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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 17:22
Warner Bros. France

Ça a la couleur du Woody Allen, le goût du Woody Allen, le ton du Woody Allen, mais jamais l’âme du Woody Allen. Manque de bol, c’est du Woody Allen…

« Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu ». Voilà la prédiction passe-partout qu’une voyante fait à une petite vieille dame (Gemma Jones) qui la croit dur comme fer. Elle est l’une des héroïnes de ce film choral, où l’on croisera également sa fille (Naomi Watts) qui fantasme sur son patron (Antonio Banderas), son beau-fils (Josh Brolin) qui rêve de se taper la jolie voisine d’en face (Freida Pinto) et son ex-mari (Anthony Hopkins) qui vient d’épouser une jeunette, prostituée de son état (Lucy Punch). D’emblée, le film apparaît laborieux, avec l’introduction des personnages par une voix off traînante et impersonnelle qui débite des banalités, à commencer par la fameuse formule de Shakespeare, belle mais tellement rebattue : « La vie est une fable, racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. »

Lieu commun qui convient certes terriblement à Woody, lui qui ne cesse de film en film de nous rappeler à quel point la vie est absurde et totalement régie par le hasard, et à quel point le bonheur est illusoire. Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu est une tragi-comédie sur l‘insatisfaction et la frustration, qui reste malheureusement désincarnée et rarement surprenante. Les personnages sont inexistants, monolithiques et assez peu attachants - en fait, tous sont des pantins au service d’un cynisme qui ici n’est jamais entièrement contrebalancé par l’humour et l’absurdité. Le cinéaste ne tire pas grand-chose de son casting pourtant alléchant. La science des dialogues qui lui est propre n’est certes pas perdue, mais ceux-ci sont débités de façon automatique, si bien que l‘impression de déjà vu règne tout du long.

Anthony Hopkins et Naomi Watts. Warner Bros. France

Le film donne l’impression d’être très théorique et d’asséner sa métaphysique d’une manière inhabituelle chez Allen, qui généralement parvient à incorporer cette dernière dans une véritable histoire. Ici, les semblants d’intrigue un tant soit peu étonnants et originaux sont exploités uniquement en tant que gags ponctuels, et jamais résolus : un type souhaite contacter l’esprit de sa femme décédée pour lui demander la permission de se remarier, un autre fait passer pour sien le livre d’un ami qu’il croit mort mais qui ne l’est pas tant que ça… Bien évidemment, il reste quelques scènes à sauver, où la cruauté et l’ironie alleniennes font des merveilles, comme cette séquence où Josh Brolin, après avoir déménagé chez la voisine, regarde par la fenêtre sa femme se déshabiller dans l‘immeuble d‘en face. Le bonheur est toujours de l’autre côté de la rue… De jolie et ironique manière, Woody n’offre l’apaisement final qu’aux deux personnages les plus déconnectés du réel, deux petits vieux au bord de la démence.  Mais à part ça, le film se termine en une queue de poisson désagréable.

De retour à Londres, jamais pourtant le cinéaste n’atteint le dixième du génie de sa trilogie Match Point - Scoop - Le rêve de Cassandre. Un Woody en mode automatique, pas calamiteux mais pas franchement inspiré. Heureusement que chaque automne nous apporte le Woody nouveau : on ne restera pas longtemps sur cette déception.

À voir aussi sur le blog
Films de Woody Allen : Celebrity, Crimes et délits, Match point, Scoop, Tout le monde dit I love you


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

Giochi 11/12/2010 05:33

Un excellent film a visionner au mois une fois dans sa vie, le jeu d acteur est plus que tres bon

Bob Morane 24/10/2010 19:11

Je partage tout à fait ton avis sur ce patio de déjà vu et rabattu jusqu'à l'usure, en me disant que c'est un immense gachi quand on a une telle palette de talents.

Platinoch 15/10/2010 15:35

Je vous trouve tous un peu durs quand vous affirmez que ce film est raté voire nul. Pour autant, je suis d'accord, il s'agit là de l'un des films les plus mineurs dans la filmographie de Allen. Plus encore que son manque de fluidité ou de percussion, c'est surtout le côté répétitif, déjà vu (on retrouve des personnages et des situations semblant tout droit revenir de "September", de "Interieurs" ou encore de "Whatever works") de ce film qui m'a un peu refroidi. Y'a plus qu'à attendre son prochain à Paris avec "Carla" lol

Chris 11/10/2010 23:25

Absolument d'accord avec toi, ta première phrase résume très bien l'impression que m'a fait le film.
Parmi les Allen récents je n'ai pas vu le rêve de Cassandre, mais mon fils a le DVD, je vais lui emprunter.

Fritzlangueur 11/10/2010 21:58

En 4 décennies (pour les avoir presque tous vus) c'est à mon goût celui qui lui correspond le moins et le plus "mauvais". Grosse déception aussi

selenie 11/10/2010 12:53

Je trouve les critiques bien sévères. Anthnoy Hopkins trouve ici son meilleur rôle depuis des lustres et une Naomi Watts charmeuse et enfantine. Pas un chef d'oeuvre c'est clair mais un film toujours aussi intelligent qui se place parfaitement dans la mosaïque filmographique du maitre. 3/4

Anna 10/10/2010 18:34

Je suis l'une des rares à la défendre vraiment, mais j'ai trouvé Le rêve de Cassandre sublime. Et Scoop est jubilatoire. Loin d'être anecdotiques, donc, même si Match point est certainement le plus abouti des trois.

PS: ouais Kaboom est ultra coooool, je vais essayer d'écrire dessus.

pL 10/10/2010 18:15

J'en étais sûr que ce film était nul. La bande-annonce ne donnait même pas envie d'y aller.
Par contre je ne suis pas d'accord avec toi sur un point: je trouve Match Point nettement meilleur que Scoop et Le rêve de Cassandre (très anecdotiques).

PS (hors sujet): Kaboom est super par contre!

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