Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 octobre 2008 6 18 /10 /octobre /2008 12:57
Date de sortie : 15 Octobre 2008
Réalisé par Michel Gondry, Leos Carax, Joon-ho Bong
Avec Ayako Fujitani, Ryo Kase, Ayumi Ito
Film allemand, coréen, japonais, français.
Genre : Comédie dramatique, Romance
Durée : 1h 45min.



Le film est composé de trois chapitres, chacun d'entre eux étant librement inspiré par Tokyo et tourné au coeur de la ville...
# Interior Design de Michel Gondry : Un jeune couple tente de s'installer à Tokyo. L'ambition du jeune homme est claire, devenir réalisateur. Quant à sa compagne, plus indécise, elle a le sentiment diffus de perdre le contrôle de sa vie. Tous les deux se noient dans cette ville sans repères, jusqu'à ce que la jeune femme, trop seule, devienne l'objet d'une étrange transformation...
# Merde de Leos Carax : Une ignoble créature sème la panique et la mort dans les rues de Tokyo. Les médias la surnomme "La Créature des égouts". L'armée finit par la capturer. Il s'agit d'un homme d'une civilisation inconnue, qui se fait appeler Merde. Son procès déchaîne les passions.
# Shaking Tokyo de Bong Joon-ho : Depuis plus de dix ans, il est hikikomori. Il vit enfermé dans son appartement, réduisant au strict minimum tout contact avec le monde extérieur. Lorsque la livreuse de pizza s'évanouit chez lui durant un tremblement de terre, l'impensable arrive, il tombe amoureux. Peu après il apprend que la jeune fille devient hikikomori à son tour. Osera-t-il franchir la porte qui sépare son appartement du reste du monde ?

Le genre : trois fois le monde moderne

Le film à sketches sur le thème de la ville n’est pas une nouveauté, mais sa réussite n’a jamais été manifeste. Tokyo ! fait figure d’exception. La disparité des tons, des thèmes, des personnages n’est en aucun cas une entrave à la beauté de ce film plein d’échos et de ressorts qui possède une réelle unité de vue à la fois par sa lucidité et par sa fantaisie. Rien à voir avec une sorte de Tokyo, je t’aime (d’ailleurs Leos Carax dans Les Inrocks dit détester cette ville où « règne une culture de la délation »). Loin d’être une apologie lénifiante de la mégalopole japonaise, les trois films (un peu plus d’une demi heure chacun) se concentrent davantage sur la mélancolie, diffuse ou abrupte, découlant de la mise à distance des émotions et des affects au profit de la technicité moderne. Malgré une absence de concertation entre les cinéastes, le film est d’une cohérence assez stupéfiante. Sur le plan narratif d’abord, tous trois font appel à des éléments surnaturels : une métamorphose éminemment poétique chez Gondry, une créature surgie des égouts pour effrayer les tokyoïtes chez Carax, l’étrangeté d’une femme robot chez Bong Joon Ho. L’intervention du fantastique dans le monde moderne et urbain bien réglé et conformiste de la capitale japonaise sert alors de support à une critique sociale et politique discrète mais très puissante. Dans « Interior Design », Michel Gondry conte la vie d’un cinéaste amateur et de sa petite amie dans Tokyo l’intrigante, où des fantômes plats se déplacent entre des immeubles qui ne se touchent pas, où les appartements hors de prix ressemblent à des boîtes de chaussures, où les PV sont trop chers et les petits boulots sous-payés et où il est décidément difficile de trouver sa place. Un propos social pertinent et inédit chez Gondry. Le merveilleux quasi surréaliste fait son apparition dans une scène de transformation mobilière effrayante et bouleversante. Une métamorphose qui permettra à l’héroïne de se sentir enfin utile dans un monde urbain qui ne sait qu’engloutir l’individu et ses aspirations. Quelle poésie, c’est splendide ! La douceur gondryenne trouve un pendant quelque peu inverse dans le cynisme assumé de Leos Carax (son grand retour, dix ans après Pola X) qui avec « Merde », farce provoc, fait le portrait d’une étrange créature des égouts qui terrorise la mégalopole. Denis Lavant incarne de façon hallucinante cet étrange personnage, anarchiste et misanthrope à souhait en même temps qu’innocent animal écrasé par la modernité, qui s’exprime dans une langue fascinante faite de borborygmes et de convulsions. On retrouve aussi Jean-François Balmer dans le rôle d’un avocat français, le seul à comprendre ce langage ! Le film de Carax est dérangeant, cruel, drôle, iconoclaste. Le troisième film est celui de Bong Joon Ho. C’est un très beau poème sensoriel sur la rencontre entre un hikikomori (un de ces nombreux japonais qui restent reclus dans leurs appartements dans une absence totale de vie sociale) et une livreuse de pizza. Une fable élégante sur le retranchement du monde et sur la beauté du contact humain. « Shaking Tokyo » possède une belle puissance métaphorique. La mise en scène intègre parfaitement la vision du monde de son personnage : l’architecture de l’appartement, les extérieurs aux lumières splendides, le tremblement de terre comme symbole du coup de foudre amoureux. Et la possibilité d’un dérèglement au milieu de la rectitude totale de l’univers personnel du protagoniste : parmi la centaine de boîtes de pizza empilées chez lui, il en découvre une posée à l’envers. Tokyo !, c’est un peu ça : l’émergence de la liberté artistique la plus totale dans la froideur d’une grande mégalopole. Une radiographie intense et sublime du monde moderne, tout à tour intime, furieuse, désespérée, étrange, violente, mélancolique et poétique.

Haut et Court
Interior Design
de Michel Gondry

Haut et Court
Merde
de Leos Carax

Haut et Court
Shaking Tokyo
de Bong Joon Ho

À voir aussi sur le blog
Films de Michel Gondry :
La science des rêves, Soyez sympas rembobinez


Partager cet article

Repost 0
Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
commenter cet article

commentaires

  • : Goin' to the movies
  • Goin' to the movies
  • : Blog de critiques cinéma d'Anna M. «Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)
  • Contact

GOIN' TO THE MOVIES

Blog de critiques cinéma d'Anna M.

«Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)

Recherche