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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 00:40
Date de sortie : 07 Mai 2008
Réalisé par Aditya Assarat
Avec Anchalee Saisoontorn, Ton Supphasit Kansen, Dul Yaambunying
Film thaïlandais.
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h 32min.



Dans la petite ville de Takua Pa, au sud de la Thaïlande, Ton, un jeune architecte, a été chargé de surveiller les travaux de reconstruction d'une chaîne hôtelière, au bord de la plage récemment ravagée par le tsunami. Dès son arrivée de Bangkok, il choisit, dans l'arrière-pays, un hôtel modeste, tenu par Na, une jeune femme discrète, au charme délicat. Peu à peu, elle et lui vont tisser des liens de tendresse et vivre un amour empreint de pudeur et de retenue. Mais cela ne va pas être du goût de tout le monde, et du frère de Na en particulier, un voyou paresseux, père d'un jeune enfant dont la jeune femme s'occupe avec dévouement.

Le genre : l'amour et la violence

Wonderful town est le premier film du thaïlandais Aditya Assarat, et aussi le premier film de fiction à évoquer le tsunami, cette catastrophe qui arrêta le temps en Asie du Sud à la fin décembre 2004. L’événement n’est cependant jamais explicitement reconstitué ou analysé : les ravages se trouvent aussi et peut-être surtout dans les vies et dans les cœurs des habitants de la petite ville du Sud de la Thaïlande où se déroule l’action. On est d’emblée plongé dans une atmosphère délétère, d’une douleur cotonneuse et sourde qui fascine autant qu’elle rebute. Le film raconte la douce et incertaine histoire d’amour qui naît entre Ton, un architecte venu de la capitale et chargé d’un projet ingrat de reconstruction de bâtiments détruits par le tsunami et Na, timide gérante de l’hôtel où celui-ci réside. Les deux ont eu leur lot de souffrances et de douleurs, et portent une tristesse qui ne sera jamais complètement expliquée. Car Wonderful town est un film qui effleure. Le ton est donné et, comme l’exige le genre, leur histoire se fera à demi-mot, avec une immense pudeur et une retenue rarement brisée. Tout ceci est contemplatif et lent, bien sûr. Mais ce que fait de beau ce Wonderful town, c’est qu’il transcende ce qui est devenu désormais l’apanage d’un certain cinéma asiatique pour n’en retenir que le meilleur, le plus vrai, le plus beau : l’ennui et le poids écrasant d’un décor de mort, la sensualité doucement mélancolique d’une sieste champêtre, la douleur découverte au sein même de l’amour et inversement. Aditya Assarat filme ses deux magnifiques comédiens avec une sublime pudeur, dans des scènes d’une extrême délicatesse, comme lors de ce discret jeu de séduction au milieu des linges tendus. Le récit devient d’une noirceur désespérée dans les toutes dernières minutes, alors même que l’espoir d’une renaissance commençait à se dessiner pour les deux personnages. Bien que cruel et déceptif, ce retournement fait bien sentir son implacable et tragique nécessité. L'histoire est douloureuse durant les grandes catastrophes qui émeuvent le monde entier, mais elle l'est aussi après, quand l'attention s'est détournée, quand il s'agit de revivre, de survivre. Et dans la survie et le désoeuvrement, on trouve parfois la barbarie et la violence. Comme si dans cette « ville merveilleuse », le poids des malheurs récents rendaient caduque toute tentative de s’en libérer. Comme si l’histoire de Ton et Na n’était qu’une éphémère parenthèse enchantée dans un monde détruit et résigné à son malheur. Comme si le bonheur leur était interdit… Dans les mélancoliques derniers plans (la ville se reconstruit, des fillettes jouent, insouciantes), cependant, réside la possible sortie de cette spirale mortifère, comme un espoir que la ville redevienne « merveilleuse » et que le titre du filme perde un peu de sa déchirante ironie.

Memento Films

Anchalee Saisoontorn. Memento Films


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

ffred 18/05/2008 18:39

Une vraie merveille... C'est vrai qu'il ne se passe pas grand chose mais ce pas grand chose est ttraité de façon tellement belle et poétique que l'on est littéralement hypnotisé. A voir.

Ashtray-girl7 11/05/2008 13:06

Pas encore vu, mais tu m'as donné envie d'y remédier ;-)
Je sens que ça va me plaire.

al111 10/05/2008 18:13

D'accord avec Nostalgic du cool pour dire tout le bien du ciné asiatique en général, mais cette ville merveilleuse m'a ennuyé profondément. Pas à cause de sa longueur, ni de son ambiance de ruines morales, mais en raison des personnages, proches de l'inexistant, de son histoire, très, très légère.
Ça m'a fait penser à Still Life, qui m'avait aussi ennuyé. (mais j'ai adoré April snow !)

Nostalgic du cool 10/05/2008 14:22

Très bonne critique d'un très bon film (faudra que je m'y colle moi aussi pas facile de passer derrière Anna) un amour naissant autour d'une corde à linge, un océan paisible mais lourd de dangers, une mélancolie douce flirtant avec le drame c'est beau tout simplement ce wonderful town est la preuve que nous autres asiaphiles avons raison : le cinéma asiatique c'est fantastique (désolé Anna de venir faire de la pub jusque chez toi...)

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