Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 septembre 2006 6 30 /09 /septembre /2006 02:16
Date de sortie : 23 Août 2006
Réalisé par Ken Loach
Avec Cillian Murphy, Padraic Delaney, Liam Cunningham, Orla Fitzgerald
Film britannique.
Genre : Drame, Historique
Durée : 2h 4min.



Irlande, 1920. Des paysans s'unissent pour former une armée de volontaires contre les redoutables Black and Tans, troupes anglaises envoyées par bateaux entiers pour mater les velléités d'indépendance du peuple irlandais. Par sens du devoir et amour de son pays, Damien abandonne sa jeune carrière de médecin et rejoint son frère Teddy dans le dangereux combat pour la liberté...

Le genre : histoire de lutte

Enfin vu ! En grande fan de Ken Loach, j'attendais de voir ça avec une certaine appréhension, surtout après les critiques très partagées que j'avais lu ci et là. Si bien que je suis entrée dans la salle sans a priori et que c'est bien le film, et seulement le film, qui m'a dicté les merveilleuses choses que je vais dire sur lui dans quelques instants. Je suppose que mes sensibilités politiques participent de mon goût pour le film, mais ses qualités dépassent largement cela. Le vent se lève est une œuvre d'une intensité et d'une dureté rare. Pensez : c'est bien la première fois qu'un film parvient à me faire pleurer dans les dix premières minutes ! Et pourtant, nul misérabilisme. Juste une réalité brute, âpre, souvent traumatisante. Loach s'attaque à une fresque historique a priori assez difficile d'accès mais reprend ses thèmes de prédilection : il nous dit sans concession ce que sont la guerre, l'oppression, l'injustice, la révolte. Et les compromis, les contradictions qui s'inscrivent dans chacun de nos comportements face à ces phénomènes. On a accusé le film de manichéisme : certes la violence inouïe des occupants anglais (qui évoquent immanquablement des soldats SS) paraît choquante mais d'abord c'est bien là une réalité : la folie des grandeurs, la jouissance de l'oppresseur face à l'opprimé, au faible. Et puis, les membres de l'IRA ne sont pas exempts de cette violence : Damien, le personnage central, a beau être sympathique, comment cautionner la balle qu'il tire dans la tête d'un adolescent coupable de traîtrise ? Non, ici, point de caricature : les atrocités, les règlements de compte existent bien des deux côtés. Bien sûr, Loach, en grand marxiste devant l'éternel, se pose en défenseur des opprimés partisans d'une révolution, mais peut-on reprocher à un cinéaste d'avoir un point de vue ? Attendait-on de lui ne défense de l'ordre, une condamnation de la violence, inscrite pourtant au coeur-même de toute lutte d'un peuple pour sa liberté ? Bien sûr que non. Film dialectique plutôt que didactique, superbement mené, jamais ennuyeux, Le vent se lève pose des questions primordiales, mais plus encore : il raconte une histoire. Et quelle histoire. Comment une lutte fraternelle devient lutte fratricide. Comment un peuple se déchire entre jusqu'au-boutisme et compromis(sion). Damien et Teddy symbolisent cette Irlande torturée. Padraic Delaney (Teddy) a ce qu'il faut de douceur pourtant révoltée, puis de prestance soudain secouée, pour rendre avec humanité les souffrances de son personnage perdu entre un idéal auquel il ne croit plus et une réalité qu'il tente de défendre tant bien que mal. Quant à Cillian Murphy (Damien), visage d'ange et propos comme des crachats en pleine figure (« J'ai franchi un cap. Je ne ressens plus rien »), il crève tout simplement l'écran. Il porte le film sur ses épaules, le ressentant et le faisant ressentir à chaque instant. Orla Fitzgerald (Sinead), figure de femme forte et douce, est également bouleversante. Les personnages de cette histoire de lutte (comme toujours chez Ken Loach) se trouve confrontés sans cesse aux contradictions de leur engagement. Film parfois quasi-insupportable par la violence (qu'elle soit suggérée ou explicitée) qu'il dégage, Le vent se lève évoque à de nombreuses reprises un autre chef-d'œuvre de son auteur, Land and freedom, avec cette thématique de la révolution toujours ratée mais toujours à faire. Merveilleux cinéaste de l'engagement, plutôt que cinéaste engagé, Loach nous montre, avec une sincérité et une vérité frappantes, des scènes de débat public où chacun se donne la réplique, dans une fabuleuse incarnation de la démocratie mais qui n'empêche malheureusement pas le conflit. Un film sec dans son propos mais aussi dans sa chair : une mise en scène à l'esthétique épurée, sans emphase (les détracteurs du film diraient archi-classique, mais tant pis pour eux...), se réglant sur le pas de ses personnages, la caméra choisissant tantôt la proximité des corps meurtris par les combats, tantôt une éloignement synonyme peut-être de prise de distance d'avec une réalité insupportable. Jamais excessive ni bien-pensante, voici une œuvre d'une beauté époustouflante. Les verdoyants paysages d'Irlande magnifient encore davantage un film à la Palme d'Or ô combien méritée, porté par l'inspiration sublime de son réalisateur, qu'on ne souhaite pas voir changer de sitôt !

Diaphana Films

Cillian Murphy et Padraic Delaney. Diaphana Films

Padraic Delaney, Cillian Murphy et Siobhan McSweeney. Diaphana Films

A lire : un excellent article qui défend le film avec brio.


Partager cet article

Repost 0
Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
commenter cet article

commentaires

whiplash claim 18/08/2011 03:48

Film dialectic rather than didactic, superbly led, never boring, The Wind That Shakes raises important questions, but even more, it tells a story. Very nice movie indeed. Thanks for sharing this to us.

lizz 16/12/2006 20:43

tout a fait d'accord,enfin un film avec de bons acteurs et qui est loin de tout ce qu'on peut vour maitenant,j'ai adoooré ce film qui tout simplement superbe mais qui part moment ma fait quand meme rire(n'est ce pas marie lorraine)

Rocher Gérard 10/10/2006 23:38

Le sujet de ce film est magnifique et bien sûr l'intention de ce grand réalisateur est louable en nous faisant découvrir à juste titre les méfaits et les agissements ignobles des anglais en Irlande. Toutefois je suis rsté sur ma fin sur cette réalisation qui manque 'd'après moi) de finesseen privilégiant les scènes de violences par rapport au côtré historique,ce qui nuit à la crédibilité du sujet. C'est tout de même un film utile.
A bientôt G'rard

  • : Goin' to the movies
  • Goin' to the movies
  • : Blog de critiques cinéma d'Anna M. «Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)
  • Contact

GOIN' TO THE MOVIES

Blog de critiques cinéma d'Anna M.

«Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)

Recherche