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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 18:17

CYCLE ARTHURIEN 10/10

Pour achever le cycle (snif!), un film récent qui dépouille le mythe d'Arthur de toute sa dimension... mythique, justement. La prétention du réalisateur Antoine Fuqua est de revenir aux origines historiques de la légende arthurienne. Un sérieux revendiqué dès les cartons du début (on nous annonce la « vraie histoire ») et qui se maintient tout au long du film. Le scénario se fonde sur de prétendues recherches historiques récentes mais aussi sur une réalité connue des spécialistes du mythe d'Arthur : les aventures de la Table Ronde prennent place dans une période qui va de la toute fin de l'Antiquité au début du Haut Moyen-Âge. L'Empire Romain d'Occident est proche de sa chute, et ce qui ne s'appelle pas encore la Grande-Bretagne s'émancipe peu à peu de la tutelle de ce dernier. King Arthur se déroule donc à l'ère où le personnage éponyme et ses amis sont supposés avoir vécus, et non au Bas Moyen-Âge, époque où les récits majeurs de leurs aventures ont été écrits.

Ce postulat est particulièrement intéressant et rafraîchissant pour qui vient de regarder neuf autres films où décors et costumes sont ceux du XIIIème ou du XIVème siècle. King Arthur est en fait un film à la limite du péplum ! Une vision originale et déroutante du mythe, qui ne laisse guère de place à la magie - comme en témoigne l'épisode de l'épée dans l'enclume, casé en passant, dans un minuscule flashback sans intérêt. En outre, on reconnaît à peine les personnages d'origine : Guenièvre est une « maiden warrior » douée pour le combat, Merlin est un chef de guerre et le père de cette dernière (!), Lancelot est un chevalier parmi d'autres. En effet le film d'Antoine Fuqua se voulant plus ou moins « réaliste », il fait le récit de batailles, de conquêtes et de luttes de pouvoir mais laisse de côté toutes les grandes intrigues arthuriennes d'origine : le fameux triangle amoureux, la quête du Graal, Morgane, Merlin et Viviane... Malheureusement, il leur substitue un scénario assez banal de film de guerre où Arthur hésite dans son allégeance à Rome et se bat pour la liberté de son peuple. Ce choix intéressant de racler le mythe jusqu'à l'os est paradoxal car il crée un déficit de récit. On a du mal à se passionner pour une intrigue aussi faible et peu incarnée (les personnages peinent à emporter l'adhésion).  

Fuqua recherche un certain réalisme historique et traite parfois habilement des enjeux de l'époque : émancipation de la Grande Bretagne par rapport à Rome, victoire du christianisme sur le paganisme... Il n'est de plus pas sans talent et livre quelques beaux morceaux de mise en scène, comme une bataille sur la neige et la glace, et une scène d'amour assez troublante (avec cette plus value que les interprètes sont plastiquement superbes : Keira Knightley, et Clive Owen qui a rarement été aussi beau). Si le film manque un peu de puissance romanesque, il faut rendre grâce à la superbe musique de Hans Zimmer qui parvient à lui insuffler la dimension épique qui lui manque parfois. Une vue intéressante sur la légende mais dont les partis pris ne convainquent pas toujours. 




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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 01:03

CYCLE ARTHURIEN 9/10

Film d'aventure (plus précisément, de cape et d'épée) américain typique de la production des années 1950, Prince Vaillant est l'œuvre de Henry Hathaway, réalisateur du merveilleux Peter Ibbeston en 1935 et plus tard du western True grit, dont le remake par les frères Coen sort bientôt. Si le film s'inscrit dans la geste arthurienne, il ne traite pas directement de ses thématiques (quête du Graal, conquête du trône de Bretagne, amours adultérines et incestueuses...) puisqu'il regarde le mythe « de côté » en s'intéressant à un destin parallèle à celui d'Arthur et de ses chevaliers : celui d'un prince nordique en exil qui se réfugie à Camelot. C'est le Vaillant du titre.

Adaptée d'une bande dessinée américaine (ce que rappelle le beau générique), l'histoire du Prince Vaillant est un récit initiatique : celui-ci apprend la chevalerie auprès de Sir Gauvain, et l'amour auprès de la belle Ilene. Ici, pas de grande épopée, donc, mais simplement une intrigue « domestique » : les rivalités dans la Table Ronde, les tournois, la santé de Gauvain, l'apprentissage de Vaillant, et les amours de tout ce beau monde ! Ce traitement « en dessous » du mythe arthurien, le tire de l'épique vers le rocambolesque. C'est même, en réalité, l'intrigue sentimentale qui intéresse le plus, avec ses quiproquos et ses revirements qui évoquent par bribes les comédies romantiques de l'âge d'or, avec le quatuor amoureux formé par Vaillant, Gauvain et deux charmantes sœurs (Janet Leigh et Debra Paget).

Sur le plan de la forme, comme on pouvait s'y attendre, le film est assez terriblement vieilli, en tout cas dans l'imagerie qu'il déploie. Il l'est tout de même moins que Les chevaliers de la Table Ronde de R. Thorpe (tourné un an auparavant). C'est qu'à mon sens Prince Vaillant est moins « empesé », à la fois formellement et thématiquement - il n'embrasse pas de grands sujets, à l'exception, au passage, de la lutte entre les gentils chrétiens et les méchants païens. Très soigné et agréable pour les yeux (les couleurs chatoyantes, l'utilisation intelligente du Cinemascope), le film offre également quelques très beaux morceaux de bravoures. Ainsi de cette longue plage muette de traque et de combat, vers le début du film, rythmée uniquement par la musique et le montage. La bataille finale dans le château viking est également remarquable. L'interprétation est au diapason de ce premier degré et de ce sérieux qu'il faut saluer. Si l'on passe outre la coupe de cheveux improbable et grotesque de Robert Wagner, Prince Vaillant se révèle un divertissement soigné et honorable.




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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 09:45

CONCOURS TERMINÉ !

Avis à mes lecteurs parisiens
(ou se trouvant sur Paris la semaine prochaine!) :
Ma qualité de membre éminente (ou pas) du Club 300 Allociné me permet de faire gagner à l'un d'entre vous 2 places pour la projection privée organisée par ledit club le 26 janvier prochain, sur Paris. Il s'agira de la diffusion du film Le discours d'un roi, de Tom Hooper, avec Colin Firth et Geoffrey Rush dans les rôles principaux.

Si vous désirez gagner ces places, envoyez-moi un petit message en cliquant sur « Écrire à l'auteur » en haut à gauche, et ceci avant le 24 janvier 2011 au soir. En espérant pouvoir faire plaisir à quelqu'un !

Wild Bunch Distribution

CONCOURS TERMINÉ !



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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 00:25


David Miller connaît, depuis l'âge de neuf ans, le jour de sa mort. Il sait qu'il mourra peu avant ses trente-quatre ans, il le sent, il le voit, il le décide. Peu avant sa mort programmée, il se lance dans un « bilan » de ses souvenirs. De là démarre un voyage à la fois abstrait et concret que Lionel Baier, jeune cinéaste suisse auteur en 2008 du magnifique Un autre homme, filme avec l'équipe de tournage la plus réduite qui soit : juste lui et son téléphone portable. Réalisé en un mois sur une commande du festival de Locarno, Low cost (Claude Jutra) est une sorte de collage, un film de poche, un carnet, une œuvre en train de se faire. D'où sa structure labyrinthique visitant par petites touches les confins de la mémoire de son protagoniste.

« Je ne veux pas mourir là où je suis né, ça n'a rien d'épique, c'est complètement pathétique ». David décide ainsi de voyager - sur des compagnies low cost, évidemment. La voix off du narrateur (superbement écrite) nous emporte dans un vertigineux monologue intérieur qui parle du corps, des souvenirs, de la mort, de l'identité. Que reste-t-il de nous à la veille de notre mort ? Voilà la question que se posent le personnage et le cinéaste. Malade d'on ne sait quelle maladie, David Miller part à la rencontre de proches (un ami suicidée, un ex petit ami, sa mère) et d'inconnus. Low cost (Claude Jutra) nous amène à réfléchir sur la nature et l'importance prétendue des « derniers instants », les dernières fois où l'on a fait ceci ou cela, où l'on a parlé à telle personne, où l'on a visité tel lieu...

Pourquoi « Claude Jutra » ? Parce que le protagoniste développe une étrange obsession pour ce cinéaste québécois suicidé il y a plus de vingt ans, avec dans la poche un papier sur lequel était inscrit ces quelques mots « Je suis Claude Jutra ». Low cost intrigue sans cesse et interroge sur sa nature : autoportrait du réalisateur (Lionel Baier), portrait du personnage (David Miller), portrait d'un être réel (Claude Jutra) ? Le film n'est jamais complaisant, solennel ou pompeux malgré la gravité de son sujet. Il rappelle la démarche des récents journaux filmés d'Alain Cavalier ou de ceux de Joseph Morder, sauf qu'il s'agit d'une fiction. Low cost, c'est une collection de visions terribles, légères, cruelles, profondes, charmantes - parfois bouleversantes, comme ces retrouvailles sublimes avec un ex petit-ami filmé de près avec un regard à la fois amoureux et distant.

Nous sommes la sommes de tous nous souvenirs, voilà l'élégiaque leçon de ce film rare et beau. À la fois quotidien (Baier s'attarde sur des petits gestes, des objets de tous les jours) et métaphysique dans sa réflexion sur la mort et la mémoire, c'est aussi un commentaire sur le monde contemporain. Ce dernier semble se caractériser par une dévaluation de la vie, qu'il s'agit de combattre à chaque instant. Mu par la peur de perdre du temps et de ne pas vivre, le film suit les fluctuations de la pensée de son personnage : « Je ne vois pas ce qu'il y a de brillant à mourir jeune, je vois pas ce qu'il y a d'héroïque à disparaître alors qu'on est à peine apparu aux autres, alors moi pour éviter cet écueil, j'ai vécu trois vies à la fois, je les ai empilées les unes sur les autres ». Ce court film (cinquante-cinq minutes) sacrément low cost, « fait à la main » par Lionel Baier, est un petit miracle en basse définition.


Bon plan pour les couche-tard et les curieux : Le film est disponible en VOD jusqu'au 6 février 2011, uniquement de 22h30 à 4h du matin, à cette adresse : http://www.tsr.ch/fiction/2010/low-cost/  



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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 14:23

CYCLE ARTHURIEN 8/10

Avec Quest for Camelot (1998), on ne peut pas dire que la Warner ait révolutionné le dessin animé. Cette histoire située dans le cadre du légendaire Camelot s'inspire vaguement de la légende pour broder sur une histoire assez banale. Ici, les héros du mythe arthurien original sont quasi-absents : Arthur est un personnage secondaire, figure tutélaire du bon roi qui souhaite instaurer la paix en son royaume, Merlin apparaît quelques minutes... et c'est tout. Les personnages de l'histoire sont donc de pures inventions. Le meilleur chevalier n'est pas Lancelot ou Perceval, c'est Sir Lionel, le père de l'héroïne. Le méchant de l'histoire n'est pas Mordred ou Méléagant, c'est Sir Ruber...

Difficile de commenter ce film tant il est d'une banalité à toute épreuve. Il semble s'efforcer de remplir toutes les cases nécessaires à la confection d'un dessin animé « potable ».
- Une héroïne auquel les jeunes spectateurs peuvent s'identifier : check ! Kaysey est une jeune fille simple, dont le père décède prématurément, et qui cherche un sens à sa vie : elle aspire à devenir chevalier (chevalière?) comme lui.
- Une intrigue en forme de récit initiatique : check ! Comme l'indique son titre, Quest for Camelot est le récit d'une quête (récupérer Excalibur des mains de Ruber et la rendre à son possesseur légitime, le bon roi Arthur). Bien sûr, c'est aussi  métaphoriquement un parcours ultra classique d'émancipation pour l'héroïne, qui quitte la ferme et sa mère pour la « vraie vie » de Camelot.
- Une histoire d'amour : check ! Dans la forêt, Kaysey rencontre un jeune ermite aveugle, qui retrouvera bientôt, à son contact, goût à la vie et à la chevalerie. Le récit est terriblement attendu.
- Quelques personnages secondaires marrants : check ! Comme dans beaucoup de dessins animés, les personnages principaux sont un peu fades, et l'on trouve son bonheur dans l'humour déployé ici par un dragon à deux têtes qui se disputent sans cesse.
- Des chansons bien mieilleuses : check ! Deux ou trois bonnes chansons composées par Patrick Doyle, mais celle-ci sont gâchées par l'insupportable mièvrerie des interprètes vocaux.

Bref, Quest for Camelot n'est qu'une succession de lieux communs un peu lassants. Un certain savoir-faire a clairement été investi là-dedans, ce qui permet au film de se regarder sans déplaisir, mais enfin... L'académisme du dessin animé (en mode « Disney en petite forme ») dans toute sa splendeur !




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Published by lucyinthesky4 - dans Derrière les fagots
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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 17:56

Du 26 janvier au 14 mars, le festival des blogueurs Allociné et alentour reprend du service, avec toujours Chris aux manettes. 
Il s'agit de tous voir 12 films et d'élire parmi eux nos préférences, comme un jury virtuel. Alors, quel film sera élu Flocon d'or pour succéder à Potiche, Feuille morte d'or du Festival d'Automne ? Le suspense est entier.
Je serai évidemment de la partie, avec pour ma part déjà deux films de la sélection vus en avant-première : le génial Black swan de Darren Aronosfsky et l'excellent Carancho de Pablo Trapero.

Pour lire le règlement complet et s'inscrire au Festival d'Hiver, c'est ici sur Christoblog.



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Published by lucyinthesky4 - dans Blogosphère powaa
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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 15:52

Bon. J'ai vu ce film un peu après tout le monde, en ayant en tête tout ce que j'en avais lu et entendu. Au final, je n'ai pas vu ce à quoi je m'attendais et c'est la première chose que je retiens et que j'aime dans ce Somewhere. Je me permets de rejeter d'emblée comme hors-sujet et un peu affligeantes toutes les attaques envers Sofia Coppola sur le mode du « c'est la fille de... » ou « c'est l'ex de... ». Somewhere est un beau film minimaliste sur l'ennui et sur la tristesse, qui touche pour lui seul (enfin, en tout cas, qui m'a touchée).

On pourrait reprocher au film une certaine lourdeur : pour nous montrer que la vie de ce type est vide, on montre sa chambre vide, son hôtel vide, les rues vides etc. Pourtant, Somewhere dégage au contraire une incroyable légèreté et que cela n'est dû selon moi qu'au talent de mise en en scène de Sofia Coppola. Il y a ce qui est filmé – et ici, effectivement, ce sont des gens qui s'ennuient, des lieux vidés de tout et des choses quasiment sans intérêt – et comment cela est filmé. Et ça, ça change tout. La première scène, notamment, dont on a beaucoup parlé : une voiture tourne en rond sur une route déserte. Métaphore évidente de la vie du protagoniste, en stagnation totale. Sauf que la science du cadre de la cinéaste, cette façon de poser la caméra là où on ne l'attend pas, déforme quelque peu notre perception de la scène et lui confère une sorte d'étrangeté.

Dans l'ensemble du film, cette façon de créer du bizarre à partir de rien est splendide : il y a toujours quelque chose qui manque dans le plan pour qu'il soit parfaitement lisible (les corps des strip-teaseuses qui disparaissent en dessous du cadre, une affiche dont les derniers mots sont tronqués...). Ces jeux avec le hors champ s'inscrivent de manière générale dans l'établissement par la cinéaste d'un regard doux et subtile sur le monde qu'elle dépeint. Ce regard, c'était déjà celui de ses films précédents, ce qui confère à celui-ci un petit côté « Sofia C. pour les nuls » qui peut certes agacer. Somewhere parle du vide existentiel de son personnage avec une certaine mélancolie mais à aucun moment il ne s'apitoie sur son sort. Le film est même émaillé de piques ironiques, voire burlesques, sur l'artificialité et la vulgarité de la vie que mène le protagoniste, Johnny Marco, acteur célèbre. Coppola « démythifie » en quelques sortes les lieux symboliques d'Hollywood dans lesquels il déambule : l'hôtel Château Marmont, Sunset Boulevard...

Stephen Dorff et Elle Fanning. Pathé Distribution

Stephen Dorff, en plus d'être très beau, d'une beauté un peu fatiguée et émouvante, est absolument fascinant dans sa manière de dépeindre la fragilité et la léthargie de ce personnage pas forcément attachant, comme en retard permanent sur le spectateur et sur le film. Sa relation avec sa fille Cleo (magnifique Elle Fanning) est esquissée avec un grande délicatesse, par petites touches qui font apercevoir tout un passé d'absences et d'espoirs déçus. Qu'ils soient riches et/ou célèbres n'est pas la question du film ; d'ailleurs même les riches ont le droit d'être tristes, et sans doute Somewhere contient-il une large part autobiographique. Ce portrait de famille dysfonctionnelle n'est en tout cas jamais asséné de façon lourde ou démonstrative.  

Somewhere a un petit côté « cinéma indépendant américain», un peu trop vu : sujet intimiste, atmosphère éthérée, personnages un peu paumés et bande son excitante, notamment. En outre, on a parfois un peu de mal à croire à la situation du personnage : il ne semble être une star ultra-célèbre que quand cela arrange le scénario. Mais le film reste d'une justesse parfois bouleversante – la scène où Johnny regarde sa fille faire du patin à glace, par exemple, ou encore la conversation téléphonique finale avec son ex-femme, très cruelle. Somewhere n'est pas un chef-d'œuvre ni un film parfait mais sa petite musique mélancolique et sincère m'a émue, et je l'aime autant que les précédents films de Sofia Coppola.

À voir aussi sur le blog
Films de Sofia Coppola : Marie-Antoinette



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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 22:36

CYCLE ARTHURIEN 7/10

Enfin ! Enfin un film qui ose se coltiner vraiment l'outrance, la fougue et l'intensité du mythe arthurien, quitte parfois à se retrouver au bord du ridicule. En 1980, cela fait déjà plus de dix ans que John Boorman a pour projet de porter les aventures de Merlin, Arthur, Lancelot et les autres à l'écran. Après avoir vu échouer une adaptation du Seigneur des anneaux, il se lance enfin (et réutilise beaucoup des costumes et décors du projet précédent !). Excalibur est clairement une tentative d'embrasser, d'un coup d'un seul, l'intégralité de la légende - Uther, Ygraine et la conception d'Arthur, Merlin et l'épée dans l'enclume, la Table Ronde, Guenièvre et Lancelot, les amours incestueuses d'Arthur et Morgane, Perceval et la quête du Graal, la guerre contre Mordred... - dans une immense fresque épique.  

On fait difficilement un film plus hystérique et outrancier que cet Excalibur. Premier symptôme de ceci : le jeu des acteurs. Quand ils ne hurlent pas, ils éructent, et quand ils n'éructent pas, ils déclament. On se croirait quasiment chez Shakespeare, dans une de ses tragédies les plus violentes. Les interprètes d'Arthur et Merlin, respectivement Nigel Terry et Nicol Williamson, sont d'ailleurs de formation théâtrale et leur interprétation hallucinée demande un temps d'adaptation ! Deuxième symptôme : la mise en scène très expressive et grandiloquente qui met à profit des décors grandiose pour donner au mythe toute sa puissance. L'atmosphère est sombre et brumeuse, emplie de splendides visions macabres - après tout, ce sont les « Dark Ages ». La musique lyrique de Trevor Jones et l'utilisation répétée du trop évident Carmina Burana de Carl Orff renforce cette grandiloquence, si bien que le film donne parfois l'impression de se prendre un peu trop au sérieux.

C'est pourtant ce côté « solennel » qui fait aussi la valeur de l'oeuvre, car ce qu'il prend au sérieux, c'est avant tout l'histoire qu'il raconte - cette épopée pleine de bruit et de fureur, de passion, de haine, de mystère et de magie. John Boorman ne recule pas devant l'utilisation d'éléments surnaturels impressionnants ou incongrus ; Excalibur appartient clairement au genre de la fantasy et ne se soucie pas de représentation historique. Ainsi, bien que le mythe arthurien soit celui de la formation et de l'unification de la Grande Bretagne, le pays n'est jamais cité que sous l'appelation « The Land ». Excalibur parle, de manière plus générale et universelle, de la guerre, de la religion, de la passion, du pouvoir... Cette emphase permanente sous le signe de laquelle Boorman place son film, lui fait prendre un risque : celui du kitsch et du grotesque involontaire. Et il est vrai que certains effets spéciaux, certaines répliques récitées avec affectation, certains décors, prêtent parfois à sourire. Plusieurs aspects d'Excalibur ont assez mal vieilli. Mais dans l'ensemble, son premier degré absolu sert le film, aventure fantastique et violente qui fascine pendant ses deux heures vingt.  




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Published by lucyinthesky4 - dans Classiques
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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 02:27

CYCLE ARTHURIEN 6/10  

Comme la majorité des films vus jusqu'ici pour ce cycle qui passionne les foules, Camelot choisit parmi toute la masse d'enjeux narratifs et romanesques passionnants que contient la geste arthurienne, de centrer son intrigue sur le triangle amoureux Arthur/Guenièvre/Lancelot. Si cette orientation n'est pas nouvelle, au moins Camelot a-t-il une originalité sur le plan du genre : c'est une comédie musicale. À l'origine, il s'agit d'un show de Broadway dont le livret était inspiré, à l'instar du Merlin de Disney, des romans de T.H. White, et dont Julie Andrews et Ruchard Burton tenaient les rôles titres. Nous sommes en 1967, et l'âge d'or de la comédie musicale est passé depuis quelques années déjà. Joshua Logan, figure importante du théâtre américain, réalise un musical sans chorégraphies mais avec un atout majeur : les chansons d'Alan Jay Lerner et Frederic Loewe (déjà auteurs de Brigadoon et My fair lady).

Camelot, donc : la cité légendaire où réside le roi Arthur. Il y attend sa promise, la douce Guenièvre, qu'il épouse rapidement. Celle-ci ne tarde pas à rencontrer l'arrogant chevalier Lancelot, qui lui inspire d'abord de l'antipathie avant qu'ils ne vivent ensemble l'idylle que l'on sait. La jalousie du roi Arthur et les manigances de ses ennemis mèneront le royaume au bord de la guerre. Sujet vaste et épique, difficile à traiter dans le cadre du musical. C'est pourquoi l'intrigue se centre davantage sur les personnages, en particulier sur le roi Arthur incarné par Richard Harris. Choix judicieux car ce sublime anglais (plus connu par chez nous pour avoir été le Dumbledore des premiers Harry Potter) fait un roi génial, charmant, original, légèrement efféminé. L'acteur fait penser à Rex Harrison avec son phrasé si particulier, ce parlé-chanté qui convient si bien aux partitions d'Alan Jay Lerner (la musique de Camelot évoque d'ailleurs grandement celle de My fair lady, les deux productions étant quasi contemporaines). Pour tout dire, Richard Harris est, avec les remarquables chansons, l'attrait principal du film.

À ce titre, le début de Camelot est un régal, qui voit la rencontre, le mariage et les projets de souverains d'Arthur et Guenièvre – c'est Vanessa Redgrave, qui pastiche le chant de Julie Andrews et ressemble incroyablement à Catherine Deneuve, mais est très bien quand même. Puis arrive Lancelot, interprété par l'imbuvable bellâtre italien Franco Nero, et le scénario se fait beaucoup moins convaincant. C'est que toute la sympathie du spectateur demeure pour le roi Arthur, et l'on se demande vraiment comme Guenièvre peut tomber amoureuse d'un si piètre Lancelot alors que son époux est si charmant. À aucun moment Joshua Logan ne parvient à rendre cela crédible. Du coup, l'amour adultère de Lancelot et Guenièvre, alors qu'ils sont censés être l'un des couples mythiques les plus bouleversants qui soient, n'est à aucun moment émouvant (et ce même durant les chansons d'amour qu'ils interprètent à l'écran). Tout juste se réjouira-t-on ici que le film ait le bon goût de parler de l'adultère sans faire ni de la femme, ni du mari, ni de l'amant le méchant de l'histoire.

Le film, de comédie, se transforme progressivement en tragédie, en faisant du roi Arthur une figure mélancolique et troublante (là encore, remercions Richard Harris). Le problème majeur, c'est que cela se fait sur un temps effroyablement long : le film dure quasiment trois heures ! On retiendra tout de même quelques beaux passages, où Logan parvient à faire oublier une certaine artificialité des décors et des costumes (ces manteaux en peaux de bêtes, franchement...). La séquence du mariage en particulier, avec ses milliers de bougies scintillantes, est d'une grande beauté. De manière générale, la mise en scène prend en charge les changements d'humeur du scénario de façon intelligente. Cela dit, le basculement de la comédie vers la tragédie, du calme au chaos, du flirt au chagrin d'amour, finit tout de même par alourdir le film, qui s'étale bien plus que de raison sur un intrigue somme toute très légère. Reste à ce Camelot, un peu trop ambitieux pour ce qu'il a à offrir, un charme, une petite musique, un je-ne-sais-quoi...



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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 17:11

CYCLE ARTHURIEN 5/10

Comment de la richesse, du lyrisme et de l'ardeur du mythe arthurien, peut-on extraire quelque chose d'aussi fade ? C'est pourtant ce que parvient à faire ici Jerry Zucker, éminent membre des ZAZ mais aussi réalisateur de Ghost. Son adaptation se prend beaucoup trop au sérieux et il livre un film d'aventure totalement amorphe et d'un manichéisme effarant. L'intrigue de First knight s'inspire (vaguement) de Chrétien de Troyes et de son roman Lancelot ou le chevalier de la charrette, en faisant de Méléagant le villain (et non Mordred comme c'est plus souvent le cas), et de Lancelot le sauveur de Guenièvre. Ici, Lancelot est un vagabond qui ressasse ses traumatismes d'enfance mais va apprendre la noblesse et l'humilité grâce à son amour pour Guenièvre et son intronisation à la Table Ronde. C'est Richard Gere, plus bellâtre que jamais et transparent au possible.

Le film fait le choix de l'absence totale de magie : pas de Merlin, pas de Viviane, pas de Morgane, pas d'Excalibur, pas de Graal. First knight n'est donc pas un film d'heroic fantasy, mais il n'est également ni réaliste, ni romanesque, ni baroque. Même sans faire un choix stylistique fort, Zucker aurait au moins pu tenter d'insuffler un peu de fougue et de vigueur à sa mise en scène, mais il n'en est rien. Le centre de l'intrigue est sentimental ; cependant les scènes amoureuses sont toutes d'un ennui, d'une mièvrerie et d'un kitsch absolus. À aucun moment l'on ne ressent la brûlante passion qui unit Lancelot et Guenièvre (la jolie Julia Ormond), ou la tristesse du roi vieillissant trahi par ceux qu'il aime (Sean Connery, tout de même !).

Même l'exécution technique (costumes et décors) laisse à désirer : on a grande peine à se croire au Moyen-Âge. Le film est psychologiquement consternant (voir les flash-backs sur la jeunesse de Lancelot, censés provoquer l'émotion) et use de facilités scénaristiques difficilement justifiables : l'enlèvement totalement improbable de Guenièvre, ou le retournement de situation final prévisible au possible. On se demande bien qui, dans ce projet, a cru à quoi que ce soit tant l'ensemble manque de la plus petite bribe d'énergie et d'enthousiasme. First knight est une risible bluette qui échoue en tous points à retrouver l'esprit du mythe, et ne se hisse même pas au niveau de l'honorable divertissement.




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