:51

MDR! Moi je vais rester lire les critiques merdiques ^^
Sérieusement je suis assez d'accord avec toi Anna. J'ai bien aimé I'm Not There mais j'ai quand même été très déçu. Trop inégal et le personnage de Richard Gere était effectivement dispensable (surtout que l'acteur est très mauvais!)

Anna 29/12/2007 00:16

Parcontre si vous voulez lire des critiques bien merdiques restez sur Goin' to the movies, vous avez trouvé le lieu idéal ! Sympa, vraiment sympa...

Sib 19/12/2007 19:07

j'ai également trouvé ça génial, ne connaissant pourtant absolument pas la vie de Dylan. J'ai compris par déduction, et lu la bio de dylan en sortant pour tout tirer au clair. Encore une fois, un film qui m'a donné envie d'écouter de la musique

Snifff 12/12/2007 14:08

C'est effectivement cela que j'ai trouvé fabuleux dans ce film, c'est qu'on a vraiment l'impression que Dylan n'y est pas. Il n'est pas là, et le film dresse habilement le portrait d'un homme qui n'est pas là, dans tous les sens que peuvent prendre cette phrase. La complexité et l'ambition de ce film n'ont d'égal je trouve que la pertinence du propos et le talent de cinéaste de Todd Haynes qui je trouve arrive à insuffler une certaine cohérence au tout. Brillant.

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