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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 19:45

  trishna-affiche.jpg


Inclassable Michael Winterbottom. Pour preuve, on trouve parmi ses derniers films sortis en France, un thriller (The Killer inside me), une road trip comique (The Trip), une film érotique (9 songs), un drame politique (Un cœur invaincu)... Inclassable et inégal, car pour quelques réussites, on trouve aussi dans sa filmographie des films d'une effrayante médiocrité (Un été italien, pour ne citer que lui). Aussi ne sait-on a pas vraiment à quoi s'attendre en lançant Trishna, adaptation libre de Tess d'Urberville de Thomas Hardy (comme l'était le Tess de Roman Polanski).

Winterbottom transpose l'action du roman de nos jours, dans la province indienne du Rajasthan où l'héroïne éponyme (Freida Pinto), paysanne pauvre, fait la rencontre d'un jeune homme fortuné, Jay (Riz Ahmed). Puis, c'est un mélodrame où la passion amoureuse va se heurter aux traditions, aux rapports de classe et à la cruauté inattendue de Jay. Sujet tout autant banal et cliché que potentiellement sublime.

On déchante rapidement tant le film est d'emblée dépourvu de la moindre passion, de la moindre fougue, non seulement dans la mise en scène (indigente), mais aussi dans le récit même. Le réalisateur se contente de filmer quelques saynètes expliquant le contexte à chaque fois que celui-ci change, avant de lancer une ellipse platement illustrative matinée de musique, Bollywood style. On a rarement vu manière aussi paresseuse de marquer le passage du temps dans un film. Les inconséquences du récit sont terribles car elles noient l'éventuel propos sociologico-politique du film (la dualité tradition/modernité, un regard sur l'Inde contemporaine), mais aussi tout intérêt pour le destin des personnages, et notamment celui de Trishna elle-même.

S'attacher à une jeune femme dont les rêves et les ambitions sont sans cesse menacés et brisés par l'ordre social, rien de plus facile a priori. Et pourtant. À aucun moment cette héroïne insupportablement passive et soumise ne suscite la moindre empathie. C'est que le récit est tellement elliptique et allusif qu'il ne donne jamais l'occasion d'accéder à l'intériorité de ses personnages. Et quand Winterbottom se permet, sans même nous avoir autorisé à l'aimer quelque peu, de torturer son héroïne au cours de quelques séquences affreusement voyeuristes, le film, de médiocre devient carrément obscène. La pauvre Freida Pinto n'a alors plus grand chose à défendre... Même réflexion du côté du personnage masculin, profondément antipathique et dont on ne comprend jamais les changements d'humeur (Winterbottom a semble-t-il fondu en un seul plusieurs personnages distincts du roman de Hardy).

Et l'Inde dans tout ça ? Winterbottom se complaît dans un exotisme franchement agaçant. Il se contente de capter platement les décors (pittoresques, évidemment), les couleurs (vives et nombreuses, naturellement) et les musiques (typiques, constamment). On ne voit rien de l'Inde, ou si peu : palais sublimes versus slums délabrés, séquences Bollywood versus naturalisme de pacotille... Impossible alors de comprendre en quoi l'idée de greffer l'esprit européen de Tess sur l'Inde d'aujourd'hui et sur Bollywood a le moindre intérêt. Clairement, elle n'en a pas, en tout cas pas sous cette forme, et pas dans ce film indigne, grossier et désagréable.

Notes sur le DVD

En bonus, un entretien avec le réalisateur qui évoque notamment son attachement au roman de Thomas Hardy et son point de vue sur la pertinence d'une adaptation en Inde. Peu fouillé, mais pas inintéressant, il permet de mettre en perspective l'échec total du film...

 

Sorti le 18 octobre chez Bac Films.

 

[DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDTrafic, mise en place par Cinetrafic. Découvrez-y d'autres films dans la catégorie Film d'amour]

 

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Published by Anna - dans Tests DVD
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commentaires

Bob Morane 08/11/2012 08:17

Comme toi, j'ai été malaisé par cette réalisation de MW que décidément j'aime pas des masses par toujours sa mentalité que je trouve détestable.

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